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Nos étudiants face à l’IA
Match nul, machines gagnantes
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Nos étudiants face à l’IA
Match nul, machines gagnantes
(…) L’enjeu n’est pas d’exposer les élèves à l’IA. Ils y sont déjà plongés. L’enjeu est de leur apprendre à la dompter, à la questionner, à la paramétrer, à l’utiliser pour créer de la valeur.
La promotion universitaire de 2026 aux États-Unis sera la première à avoir étudié tout au long de son cursus avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle générative, comme ChatGPT. Depuis leur première année, ces étudiants ont utilisé ces technologies pour élaborer des idées ou, dans certains cas, contourner leurs travaux académiques. Mais à l’heure d’entrer sur le marché du travail, les experts avertissent que l’intelligence artificielle (IA) pourrait leur réserver un «réveil brutal», les jeunes diplômés se retrouvant désormais en concurrence directe avec des agents automatisés capables d’exécuter certaines tâches à moindre coût. Cette classe de 2026 débarque donc avec une question existentielle : y aura-t-il seulement une marche au bas de l’échelle pour poser le pied ? Pour la première fois, nos jeunes diplômés ne se comparent plus à d’autres jeunes. Ils se comparent à des machines.
Aux États-Unis, les chiffres donnent le vertige : dans les métiers les plus exposés à l’IA ‒ développement logiciel, support client, design ‒ l’emploi des 22-25 ans a chuté de près de 20 % depuis 2022. Les seniors, eux, tiennent bon. L’IA ne remplace pas l’expérience. Elle remplace l’entrée de gamme. Une pyramide sans base devient vite un diamant : quelques postes au sommet, quelques postes au fond, et un grand vide entre les deux. Les juniors ? Sacrifiés en silence. Nous ne pouvons pas nous permettre ce luxe. Parce que notre échelle sociale tient justement à ces premiers emplois : un stage, un contrat de six mois, un premier salaire. Le début d’une vie. Et c’est précisément là que l’IA frappe.
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Maurice accueillera ce 4 décembre le «Gen AI Summit for Sustainable Development», un forum réunissant gouvernement, universitaires et secteur privé pour explorer le rôle de l’intelligence artificielle générative dans la croissance durable. Organisé à l’Atal Bihari Vajpayee Institute of Public Service and Innovation, l’événement proposera des panels sur les tendances mondiales de l’IA, l’innovation fondée sur les données et les applications concrètes dans la finance, l’éducation et les services publics. Les étudiants et jeunes chercheurs y présenteront leurs projets pour bénéficier d’un mentorat institutionnel, tandis que des discussions viseront à renforcer l’écosystème national de l’IA, notamment en matière de politiques publiques et de développement des compétences.
Avec Avinash Ramtohul et Veemal Gungadin, deux jeunes branches de l’IA, le gouvernement et Mauritius Telecom avancent dans la bonne direction. Le livret AI for All, lancé cette semaine, a le mérite d’exister. Vulgariser, rassurer, contextualiser : oui. Mais l’écart entre l’intention politique et le choc économique est abyssal. «L’avenir est déjà de la fiction», lit-on dans le document. Pour nos étudiants, l’avenir n’a rien de fictif : il est anxiogène, concurrentiel, algorithmique.
En lançant la My.T GPT Educational Platform, actuellement en phase pilote dans cinq écoles, l’intention est de réduire la fracture numérique, notamment avec une plateforme d’assistance, sous supervision des enseignants, pour accompagner les devoirs et structurer les recherches. L’idée est louable : donner à chaque enfant un assistant intelligent. Mais soyons lucides : aider à faire les devoirs ne prépare pas à un monde où les devoirs ‒ et une partie des emplois ‒ seront automatisés.
L’enjeu n’est pas d’exposer les élèves à l’IA. Ils y sont déjà plongés. L’enjeu est de leur apprendre à la dompter, à la questionner, à la paramétrer, à l’utiliser pour créer de la valeur. À Maurice comme ailleurs, ce n’est plus l’IA qui fera la différence : ce sont les compétences humaines capables de la diriger.
La géopolitique, elle aussi, s’invite dans les classes. Pékin déroule ses câbles, ses serveurs, ses plateformes. Washington parle d’«extinction risk» et veut encadrer la puis- sance de calcul. Maurice devient, malgré elle, un laboratoire d’influences contradictoires. Dans cette guerre froide numérique, nos données pèsent plus lourd que nos discours.
Et pendant que les grandes puissances tracent les lignes, la question domestique brûle : qui sera remplacé, qui sera augmenté, qui sera laissé derrière ? Les travaux de l’économiste Erik Brynjolfsson sont sans ambiguïté : les juniors disparaissent avant tout parce que les entreprises cessent de les recruter. L’IA ne licencie pas : elle empêche d’embaucher. Dans ce scénario, notre jeunesse devient la première variable d’ajustement d’une économie qui se modernise sans stratégie.
Il faut donc changer de paradigme. Dire la vérité : l’IA détruira certains emplois. Elle en créera d’autres. Et elle transformera tous les autres. Le vrai choix n’est pas entre l’IA ou l’humain. Il est entre les humains qui savent s’en servir ‒ et les autres. De ce fait, nous devons : former massivement : intégrer l’IA dans chaque filière, du CAP au MBA ; requalifier : offrir des passerelles rapides pour les travailleurs menacés, comme on l’a fait jadis pour le textile ; réguler intelligemment : exiger une transparence algorithmique dans le secteur public ; financer : créer un AI Trust Fund mauricien, alimenté par les gains de productivité, pour soutenir startups, chercheurs et citoyens ; garantir l’équité : protéger les étudiants des milieux vulnérables, ceux pour qui la fracture numérique n’est pas un concept mais un destin. Le vrai danger n’est pas la machine.
Le vrai danger, c’est l’indifférence. Déjà, Bernie Sanders propose une taxe-robot. TIME Magazine parle d’un AI Dividend Fund mondial. L’Europe discute d’une politique d’IA éthique. La Chine déploie ses infrastructures sans attendre.
Les étudiants mauriciens seront la première génération à travailler avec, contre, malgré et grâce à l’IA. Leur avenir dépendra de notre capacité à ne pas regarder passer la révolution, mais à la gouverner.
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