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Entretien

Ramapatee Gujadhur : «Je ne prétends pas être le seul à pouvoir redresser la situation»

8 février 2026, 17:30

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Ramapatee Gujadhur : «Je ne prétends pas être le seul à pouvoir redresser la situation»

À deux mois de la reprise de l’activité hippique, nous avons rencontré Ramapatee Gujadhur, entraîneur de l’écurie Gujadhur, championne en titre. «Soon» revient sur les principaux défis qui guettent l’industrie, tout en appelant à la responsabilité collective.

L’écurie Gujadhur qui est sacrée pour le retour du MTC l’année dernière après l’avoir été également au moment du retrait du club bicentenaire en2022, c’est tout un symbole…

Tout est relatif. Quand j’ai été champion en 2022, il y avait deux organisateurs en place. Plusieurs écuries avaient été attirées par les incentives que le nouveau venu offrait, mais elles ont été très déçues par la suite avec les réductions des stakes money (ndlr : prix en argent remis aux vainqueurs et placés d’une course) une fois le monopole acquis. Moi, je ne suis pas rentré dans ce petit jeu. Je n’ai couru mes chevaux que sous l’égide du MTC. L’année dernière, j’ai dû tout recommencer à zéro avec exclusivement des nouveaux chevaux. La norme veut que ce soient les nouvelles unités qui dominent les débats et cela a joué en notre faveur. Je dois ici saluer la contribution de mon fils Mukund, qui m’a fait avoir quelques très bons chevaux, dont certains lui appartenant.

Le titre de l’année dernière a-t-il eu une saveur particulière pour vous ?

Tout le monde connaît les circonstances de mon retour. Malgré mon âge (ndlr : 81 ans), je n’ai pas voulu laisser tomber le sport favori des Mauriciens. Je suis très content de ma contribution, mais le fait que le MTC ne subventionne plus rien et les stakes money qui n’ont pas compensé font qu’il devient très difficile pour plusieurs d’entre nous, les entraîneurs, de faire tourner une écurie.

Au vu des investissements importants, n’êtes-vous pas, quelque part, déçu de n’avoir remporté «qu’une» course classique ?

Je n’ai pas le monopole de remporter les classiques (rires). La compétition a été bien rude et je n’ai pas été le seul à acheter de bons chevaux. Je dois dire qu’Arveen Nagadoo a très bien fait avec Meridius et Good Council. Paul Foo Kune a aussi de très bons chevaux et il avait gagné la Duchesse dans un grand style. Mais je ne peux pas dire que je suis déçu. Dans le Barbé, mes chevaux ont pris les deux premières places et j’ai aussi plusieurs accessits dans les autres classiques.

Pourquoi l’association fructueuse avec Manoel Nunes n’a-t-elle pas été renouvelée ?

C’est en très grande partie grâce à Manoel que j’ai été champion l’année dernière. Non seulement il est l’un des meilleurs jockeys qui ait monté pour nous, mais il nous donnait aussi un sacré coup demain à l’écurie. Malheureusement, il faut prendre en considération les coûts d’opération. Quand j’ai regardé nos dépenses et les stakes money remportés, le différentiel est trop important. Nous avons donc décidé de réduire les dépenses et revoir nos ambitions à la baisse. Comme Raymond Danielson est aussi un très bon jockey et qu’il nous coûtait moins, nous avons décidé de lui faire confiance.

Justement, peut-on savoir comment le rapprochement s’est fait ?

À vrai dire, c’est lui qui m’a approché. Il m’a fait comprendre qu’il n’y avait aucun commitment entre lui et Arveen Nagadoo. J’ai de très bonnes relations avec tous les entraîneurs et j’ai tenu à avoir le feu vert de ce dernier avant de prendre ma décision. Raymond Danielson devrait être des nôtres début avril.

Vous avez parlé des difficultés liées aux «stakes money». Comment avez-vous fait pour équilibrer les comptes ?

Beaucoup d’entre nous roulent sur des découverts bancaires. Certes, nous avons encore acheté des chevaux, car sans eux nous ne pouvons pas avoir une bonne saison, mais il a fallu acheter des chevaux qui coûtent moins cher. Nous espérons toutefois bien faire encore pour nos nombreux fans, mais nous ne courons pas après le titre.

De nouvelles écuries sont annoncées cette année. De bon augure, n’est-ce pas ?

J’espère de tout cœur qu’il y aura deux ou trois nouvelles écuries. Il nous faut de nouveaux visages pour pouvoir remplir le programme. En 2025, plusieurs courses se sont disputées avec 4-5 chevaux. Cela n’attire pas le public, ni le betting. It’s a loss-loss situation for everyone! Je n’ai pas la prétention de pouvoir étoffer le programme à moi seul. J’ai appris que Vishal Nowbuth allait avoir son écurie. Je suis très content pour lui, mais il n’a pas encore tous ses chevaux. Avec les problèmes de quarantaine et les vols reprogrammés, cela complique les choses. Au cas où il n’y a pas denouvelles écuries, il faudra que celles qui sont déjà en place se renforcent sérieusement.

L’année dernière, vous aviez fait part de votre frustration, voire vos inquiétudes, sur différents dossiers. Y a-t-il eu du nouveau depuis ?

Cela découlait effectivement du niveau des stakes money et le manque de communication entre le MTC et les entraîneurs au sujet du commingling (ndlr: regroupement des paris) principalement. Sans le commingling, les compagnies de Tote vont disparaître. Le gouvernement a émis beaucoup de licences pour le fixed-odds betting et cela affecte grandement le chiffre d’affaires du Tote. Je peux vous dire que nous (ndlr: Totelepep) perdrons beaucoup d’argent, mais nous avons gardé le Tote «vivant» pour aider leMTC. Il n’y avait pas assez d’informations provenant de la Gambling Regulatory Authority et du MTC sur la question, d’où ma réaction. Mais les choses ont bien bougé. Il n’y aura pas un miracle du jour au lendemain, mais il faut commencer quelque part. D’ici le début de la saison, le MTC devrait avoir sa licence et nommer les deux Totes existants comme ses agents. Àpartir de là, il pourra avoir un arrangement scheme avec les institutions internationales pour le commingling, ce qui devrait augmenter principalement ses revenus.

Quid du dossier de l’importation des chevaux ? Sentezvous qu’il y a un effort fait du côté du gouvernement ?

Avec un autre membre de l’association des entraîneurs, nous avons rencontré les autorités gouvernementales pour leur faire part de nos doléances concernant le coût à l’importation, la TVA, la betting tax, etc. Nous avons aussi rencontré une équipe du ministère des Finances. La situation économique est compliquée et je comprends parfaitement la réticence du gouvernement à réduire laTVA et la betting tax. Mais nous avons bien fait comprendre aux autorités que, si rien n’est fait, beaucoup d’écuries vont fermer, faute de moyens. Et ce sera une grosse perte pour l’État, et le sport favori des Mauriciens va disparaître. Nous proposons que le gouvernement prenne un pourcentage conséquent sur les gross profits plutôt que sur les mises. C’est la seule façon de combattre les opérateurs illégaux. Tout le monde sait qu’il y en a beaucoup et qu’ils ne prennent que 5 % au lieu des 14 %.

Quelles devraient être les priorités cette année ?

Je ne prétends pas être le seul à pouvoir prendre des initiatives pour redresser la situation. Je ne suis qu’un acteur du turf parmi tant d’autres. Il faudrait émettre des licences additionnelles après l’exercice de due diligence pour booster l’importation de chevaux. Sans la matière première, on ne peut rien faire. Nous avons une population équine de 210-220 chevaux. Il y aura au maximum 100 chevaux importés pendant l’année. Il nous faut au moins 400 chevaux pour tenir une saison. Du côté duMTC, on nous a fait comprendre que les chiffres de 2025 sont assez encourageants. Sous quelle forme vont-ils nous aider ? En tout cas, je sais qu’ils feront un effort.

Votre fils, Mukund, est bien actif sur le turf sud-africain. L’herbe y serait-elle plus verte pour les propriétaires de chevaux ?

C’est tout à fait normal. Il a beaucoup de chevaux, mais il a surtout des parts dans plusieurs coursiers. Il a de très bonnes relations avec beaucoup de gros propriétaires en Afrique du Sud, d’où le fait qu’il se retrouve associé à de bons chevaux. Il m’informe en priorité quand un coursier qu’il pense être utile pour nous est mis en vente. Il est proche de plusieurs entraîneurs et la plupart d’entre eux le tiennent au courant des éventuelles ventes.

Hollywood Racing fera ses premiers pas à Maurice. Comment accueillez-vous la venue de cet acteur majeur du turf sud-africain ?

C’est une très bonne nouvelle. J’avais été approché pour accueillir certains de leurs chevaux. Mais comme vous le savez, nous sommes une écurie familiale, et j’ai dû décliner. J’ai appris qu’ils ont par la suite contacté Vincent (Allet) et Jevin (Awotar).

La relève est-elle prête pour la casaque bleu électrique ?

Pas pour le moment. Je fais de mon mieux pour terminer cette saison. Il y a une possibilité que je sois toujours là en 2027, dépendant de ma santé. Mais après, je n’ai aucune idée. À moins que l’on fasse comme l’écurie Foo Kune en embauchant un entraîneur et que la famille continue à posséder les chevaux...

Le mot de la fin ?

Je demande la collaboration de tous. L’année dernière, les écuries Allet, Foo Kune, Daby, Mahadia et moi-même avons fait le maximum pour remplir le programme. Il ne faudra pas trop compter sur moi pour le faire cette année. Chacun doit apporter sa contribution. Ilfaut bien sûr de nouvelles écuries, mais les écuries existantes doivent aussi faire plus d’efforts. Je souhaite bonne chance à tout le monde et j’espère que nous travaillerons en collaboration avec les autorités et le MTC pour le bon déroulement de la saison.

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