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Banque de Maurice

Ces Rs 3 milliards de recapitalisation silencieuse qui interrogent

4 février 2026, 10:00

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Ces Rs 3 milliards de recapitalisation silencieuse qui interrogent

La recapitalisation de la BoM s’est faite en mode furtif. Mais pourquoi ?

La recapitalisation de la Banque de Maurice (BoM) à hauteur de Rs 3 milliards, intervenue en septembre 2025, soulève aujourd’hui plus de questions que de certitudes. Pas tant par son principe – une banque centrale peut légitimement être recapitalisée par l’État – mais par le silence qui l’a entourée. Aucun communiqué officiel, aucune note explicative, aucun éclairage public de la BoM n’est venu accompagner cette opération pourtant actée par voie législative à travers la Finance (Miscellaneous Provisions) Act 2025.

L’amendement introduit est pourtant explicite : «Section 10 of the Bank of Mauritius Act is amended to provide for a special allocation of 3 billion rupees from the Consolidated Fund for the purpose of increasing the stated capital of the Bank.» Officiellement, l’objectif est de renforcer la base de capital de la Banque centrale afin de préserver sa stabilité, son indépendance et sa capacité à remplir ses mandats de stabilité des prix et de résilience financière.

Pour Sameer Sharma, économiste, expert en risques financiers et ancien haut cadre de la Banque de Maurice, l’injection de capital doit être comprise à la lumière de la structure du bilan. L’analyse du bilan de la BoM met en évidence une contradiction entre solvabilité apparente et vulnérabilité structurelle.

Au 31 décembre 2025, le capital officiel de la banque est présenté autour de Rs 81 milliards, mais ce chiffre inclut des résultats globaux et des réévaluations d’actifs non réalisés, qui ne constituent pas un capital immédiatement disponible pour absorber des pertes en situation de stress.

L’amélioration récente du capital ne traduit pas une performance opérationnelle structurelle, mais un alignement favorable de facteurs exogènes : hausse du prix de l’or, appréciation d’actifs libellés hors dollar et bonne tenue des marchés actions mondiaux. «Historiquement, le capital de la Banque de Maurice est fortement corrélé à la dépréciation de la roupie. Cela rend le bilan extrêmement sensible aux risques de change et à la volatilité des cours de l’or, des risques qui ne semblent pas couverts de manière robuste», ajoute-t-il.

La zone de fragilité majeure, selon l’expert, reste l’exposition de la Banque centrale à la Mauritius Investment Corporation (MIC), qui constitue de facto un ensemble de passifs contingents significatifs. «Les valorisations actuelles de certains actifs, notamment fonciers ou d’entités comme Airport Holdings Ltd, paraissent déconnectées des flux de trésorerie réels et du niveau d’endettement. Dans un marché étroit et illiquide comme Maurice, ces actifs ne peuvent être considérés comme facilement réalisables», estime Sameer Sharma.

Dans ce contexte, l’injection de Rs 3 milliards apparaît largement symbolique. Elle représente environ 0,5 % du total des actifs de la Banque centrale. «Cette recapitalisation minimale, intervenue juste avant une visite d’agence de notation, ressemble davantage à un signal destiné aux marchés qu’à une réponse sérieuse aux déséquilibres structurels du bilan», tranche l’économiste.

En l’absence d’une stratégie de sortie claire et transparente concernant les actifs surévalués logés à la MIC, la question centrale demeure entière : quel est le véritable besoin de recapitalisation de la Banque de Maurice pour protéger durablement la crédibilité d’une roupie déjà fragilisée par son illiquidité au taux officiel ? Et, surtout, pourquoi la Banque centrale a-t-elle choisi de se taire sur un sujet aussi fondamental ?

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