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Transition énergétique en panne

L’IRENA révèle une chute alarmante de nos énergies renouvelables

30 novembre 2025, 10:00

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L’IRENA révèle une chute alarmante de nos énergies renouvelables

Photo d'illustration.

L’édition 2025 du rapport «Renewable Energy Statistics 2025» de l’«International Renewable Energy Agency» (IRENA) agit comme un électrochoc. Les tableaux consacrés à Maurice révèlent une tendance que peu de pays affichent aujourd’hui : une régression nette et continue de la production d’énergies renouvelables au cours de la dernière décennie. Alors que le monde accélère sa transition énergétique, Maurice semble s’en éloigner. De plus, les chiffres ne laissent aucune place à l’interprétation.

Selon les données officielles, la production nationale d’électricité renouvelable s’élevait à 682 GWh en 2015. En 2023, elle n’est plus que de 578 GWh, soit une chute de 15 % en huit ans. Ces données figurent noir sur blanc dans le volet Electricity – Renewable du rapport IRENA, qui détaille exactement l’évolution de la production pour Maurice de 2015 à 2023.

Ce recul, dans un pays où la demande énergétique augmente chaque année, constitue un paradoxe. Alors que l’économie croît, que les besoins en climatisation, mobilité et industrie explosent, la part d’énergie renouvelable produite localement n’accompagne plus la trajectoire du pays. Pire : elle recule.

Ce phénomène est d’autant plus préoccupant que Maurice avait été, dans les années 2000–2010, souvent citée comme modèle en matière d’intégration de la bagasse dans son mix énergétique. Aujourd’hui, ce qui fut un atout devient une faiblesse : la dépendance persistante aux centrales thermiques privées, majoritairement alimentées au charbon, freine la progression des technologies vertes modernes, solaire et éolienne.

Décalage entre ambition et concrétisation

Le rapport IRENA montre pourtant que les capacités installées progressent. De 172 MW en 2015, Maurice est passée à 302 MW en 2024. Une hausse de presque 75% en dix ans est un signe que les équipements sont bien présents sur le territoire. Mais ces infrastructures ne produisent pas autant qu’elles le devraient. Cette contradiction entre capacités installées et production réelle est l’un des constats les plus alarmants du rapport.

L’analyse des filières individuelles permet de comprendre les causes de ce décrochage. La production hydroélectrique reste particulièrement instable d’une année à l’autre, affectée par la variabilité des pluies et le manque de nouveaux projets structurants. L’éolien, pourtant prometteur, demeure marginal. Le solaire, lui, progresse, mais insuffisamment pour compenser les autres baisses. La tendance est visible dans les comptes énergétiques 2023 où le solaire photovoltaïque apparaît, mais dans des volumes qui restent modestes.

Maurice n’est pas le seul pays confronté à une stagnation. Elle fait partie d’un cercle extrêmement restreint de nations où la production renouvelable recule en valeur absolue. L’île se retrouve dans une situation paradoxale : elle investit dans les capacités, mais n’arrive pas à transformer ces mégawatts installés en gigawatt-heures produits. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : lenteur administrative, absence de planification linéaire, héritage de contrats énergétiques verrouillés, retards technologiques et difficultés d’intégration au réseau.

Ce décalage entre ambition affichée et résultats concrets nourrit un risque important : celui de voir Maurice décrocher durablement dans sa transition énergétique. Les effets pourraient être lourds : hausse continue du coût de l’électricité, dépendance accrue aux hydrocarbures importés, vulnérabilité aux crises internationales et incapacité à aligner le pays sur les engagements climatiques.

Le rapport IRENA souligne également que la part des renouvelables dans la consommation énergétique globale diminue. Alors que d’autres pays africains comme le Kénya, l’Éthiopie ou la Namibie accélèrent la diversification de leurs mix, Maurice ne parvient pas à suivre le rythme régional. Cette situation fragilise la sécurité énergétique nationale et interroge la stratégie suivie depuis plusieurs années.

Le rapport démontre que non seulement l’objectif n’est pas près d’être atteint, mais que les fondamentaux nécessaires pour y parvenir ne sont pas réunis. Il est aujourd’hui impossible d’atteindre le but fixé à 60% de renouvelables alors que la production nette d’énergies vertes baisse depuis 2015.

Ce constat appelle un sursaut politique, technologique et institutionnel. Sans une réforme en profondeur du secteur énergétique – incluant les contrats Independent Power Producers (IPP), l’ouverture à des producteurs indépendants plus flexibles, l’accélération des projets solaires industriels et le déploiement d’un stockage massif– Maurice risque de s’enfoncer dans une spirale de retard énergétique difficile à rattraper.

Analyse comparative internationale

Pour mesurer l’ampleur du retard mauricien, il faut replacer les chiffres dans un contexte international. Alors que notre production d’énergie renouvelable a chuté de 682 à 578 GWh, le reste du monde a connu une expansion spectaculaire. Selon les données globales d’IRENA, la production mondiale d’énergies renouvelables est passée de 5516 TWh en 2015 à 8928 TWh en 2023, soit une croissance de 62%.

Même l’Afrique, souvent décrite comme un continent en construction sur le plan énergétique, affiche une progression notable : de 142TWh en 2015 à 215TWh en 2023, soit +52%. Dans cette dynamique, Maurice apparaît comme une exception, et pas dans le bon sens. La comparaison avec des pays voisins ou de taille comparable est tout aussi révélatrice :

⚫ Kénya : grâce au géothermique et à l’éolien, il est passé de 8378 à 10356 GWh entre 2015 et 2023.

⚫ Éthiopie : sa production d’énergie renouvelable a presque doublé, de 9563 à 17750 GWh.

⚫ Namibie : malgré un réseau électrique plus petit que celui de Maurice, sa production est passée de 1445 à 2227 GWh.

Tous suivent une trajectoire ascendante claire. Maurice, elle, décroche. Même les petites îles de la région – Seychelles, Mayotte, Cap-Vert – voient leur production augmenter progressivement.

Le cas mauricien est singulier et le problème n’est ni financier ni lié aux infrastructures, mais bien opérationnel et structurel. Là où les autres pays produisent ce qu’ils installent, Maurice installe… mais ne produit pas.

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