Publicité
Kronik KC Ranzé
2026 : Le capharnaüm qui nous guette …
Par
Partager cet article
Kronik KC Ranzé
2026 : Le capharnaüm qui nous guette …
L'ordre mondial menace de s’effondrer.
Le multilatéralisme installé dans l’après-guerre, Nations Unies en tête de pont , avec sa Cour Internationale de Justice (CIJ) ou son Conseil de Sécurité ne semble plus convenir a aucune des grandes puissances nucléaires. Poutine n’en a eu que faire avant d’envahir la Crimée d’abord en 2014 et l’Ukraine ensuite en 2022 ; la loi internationale sur la souveraineté des nations ne lui convenant plus… La Chine, ayant pourtant largement assuré son développement à l’ombre de l’OMC et des Nations unies, n’a pas non plus respecté l’ordre international quand l’UNCLOS (United Nations Convention on the Law of the Sea) décidait contre ses prétentions en mer de Chine en 2016, décrédibilisant sa Nine-dash line datant de 1947. Qui oublie le Tibet ? Les États-Unis, ayant déjà répudié la CIJ dès 1986 (la Russie, la Chine, Israël, l’Inde, le Yémen et le Qatar n’acceptent pas non plus la juridiction de la CIJ) a, sous Trump, dénoncé l’accord de Paris sur le climat, tiré sa révérence à l’OMS et, ce week end, bafoué la loi internationale en attaquant un état souverain, tout comme Poutine, et fait mieux encore en kidnappant son président ! Puis ont démissionné de 66 agences internationales, dont une trentaine d’onusiennes (***) !
Trois empereurs en «puissance» : Xi qui veut dominer la production mondiale de tous, Poutine qui veut retrouver l’empire d’antan des Russes et Trump, le champion du transactionnel qui enrichi les riches… Puisque, entre eux, c’est eux-mêmes!
Or, le respect des règles et lois internationales est essentiel pour empêcher, grâce aux compromis des uns et des autres, que l’on ne retourne à l’ère des guerres et des conquêtes, et des colonisations extractives, où seule comptait la force de frappe. Cette force de frappe qui a fait le bonheur des puissants les plus futés des siècles passés ! Renoncer aux règles communes, c’est le retour à la jungle et au règne sans partage des super prédateurs!
L’après Venezuela augure très mal pour la très grande majorité des 195états de la planète qui n’ont ni la surface, ni la population, ni les armes, ni les richesses qui comptent…
Le raid des Américains au Venezuela est en tout point un succès opérationnel spectaculaire ! On se serait cru dans un film d’Hollywood, du style Mission Impossible. Personne de mort chez les «bons». Des décès juste chez les «méchants». Les dommages collatéraux ? Inévitables…. Que voulez-vous, même si ce n’était pas un acte de guerre, nous dit Rubio, mais seulement l’arrestation d’un narcotrafiquant. Pour cela, il aura pourtant fallu des mois d’entraînement, une flotte de bateaux, y compris un porte-avion, 15 000 soldats mobilisés, la CIA, Delta Force et 150 aéronefs le jour du kidnapping. Pour un pays où l’on pardonne assez mollement des trafiquants déjà condamnés (*), ce trafiquant paraissait particulièrement juteux ! Il sentait le pétrole…
Peu nombreux seront ceux qui pleureront Nicolás Maduro, un dictateur corrompu jusqu’à la moelle, ayant trempé dans le narcotrafic et kidnappé le vote libre des électeurs de 2024, tout en appauvrissant son pays jusqu’au point d’engendrer 8 millions de réfugiés, soit presque 30 % de sa population, depuis 2018.
Mais, comme dit Brel «Il y a la manière». Il aurait pu ajouter qu’il faut aussi les «bonnes intentions». À écouter les déclarations de Trump et de ses sbires, on ne parle même pas d’un changement de régime pour le mieux. Le Prix Nobel de la paix, María Corina Machado, leader de l’opposition ayant gagné les élections de 2024, ne récolte pas l’approbation de Trump. Ce dernier préfère contraindre le régime qui demeure à «faire le nécessaire» pour favoriser, entre autres, les appétits pétroliers des Américains. Faute de quoi, une deuxième salve suivrait… C’est cru. C’est du brut ! Personne ne s’en cache plus. Les premières livraisons ont commencé… aux dépens du plus gros acheteur jusqu’ici : la Chine !
L’Europe, dernier véritable bastion de la pensée démocratique et libérale, avec une voix d’un poids quelconque, se retrouve coincée : elle approuve la transition du pouvoir, mais évite, comme Starmer, Macron, Von der Leyen ou Merz, de critiquer trop vertement les méthodes du pilier principal de l’OTAN, dont ils ont tant besoin pour rassurer l’Ukraine et confronter les Russes. Seule l’Italienne Melloni épouse jusqu’ici la thèse de légitime défense de Trump.
Certains citent le «précédent» de Noriega au Panama. En 1989, en effet, les États-Unis, avec des soldats déjà présents au Panama, envahissait le pays au motif d’arrêter puis de juger le général Noriega, accusé de trafic de drogue et de répression de l’opposition. Contrairement au kidnapping de Maduro réalisé en quelques heures, la capture de Noriega prit des semaines entières, celui-ci s’étant refugié a l’ambassade du Vatican et n’ayant été délogé, dans un acte de vaudeville pur, que grâce à du hard rock joué en continu par l’armée américaine et au maximum des décibels possibles !
On présume que l’armée US était mieux équipée en boules Quies que le Vatican ?
Mais, le Venezuela, c’est quand même très différent du Panama. Si le canal du Panama était entre les mains de Noriega, ce qui est stratégique, cette fois, ce sont les plus importants gisements de pétrole du monde ! Visqueux, c’est exactement le type de pétrole qui convient aux raffineurs américains ; le pétrole produit et exporté par les ÉtatsUnis étant du léger, inadéquat. La boîte de Pandore ouverte par Trump risque bien d’être citée pour justifier tout ce que désire une grande puissance et que sa position dominante lui permet d’imposer. L’invasion de l’Ukraine peut désormais être mieux justifiée. L’annexion de Taïwan devient justifiable. D’ailleurs, les États-Unis eux-mêmes ne cachent plus leurs appétits dans leur hémisphère «d’influence» : la Colombie est d’abord menacée pour ses usines de cocaïne, mais, comme pour Caracas, ce sont peutêtre ses 45 % d’exportations de brut lourd (de type Castilla ou Vasconia) qui intéressent Trump ? Cuba a été mentionnée plus d’une fois comme étant «mûre» pour une intervention ; l’aide pétrolière vénézuélienne à Cuba ayant évidemment été discontinuée et Marco Rubio, secrétaire d’État américain, lui-même d’origine cubaine, ayant traité, sans ironie, les dirigeants cubains de «séniles» incompétents. Le Groenland ne sera sûrement pas envahi, mais on ambitionne sans doute «d’acheter» les 57 000 résidents qui paraissent éminemment accessibles, du moins aux deal makers qui dirigent l’Amérique ! Trump a même déclaré à Fox News que quelque chose devra être aussi fait au Mexique , parlant pour le moment du Fentanyl. À cette cadence, le délire du Canada comme 51ᵉ État américain va surement refaire surface avant longtemps ? Trump a même déclaré être prêt à une intervention armée en Iran, si le régime tire sur les manifestants du jour… Toujours sa zone d’influence aussi ou celle d’Israël ?
Au bal de fin d’année auquel assistait Trump, une journaliste lui demandait: «Avez-vous une résolution pour 2026 ?» Il répondait : «Peace on Earth», répétant ces trois mots plus d’une fois. Deux jours plus tard, il attaquait le Venezuela ! Le prix Nobel de la paix semble remisé à plus tard. Il faudra, en attendant, se contenter de celui, bidon, puisque inventé de toutes pièces, de la FIFA…
Sur cette toile de fond inquiétante, on ferait bien de craindre le capharnaüm que 2026 va possiblement nous servir. Il faut juste noter à ce stade que Maduro est traîné devant des tribunaux américains, «les meilleurs au monde», nous dit Trump, surtout, l’on suppose, quand leurs jugements lui sont favorables!
Et l’on ferait bien de prendre note d’une contradiction potentiellement dévastatrice dans ce que Trump entreprend. Si la coercition du Venezuela est principalement motivée, comme c’est maintenant clair, par les profits du pétrole, les compagnies pétrolières américaines, n’investissent pas à fonds perdus. Or, Exxon, Chevron et Conocco Phillips, les trois plus gros, voudront être d’abord rassurés d’une stabilité politique au Venezuela et d’une stabilité décisionnelle aux États-Unis avant d’engager des dizaines de milliards dans des investissements à… long terme ! Qui plus est dans un pays qui a déjà nationalisé son secteur pétrolier (**) !
De plus, Trump espère que la production accélérée au Venezuela fera baisser le prix du pétrole encore plus (le Brent a baissé de 19% en 2025 et la baisse projetée pour 2026 était de 10 % de plus, avant Maduro…) et donc de plaire aux consommateurs américains. Or, les compagnies pétrolières recherchent les profits et les baisses de prix ne les arrangent certainement pas, quels que soient les coûts d’extraction au Venezuela ! Un indicateur de l’attitude des pétroliers: Trump évoque déjà, à NBC News, que le gouvernement américain envisage de… subventionner les investissements pour réhabiliter les infrastructures pétrolières vénézuéliennes!
Bizarrement, on ne parle plus des dossiers Epstein…
(*) https://www.npr.org/2026/01/03/nx-s1-5665695/ maduro-trump-drug-dealer-pardons
(**) https://www.bbc.com/news/live/ckgx05erygvt
(***) Il est vrai qu’à lire la liste, on peut être frappé par le fatras !
Publicité
Publicité
Les plus récents