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Éclairage

Les limites du premier acte économique de l’Alliance du changement

29 décembre 2025, 06:30

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Les limites du premier acte économique de l’Alliance du changement

Treize mois après l’arrivée au pouvoir de l’Alliance du changement, un constat s’impose avec une certaine lucidité : la première année du tandem Ramgoolam-Bérenger n’a pas été celle de la construction économique, mais bien celle de la réparation.

Réparation institutionnelle, réparation démocratique, réparation de la crédibilité internationale. Un travail nécessaire, parfois salutaire, mais insuffisant à ce stade pour répondre aux attentes immenses nées du raz-de-marée électoral de novembre 2024.

Car gouverner ne consiste pas seulement à remettre de l’ordre. Gouverner, c’est aussi bâtir une trajectoire nouvelle. Et sur ce terrain, l’élan transformateur promis tarde encore à se matérialiser.

Sur le papier, les principaux indicateurs macroéconomiques offrent une image rassurante : une croissance projetée à 3,1 %, un secteur touristique toujours dominant avec une fréquentation record attendue, un taux de chômage ramené à 5,9 %, et des réserves de change solides. Mais ces chiffres traduisent davantage une continuité conjoncturelle qu’un changement structurel.

L’économie mauricienne demeure dépendante des mêmes moteurs : tourisme, consommation, flux externes. La diversification, pourtant érigée en priorité dans les discours, reste largement théorique. Aucune grande réforme économique fondatrice – comparable à celles qui marquent le début d’un cycle politique – n’a encore émergé.

Il serait injuste d’ignorer les acquis institutionnels. Le climat de peur qui prévalait sous l’ancien régime s’est dissipé. Les Mauriciens ne vivent plus avec l’angoisse d’être piégés par une police perçue comme instrumentalisée politiquement. Les pouvoirs du DPP ont été restaurés, les magistrats ne sont plus sanctionnés au gré des jugements, et plusieurs institutions stratégiques ont retrouvé une marge d’autonomie.

Cet assainissement est un prérequis indispensable à toute reconstruction économique durable. Mais il ne saurait constituer une politique économique en soi. La réparation institutionnelle, aussi essentielle soit-elle, ne remplace ni la vision ni la transformation.

Le premier bilan ministériel publié en novembre par l’express pour marquer la première année de la prise du pouvoir de l’Alliance du changement a agi comme un révélateur. Les notes attribuées – oscillant entre 8/10 pour les plus performants et 5/10 pour les plus en difficulté – dessinent un gouvernement hétérogène, où coexistent sérieux, hésitations et manque de leadership.

Beaucoup de ministres sont encore en phase d’apprentissage, peinent à imprimer une direction claire à leurs portefeuilles ou restent invisibles dans le débat public. Cette impression de rodage prolongé contraste fortement avec l’ampleur du mandat confié par l’électorat. Une première année est généralement celle où un gouvernement imprime son rythme. Ici, le tempo reste incertain.

À cette fragilité s’ajoute une réalité politique rarement dite, mais largement perçue : la méfiance entre les deux partenaires de l’Alliance du changement n’a pas disparu. La crise politique évitée de justesse lorsque Paul Bérenger a renoncé à quitter le gouvernement a rappelé que l’équilibre du tandem reste délicat. La confrontation ces jours-ci, véhiculée à travers les réseaux sociaux, entre le ministre MMM Aadil Ameer Meea et le député rouge Ehsan Juman, vient confirmer que la crise est latente.

Cette méfiance diffuse pèse sur la cohérence de l’action gouvernementale. Elle nourrit les lenteurs, les arbitrages prudents, parfois les demi-mesures. Une alliance fondée sur la nécessité électorale peine encore à se transformer en machine de gouvernance pleinement synchronisée.

«Caddie rempli»

Sur le terrain social, le décalage entre promesses et ressenti est manifeste. La stabilisation relative de la roupie autour de Rs 45-46 pour un dollar et la mise en place d’un fonds de soutien de Rs 2 milliards pour les produits de base ont permis d’éviter une dégradation brutale. Mais pour les ménages, le coût de la vie continue de grimper.

La compensation salariale de Rs 635, bien qu’appréciée, apparaît insuffisante face à la hausse cumulative des prix alimentaires, des loyers et des services essentiels. Le «caddie rempli» promis durant la campagne reste, pour beaucoup, un slogan plus qu’une réalité vécue.

La réforme de l’âge d’éligibilité à la pension universelle, de 60 à 65 ans, constitue sans doute la mesure la plus structurante de l’année. Économiquement, elle est difficilement contestable. Démographiquement, elle est inévitable. Mais politiquement et socialement, elle a été mal amenée.

L’absence de pédagogie, de consultation et de dispositifs de transition adaptés a transformé une réforme nécessaire en crise de confiance. Cette séquence a renforcé l’image d’un gouvernement techniquement conscient des enjeux, mais maladroit dans son rapport à la population.

Au-delà des chiffres budgétaires, un risque majeur demeure trop peu discuté : celui de la réputation de la juridiction mauricienne. L’exercice d’évaluation de Mutual Evaluation de l’Eastern and Southern Africa Anti-Money Laundering Group (ESAAMLG), prévu pour 2027, fait monter la pression sur plusieurs juridictions, dont Maurice, sommées de démontrer l’efficacité de leurs dispositifs contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Un glissement vers une liste grise, voire noire, aurait des conséquences autrement plus graves qu’une simple révision de notation pour Maurice.

Cela affecterait directement les services financiers, les investissements étrangers, les relations bancaires internationales et le coût des transactions. Or, malgré des annonces sur la gouvernance et la conformité, la perception internationale évolue lentement. Là encore, la réparation est en cours, mais la consolidation reste fragile.

Paradoxalement, le gouvernement a multiplié les mesures sociales coûteuses : bonus de fin d’année, compensations salariales, ajustements de pensions, anticipation du Pay Research Bureau. Près de Rs 30 milliards seront injectés dans l’économie en quelques semaines.

Ces mesures soutiennent la consommation à court terme, mais posent une question centrale : peut-on durablement acheter la paix sociale sans refonder le modèle économique ? À défaut d’une croissance plus inclusive et plus productive, cette stratégie atteint rapidement ses limites.

Un an après, le bilan est clair : l’État de droit respire mieux, la stabilité macroéconomique tient et la crédibilité internationale est préservée. Mais la transformation économique, elle, n’est pas encore au rendez-vous.

Le risque pour l’Alliance du changement est désormais politique autant qu’économique. Celui de voir son immense capital de novembre 2024 s’éroder faute de décisions structurantes, de réformes assumées et d’une vision lisible.

La première année a servi à réparer. Il faudra construire durant la deuxième. Faute de quoi, la déception pourrait remplacer l’espoir plus vite que prévu. Si ce n’est pas déjà fait !

Article paru le 27 décembre

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