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G20 à Johannesburg

Quand l’Afrique impose sa voix pour un ordre économique inclusif

24 novembre 2025, 06:30

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Quand l’Afrique impose sa voix pour un ordre économique inclusif

Pour la première fois depuis sa création, le G20 s’est réuni sur le sol africain. Les dirigeants des principales puissances économiques mondiales ont convergé à Johannesburg les 22 et 23 novembre pour un sommet historique placé sous le thème «Solidarité, Égalité, Durabilité». Sous la présidence sud-africaine, le continent a imprimé sa marque dans une déclaration finale ambitieuse, traversée par l’esprit d’Ubuntu – une philosophie africaine signifiant «je suis parce que nous sommes», rappelant que «nul ne peut prospérer seul».

Cette présence africaine au cœur de la gouvernance mondiale va bien au-delà du symbole : elle traduit une volonté affirmée de replacer l’Afrique et les régions vulnérables comme l’océan Indien au centre des priorités économiques, énergétiques et sociales globales. Pour un pays exposé aux chocs extérieurs comme Maurice, les décisions prises à Johannesburg revêtent une portée stratégique.

La déclaration reconnaît d’abord la multiplication des crises géopolitiques, climatiques et financières qui fragilisent en premier lieu les économies en développement. Le G20 insiste sur l’alourdissement du coût du capital, sur les risques croissants de fragmentation économique et sur l’urgence de soutenir les pays à revenu faible et intermédiaire, confrontés à des niveaux d’endettement élevés et à des besoins massifs d’investissements, particulièrement en Afrique. L’engagement renouvelé en faveur du G20 Common Framework vise à améliorer le traitement de la dette, au moment où les paiements d’intérêts ont plus que doublé en dix ans pour les pays à faible revenu.

La question énergétique occupe également une place centrale dans la déclaration. Les dirige- ants rappellent qu’en 2025, près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité et qu’environ un milliard de personnes ne disposent pas de solutions de cuisson propres, une situation à l’origine de deux millions de décès chaque année. Face à ce déficit structurel, le G20 affirme son intention de tripler la capacité mondiale en énergies renouvelables et de doubler l’efficacité énergétique d’ici 2030, tout en accélérant le financement de la transition grâce à des mécanismes innovants, incluant le financement concessionnel et les garanties publiques.

Il exprime la volonté d’accompagner des transitions justes prenant en compte les réalités sociales, économiques et les impératifs de souveraineté énergétique. Pour Maurice, qui vise une part de 60 % d’énergies renouvelables dans son mix énergétique d’ici 2030 et aspire à réduire sa dépendance aux importations de carburants fossiles, ces engagements constituent une fenêtre d’opportunités en matière de financement, de coopération technique et d’intégration dans les nouvelles chaînes de valeur énergétiques.

La déclaration accorde également une importance particulière aux minéraux critiques, devenus indispensables à la transition énergétique mondiale. Le G20 adopte un Critical Minerals Framework destiné à favoriser la transformation locale, à éviter l’exportation de matières brutes sans valeur ajoutée et à renforcer la résilience des chaînes de valeur. Si cette dynamique concerne directement l’Afrique australe, elle touche aussi l’océan Indien, où la connectivité économique dépend de chaînes d’approvisionnement plus diversifiées, sécurisées et résilientes.

Les questions sociales apparaissent par ailleurs comme des pivots du développement. Les dirigeants soulignent la persistance d’un chômage structurel, l’ampleur du secteur informel et la montée des inégalités, qui continuent de freiner l’industrialisation et les progrès en matière de développement humain. Le sommet met ainsi en avant la nécessité de politiques industrielles inclusives, capables de soutenir l’industrialisation, de créer des emplois de qualité et de favoriser l’innovation tout en respectant les règles internationales. Il rappelle également l’importance de renforcer les systèmes de protection sociale et de faire de la création d’emplois décents un moteur de croissance durable.

Dans le même esprit, les dirigeants s’engagent à réduire le taux de jeunes NEET (Not in Education, Employment, or Training) de 5 % d’ici 2030 et à diminuer de 25 % l’écart hommes-femmes sur le marché du travail, tout en visant l’égalité salariale d’ici 2035. Pour Maurice, où l’inégalité salariale et la participation féminine au marché du travail demeurent des enjeux structurels, ces engagements résonnent directement dans le débat public.

La déclaration se conclut sur un engagement fort en faveur d’un G20 plus inclusif et d’une voix africaine renforcée. L’Union africaine, désormais membre à part entière du G20, est appelée à jouer un rôle croissant dans la gouvernance économique mondiale. La création du G20 Africa Engagement Framework (2025-2030) vise à rendre cette inclusion durable et substantielle, en intégrant plus systématiquement les priorités du continent dans les décisions globales, les flux d’investissement, les infrastructures stratégiques et le commerce international.

En accueillant pour la première fois le G20, l’Afrique n’a pas seulement reçu le monde ; elle l’a influencé. Le sommet de Johannesburg replace les économies vulnérables – africaines et insulaires comme Maurice – au cœur des préoccupations internationales. Les engagements sur la dette, l’énergie, l’industrialisation et l’inclusion sociale tracent une voie ambitieuse vers un ordre économique plus juste et plus résilient. Il reste désormais à transformer ces promesses en actions concrètes, un défi crucial dont dépendra la crédibilité du G20, mais aussi l’avenir économique d’une grande partie du monde en développement.

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