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Éclairage

Un an d’Alliance du changement : On attend toujours les bons signaux

12 novembre 2025, 03:09

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Un an d’Alliance du changement : On attend toujours les bons signaux

Un an déjà que l’Alliance du changement a accédé au pouvoir, portée par une promesse de rupture avec une décennie de gestion décriée et d’essoufflement économique. Le tandem Navin Ramgoolam-Paul Bérenger, inédit et symbolique à plus d’un titre, incarnait pour beaucoup une alliance de raison autour d’un projet de redressement national.

Mais douze mois plus tard, l’euphorie du 10 novembre 2024 a laissé place à une certaine désillusion. Les attentes immenses placées dans cette coalition se heurtent à la réalité d’un bilan limité, d’un héritage économique lourd et d’un manque de leadership affirmé au sommet de l’État. À cela s’ajoute désormais une crise politique ouverte, née des dissensions au sein même de la majorité, exposées au grand jour par Paul Bérenger, qui n’exclut plus une rupture si ses griefs ne sont pas entendus.

Ce premier anniversaire aurait pu être celui du bilan et de la consolidation. Il devient celui de la friction et de la méfiance mutuelle. Depuis une dizaine de jours, les tensions entre le MMM et le Parti travailliste sont devenues le talk of the town. Le leader du MMM reproche à son partenaire majoritaire le rythme lent des réformes, le manque de collégialité dans la prise de décision et la gestion opaque de certaines institutions publiques.

Paul Bérenger, sur un ton direct et sans détour, a tenu le Premier ministre personnellement responsable de cette situation. Il a multiplié les signaux d’impatience, allant jusqu’à évoquer, en privé comme en public, la possibilité d’une cassure politique si ses revendications ne sont pas prises en compte.

Pourtant, cette menace ne semble pas faire l’unanimité au sein du MMM. Plusieurs élus mauves, conscients du coût politique d’une rupture prématurée, plaident pour l’apaisement. Mais le mal est fait : l’unité de façade du tandem Ramgoolam-Bérenger est fissurée, et l’opinion observe avec inquiétude ce duel larvé au cœur du pouvoir.

Bérenger a réussi à déplacer le centre de gravité du malaise sur son partenaire travailliste, accusé d’immobilisme, tout en occultant sa propre responsabilité dans la gestion politique du gouvernement. En exigeant des «preuves d’action» de Ramgoolam, il tente de reprendre la main et de repositionner le MMM comme la «conscience réformatrice» d’une alliance qui peine à transformer ses promesses en réalisations.

En attendant, peut-on parler d’un bilan après douze mois de pouvoir ? Difficilement. Car si un an ne suffit pas pour concrétiser un programme quinquennal, c’est assez pour donner le ton, poser les bases des réformes et inspirer confiance. Or, à ce stade, l’Alliance du changement peine à convaincre que la rupture promise est réellement engagée.

Les grands chantiers se font attendre

Sur le plan économique, le gouvernement a hérité d’une situation complexe : une dette publique avoisinant 90% du PIB, des corps parapublics lourdement endettés, une croissance sous-performante face aux prévisions officielles et une inflation structurelle alimentée par la dépréciation de la roupie et les tensions importées.

Mais comme le souligne l’économiste Sameer Sharma (lire en p. 14), «un héritage difficile ne peut éternellement servir d’alibi à l’inaction». Au bout d’un an, le gouvernement devrait pouvoir montrer des signaux clairs de son cap économique. Or, à l’exception d’une réforme majeure – celle des pensions –, les grands chantiers se font attendre.

Cette réforme a été longtemps réclamée par le FMI et la Banque mondiale. Le gouvernement a ainsi choisi de repousser à 65 ans l’âge d’éligibilité à la pension universelle, un chantier politiquement explosif que ses prédécesseurs avaient toujours évité d’engager. Sameer Sharma y voit «un acte de courage politique et de lucidité économique», dans la mesure où cette réforme est indispensable pour éviter l’effondrement du système à long terme.

Mais le gouvernement a échoué sur un point essentiel : la pédagogie. Peu d’efforts ont été faits pour expliquer la nécessité de cette réforme, laissant le champ libre à des syndicats et activistes qui ont imposé un débat émotionnel, souvent déconnecté des réalités financières du pays.

En dehors de ce dossier, aucune autre grande réforme structurelle – ni de l’État, ni du secteur public, ni du modèle productif– n’a véritablement vu le jour. Le gouvernement, encore en phase de consolidation, semble avoir choisi la prudence, au risque d’apparaître hésitant et indécis.

L’Alliance du changement avait promis de tourner la page d’un modèle de croissance artificiel, dopé par la consommation et financé à crédit. Ce modèle, hérité du régime précédent, avait créé une illusion de prospérité en distribuant généreusement des transferts sociaux puisés du fonds de la CSG, tout en alimentant la dette et la dépendance aux importations.

Un «Bridge to the future» mal embarqué

Aujourd’hui, si la roupie s’est stabilisée autour de Rs 45-46 pour un dollar, le pouvoir d’achat reste fragile et le caddie du Mauricien moyen loin d’être garni comme promis. Le Price Stabilisation Fund, doté de Rs 2 milliards, a certes permis de contenir les hausses de prix, mais il pose un dilemme budgétaire : dans un contexte de dette élevée, jusqu’où l’État peut-il subventionner la consommation sans compromettre la soutenabilité financière ?

Ce qui manque, selon plusieurs économistes, c’est une vision de long terme, un cap capable de mobiliser les forces productives autour d’un nouveau modèle de croissance fondé sur l’investissement, l’innovation et la montée en gamme des activités économiques. Le discours-programme intitulé «A Bridge to the Future» en trace l’ambition, misant sur l’économie bleue, verte et numérique. Mais la traduction de ces ambitions en politiques concrètes reste, pour l’instant, hypothétique.

Au fond, le problème du gouvernement ne tient pas seulement à l’économie, mais au leadership. Le tandem Ramgoolam-Bérenger, censé incarner la complémentarité entre expérience et rigueur, donne aujourd’hui l’image d’un duo désuni, où les calculs politiques prennent le pas sur l’action publique. L’absence d’une voix claire, d’un cap assumé et d’une communication stratégique cohérente accentue le sentiment d’un pouvoir qui fait du surplace.

Les Mauriciens n’attendent pas des miracles, mais des signaux : la preuve que les promesses de rupture et de redressement ne se réduisent pas à des slogans de campagne. Or, après une année, ces signaux restent ténus.

Une année s’est écoulée. Les circonstances étaient difficiles, l’héritage encombrant, mais le pays ne peut plus se permettre une gouvernance d’attente. L’Alliance du changement est à la croisée des chemins: poursuivre sur la voie des hésitations ou amorcer enfin un vrai virage réformateur.

Le slogan « A Bridge to the Future » ne doit pas rester une promesse suspendue audessus du vide. Pour que ce pont vers l’avenir tienne, il faut des piliers solides: vision, cohérence et courage politique. Sinon, l’histoire retiendra de cette alliance historique non pas le souffle du changement, mais les désillusions d’une occasion manquée.

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