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Kc Ranzé
Maga : ce ne sera plus les femmes et les enfants d’abord !
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Kc Ranzé
Maga : ce ne sera plus les femmes et les enfants d’abord !
L’Amérique ne portera plus l’ordre du monde sur ses épaules, comme Atlas, nous déclare le National Security Strategy (NSS) des États-Unis publié le 5 décembre dernier (*).
Petit retour en arrière : Atlas est, dans la mythologie grecque, un des Titans, condamné par Zeus à porter la voûte céleste sur ses épaules, comme punition pour avoir soutenu ses frères dans leur guerre contre les dieux de l’Olympe. On remarque donc que la punition consistait à soutenir la voûte céleste plutôt que le monde, plus modestement envisagé par Trump et qu’Atlas, contrairement aux États-Unis, a été condamné à son fardeau, alors que l’Amérique choisissait le sien ; du plan Marshall à l’AGOA, de son rôle pilier dans l’OTAN à sa défense de l’économie libérale, de sa promotion de la démocratie à un ordre mondial fait de multilatéralisme et de règles communes pour tous…
L’Amérique c’était «The shining city on the hill» disait-on…
La vision du monde de Trump, que l’on espère vraiment temporaire, comme suggéré par ce qui apparaît déjà dans les sondages d’opinion américains, ressemble à un repli étriqué, voire à un râle rageur. D’autant que cette «vision» est drapée de transactionnel puant et de cynisme effarant. La toute première phrase de l’avant-propos signé par Donald J. Trump campe les nuages rouges dans lesquels ce document s’est écrit : «Sur les neuf derniers mois, nous avons ramené notre pays – ainsi que la planète – du précipice de la catastrophe et du désastre», soulignant de plus qu’«aucune administration au monde n’a réussi un tel revirement en aussi peu de temps.»
Il le croit vraiment ?
Que l’on ne se trompe pas. L’Amérique, devenue la première puissance économique mondiale et gendarme du monde, après la Seconde guerre mondiale s’est toujours occupée d’abord de ses intérêts. Mais elle avait aussi conscience de ses responsabilités de première nation du monde et elle trouvait du temps et des ressources pour aider un peu les plus faibles: les services volontaires internationaux (Peace Corps, VSO, IVHQ) aidaient et créaient du «goodwill»; le plan Marshall sauvait les nations guerrières de la ruine tout en créant des marchés pour les produits américains; la trouvaille des pétrodollars offrait de la protection, certes, mais enveloppait aussi les producteurs dans un système dollarisé ; l’USAID soutenait des causes valables (VIH, malaria, etc.) dont personne d’autre ne s’occupait ; l’AGOA aidait les bourgeons industriels africains à se développer, dont les nôtres ; Voice of America tentait de passer l’information ainsi que l’autre point de vue, dans des états qui ne permettaient que la «vérité» étroite de l’autocrate.
Ce National Security Strategy s’adresse, a priori, aux Américains, pas au reste du monde et avance que depuis la guerre froide, les États-Unis n’ont pas de plan stratégique qui définirait ce que veulent les citoyens, mais seulement une série de platitudes, de ce qui était souhaitable pour «les élites» au pouvoir. Le début de la section IV n’est pourtant pas loin de ressembler à des platitudes… Le souhait maintenant serait de retourner à la doctrine Monroe de 1823, avec un corollaire «Trump». Seraitce vraiment le vœu de la tribu MAGA qui ne connaît même pas le nom des pays dans «leur» zone d’influence? (Oublions pour peu le vœu des …citoyens US dans leur ensemble !). Essentiellement cela voudrait dire le repli américain dans «sa» sphère d’influence et un désintérêt grandissant pour ses «alliés» européens et autres, notant que «no competing powers (are) physically dominant in our hemisphere».
La lecture de ce document (*) essentiellement isolationniste et profondément suffisant, est nécessaire à toute personne désirant comprendre ce qui va se passer au cours des trois prochaines années. Tout y est : la fin de l’immigration (sans référence aux taux de natalité en baisse et au vieillissement de la population américaine) ; la fin du commerce mondial libre (le principe de base devenant les échanges «équilibrés» bilatéraux et la fin de toute dépendance sur l’étranger pour les marchandises jugées «vitales»…) ; la remise en question des 40 dernières années d’ouverture économique avec la Chine soulignant que le pouvoir américain actuel n’est pas du tout amusé par le challenge à leur position dominante ; l’invitation à l’Europe à ressembler à l’Amérique (en virant à droite, grâce à ses partis «patriotes»… en attente de pouvoir) ; une politique assurant la domination américaine dans le militaire, l’industriel, l’énergie, la recherche scientifique, les systèmes financiers (pour ces deux derniers, le défi paraît maintenant plus grand, depuis que Trump s’est attaqué aux universités et qu’il a imposé ses tarifs et lance ses stable coins tout en augmentant la dette nationale…) ; l’usage plus général de «force mortelle» contre les cartels, plutôt que les seuls recours légaux. Le multilatéralisme est ridiculisé et les organisations transnationales attaquées pour leur «intrusion», cependant que l’intrusion d’un état chez son voisin n’est pas particularisée. Les politiques climatiques sont rejetées (je suppose jusqu’à ce que Mara-Lago, située entre 3 et 6 pieds au-dessus de la marée haute, soit passablement inondée ?). Des liens commerciaux grandissants avec «son» hémisphère de contrôle sont proposés (alors que ça commence déjà mal avec le Brésil, le Canada, le Mexique, la Colombie et le Venezuela en particulier (**). À moins que le «gunboat diplomacy» ne s’étende ?
Par ailleurs, Trump offre aux pays «low income» de l’aide afin de développer leurs marchés de capitaux, pour rapprocher leurs devises nationales du dollar et ainsi «assurer l’avenir du dollar comme la devise de référence mondiale». Il voit enfin BRICS comme une menace ? Le chapitre sur l’Indo-Pacifique (page 19+), est particulièrement intéressant et embrasse une ambition de rallier l’Inde à «la cause», malgré le cadeau tarifaire de 50% imposé aux marchandises indiennes et le mépris à peine contenu de MAGA pour les immigrants indiens. L’Europe est accusée de pratiques anti-démocratiques face aux partis nationalistes proches de MAGA et, dans sa politique migratoire, est menacée de «l’effacement de sa civilisation», ce qui doit bien plaire à Farage, Orban, Le Pen, Weidel et Wilders…
Ce document regroupe aussi un certain nombre d’idées raisonnables, mais l’affirmation que «l’ouverture, la transparence, le sérieux, l’engagement en faveur des libertés, de l’innovation et du capitalisme de marché libre» font des États-Unis le partenaire global de choix, sonne vraiment creux quand on voit quotidiennement ce qui s’y passe actuellement !
Le New York Times arrive à la conclusion que ce NSS se focalise surtout sur l’exploitation systématique de ses positions dominantes pour faire des affaires et en tirer du profit ! Pour ce faire, Trump ne veut plus se handicaper en faisant la leçon aux autres, notamment en plaidant la cause de la démocratie… L’Atlantic Council, un think tank non-partisan, salue la notion de partenariats mieux mobilisés pour partager les coûts de la dissuasion militaire, mais se plaint que le document propose peu pour contrer les autocraties. Le journal Le Monde parle d’une vraie «rupture» puisque le NSS néglige et méprise ses alliés, surtout européens et montre de l’indifférence pour ses adversaires, ajoutant, dans une image de divorce marital, que «seul le partage des biens reste en suspens» à ce stade. Le Council of Foreign Relations(CoFR) centriste souligne pour sa part l’abandon d’une politique active en faveur de la démocratie et un rejet non dissimulé de l’ordre international reposant sur des règles; le bilatéralisme transactionnel étant désormais favorisé. Si l’Ukraine reste d’intérêt pour les États-Unis, le CoFR souligne que ce dernier adresse ses phrases les plus dures vers l’Europe plutôt que la Russie… Al Jazeera relève l’appétit de Trump pour dominer «sa» zone d’influence, c’est-à-dire toutes les régions, North or South, sous le mot «America», la priorité de protéger Taïwan, le parapluie de protection américain qui pourrait se fermer à l’Europe et un Moyen-Orient qui n’est plus une priorité américaine, puisque la région est désormais «une zone de partenariats, d’amitiés et d’investissements» selon le NSS ; ce qui ressemble à un vœu pieux plutôt prématuré et dégoulinant d’auto-satisfaction…
Une chose est certaine : les trois prochaines années ne seront pas de tout repos mondialement. Nous saurons peut-être enfin ce à quoi ressemble le Chaos de la mythologie grecque, ce «commencement confus de toutes choses, l’image de ce qui existait avant les dieux et les mortels et d’où tout est issu !» mais aussi «le gouffre sans fond, où l’on fait une chute sans fin…»?
Il y aura sans doute plus de fric pour certains, mais ce qui est sûr c’est que les plus faibles, y compris les femmes et les enfants, ne seront pas au premier rang, seront moins entendus et définitivement plus marginalisés…
(*) National Security Strategy of the United States of America
(**) Dont l’huile lourde intéresse les raffineries américaines, outillées pour raffiner ce genre de pétrole, alors que le light crude produit aux États-Unis, fait moins l’affaire et… s’exporte
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