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Hippisme
Selvom Mootien : «J’adore quand on me sous-estime»
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Selvom Mootien : «J’adore quand on me sous-estime»
L’entraîneur Selvom Mootien se prête cette semaine à l’exercice des questions réponses. Face aux cadors du turf, ce jeune professionnel entend bien s’imposer et dépasser les attentes cette saison.
? Votre première saison complète au Champ-de-Mars l’année dernière s’est soldée par trois victoires et une dizaine d’accessits. Quel bilan tirez-vous ?
Je suis satisfait d’avoir remporté trois courses, surtout en considérant que certains n’ont même pas ouvert leur compteur. Mais il y avait la place pour mieux faire. Plusieurs problèmes rencontrés avec nos nouveaux chevaux ont en partie saboté notre saison. J’ai dû faire avec les moyens du bord.
? Peut-on connaître votre plus grande satisfaction et votre plus grande déception ?
Ma plus grande satisfaction reste Not In Doubt, qui n’avait pas couru depuis plus de 20 mois et qui a remporté deux courses consécutives. Quant aux déceptions, il y en a pas mal (sourire). Le pire doit sans doute être l’interdiction de Royal Sovereign de concourir pendant six mois.
? Une décision que vous ne comprenez toujours pas ?
Si, je comprends que cela découle du rapport de mon jockey (Ndlr: Ryan Curatolo) à l’effet que ce cheval ne devait pas être en compétition. Mais la suspension aurait probablement été moins longue sans son avis. Il n’a pas envisagé les conséquences, et c’est l’écurie et les propriétaires qui en ont fait les frais.
? Est-ce la raison derrière votre séparation ?
C’est l’une des raisons, mais pas la seule. Nous avons rompu notre association dans l’intérêt de toutes les parties. Ryan refusait aussi de monter certains chevaux difficiles, comme Pai Mei. Le courant passait bien entre nous, nous pouvions tout discuter, et je garde de bonnes relations avec lui. Le salaire du jockey représente un lourd fardeau pour une écurie. Quand vous n'avez pas suffisamment de partants ou des chevaux que le jockey ne veut pas monter, cela diminue forcément les chances de remporter des courses. La décision de terminer notre association n'a pas été prise à la légère.
? Avec le recul, la signature de Curatolo n’était-elle pas trop risquée pour une jeune écurie qui essaie de trouver ses marques ?
Il faut mettre les choses en perspective. Le Mauritius Turf Club (MTC) faisait son retour l’an dernier et je me devais de proposer un business model compétitif. J’avais certes acquis des chevaux, mais l’effectif était vieillissant. Il me fallait quelqu’un qui apporte de la valeur à mon écurie, d’où la signature de Curatolo. Très peu de monde le connaissait et je suis fier d’avoir pu faire découvrir au public mauricien ce très bon jockey. Je ne peux pas lui reprocher grand-chose. Il a fait son job, il nous manquait seulement des chevaux compétitifs.
? Comment se présente la saison 2026 pour l’écurie Mootien ?
Chaque saison a sa réalité. Il y a pas mal de panick buying en ce moment. Pour ma part, je mise sur la jeunesse. J’ai surtout acheté des 3-ans et j’ai investi dans quelques coursiers de 2-ans en Afrique du Sud. D’ailleurs, nous avons une pouliche qui a fait une belle deuxième place à Fairview la semaine dernière. Bientôt Felone va faire ses débuts. On a aussi Glawari qui est in foal. On attend avec impatience notre premier «bébé» cette année. Le breeding est aussi un des projets déjà en marche pour nous. Avec le système de handicap à Maurice, investir dans les jeunes chevaux, malgré le risque, peut s’avérer très rentable. L’écurie Mootien est en pleine construction et sera de plus en plus compétitive.
? Combien de chevaux l’écurie comptera-t-elle cette année ?
J’espère dépasser la barre des 30 d’ici la fin de l’année. Tout dépend des vols pour faire venir nos chevaux. Le dernier vol a transporté trois chevaux, le prochain, prévu en mai, sera similaire. Ils devraient courir fin août, probablement le dernier contingent de nouveaux chevaux pour 2026. C’est définitivement un gros souci pour les entraîneurs, surtout avec 72 chevaux qui attendent en quarantaine en Afrique du Sud. Malheureusement, les choses sont comme elles sont. J’entends dire que la piste australienne est à l’étude. Attendons voir.
? C’est une véritable course à l’armement pour l’acquisition de chevaux cette année. Où l’écurie Mootien se situe-t-elle dans tout ça ?
L’environnement m’importe peu ; ce sont mes chevaux qui comptent. Cette année, je vais leur accorder plus de temps et d’attention pour les rendre très compétitifs. Beaucoup sous-estiment notre écurie, et j’adore ça ! I’m a classic underdog. D’ailleurs, si vous regardez mon parcours, personne n’avait misé sur moi, mais cela me fait grand plaisir de bouleverser les pronostics.
?Pratiquement toutes les écuries auront un jockey étranger à la barre. En sera-t-il de même pour l’écurie Mootien ?
Avec le retard dans l’arrivée des nouveaux chevaux, j’ai dû revoir ma copie. J’ai négocié avec plusieurs jockeys, mais je ne pense pas que je vais démarrer la saison avec un titulaire étranger. Cela dit, j’ai un réseau très solide. Je peux pratiquement avoir n’importe qui. Nous prendrons la décision le moment venu. Pour la première partie de la saison, nous ferons confiance aux cavaliers locaux : Dinesh Sooful, l’apprenti Rayyan Kulloo et Mahesh Maudhoo venu de Nouvelle-Zélande. L’écurie Mootien sera donc Made in Moris pour commencer.
?La hausse des «stakesmoney» est déjà une bonne nouvelle. Mais quelles sont les autres mesures qui devraient être prises pour l’épanouissement de l’industrie ?
L’Association des entraîneurs et le MTC ont toujours plaidé pour l’augmentation des stakesmoney. Mais cela reste insuffisant : les gains d’une victoire ne couvrent même pas deux mois de frais d’entretien d’un cheval. Le MTC dispose toutefois d’une marge de manœuvre limitée et ne peut pas offrir plus que ses ressources. À mon avis, il ne faut pas s’attendre à ce que les stakesmoney actuels suffisent à couvrir nos charges.
Il faudrait, selon moi, s’attaquer à la betting tax, en la réduisant, voire en l’abolissant complètement. Cela augmentera définitivement les revenus de l’État et du MTC. Une piste serait, par exemple, de prélever un pourcentage sur le chiffre d’affaires des bookmakers.
Aujourd’hui, un entraîneur doit verser une garantie bancaire de Rs 3 millions à la Gambling Regulatory Authority pour pouvoir opérer. Je ne pense pas que ce soit le cas pour un bookmaker dont les liabilities sont bien plus conséquents. Je comprends le raisonnement derrière, mais ce montant n’est pas raisonnable. Diminuer cette garantie bancaire aidera les écuries à souffler un peu. Commencer une saison avec Rs 3 millions en moins alors que les stakesmoney sont insuffisants, cela n’a pas de sens. Il faut aider les écuries au lieu de les pénaliser.
?Cette solution ne feraitelle pas le jeu des bookmakers clandestins ?
Bien au contraire. Sans la betting tax, les parieurs seront encouragés à jouer légalement. C’est la taxe qui fait le jeu des clandestins. Aujourd’hui, l’État perd beaucoup à cause des paris illégaux. Il faudrait être un peu plus souple dans l’attribution des licences de bookmakers. Donnons la chance à tout le monde de se régulariser. Il faudrait aussi sanctionner très sévèrement ceux qui opèrent dans l’illégalité. On peut même prévoir une récompense pour ceux qui les dénoncent…
? Ne pensez-vous pas que c’est aussi une question de culture ?
C’est quoi la culture des parieurs aujourd’hui ? Téléphoner à quelqu’un pour miser au risque de ne pas être payé ou d’avoir des soucis avec la justice ? Pourquoi ne pas réglementer cet aspect du betting ? Nous avons déjà la prise des paris par SMS. Pourquoi pénaliser un parieur qui veut miser sur un site de paris à l’étranger ? Créons plutôt un système plus attrayant pour un plus grand nombre avec une betting card par exemple. On peut taxer sur les dépôts enregistrés sur la carte, garantissant la confidentialité et la sécurité du parieur. La démocratisation des paris et l’ouverture du marché à l’international ne pourront qu’aider l’industrie. Cela peut même devenir un des piliers de notre économie. Les revenus pourraient aider à financer beaucoup de projets sociaux. Il faut absolument voir plus grand. Les courses mauriciennes sont vues et appréciées à travers le monde. Il faut absolument en tirer profit. Le potentiel est là !
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