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Relations PTr-MMM

Sous pression, Bérenger ravale sa colère

7 novembre 2025, 05:00

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Sous pression, Bérenger ravale sa colère

■ Paul Bérenger et Navin Ramgoolam dans les jardins de la State House après la prestation de serment de ce dernier comme Premier ministre, le 13 novembre 2024. (Photo : © Dev Ramkhelawon)

Pour la première fois de sa longue carrière politique, Paul Bérenger a semblé contraint de plier face à la pression, tant interne qu’externe. Hier, la journée a été marquée par une série d’échanges tendus entre le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) et le Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur fond de menaces de rupture entre les deux partenaires de l’Alliance du changement. Ce qui devait être une démission fracassante s’est finalement transformé en recul stratégique.

En coulisses, la situation a pris des allures de partie d’échecs où chaque mouvement comptait. Dès la matinée, plusieurs figures mauves, dont Rajesh Bhagwan, Aadil Ameer Meea, Ajay Gunness, Reza Uteem, Deven Nagalingum et d’autres, avaient clairement laissé entendre qu’elles n’étaient pas prêtes à suivre Paul Bérenger dans l’opposition. «Gete zot, mwa mo pou ale mwa», aurait lâché le Deputy Prime Minister à quelques-uns de ses ministres, visiblement résigné, avant de se raviser dans la soirée. Cette volteface est intervenue après un Bureau politique (BP) houleux, où la majorité des cadres du MMM ont fait savoir qu’ils privilégiaient la stabilité gouvernementale à une aventure solitaire.

«On sera au conseil des ministres»

Selon des informations recueillies, plusieurs ministres mauves avaient déjà ouvert des canaux de discussion directs avec le Parti travailliste (PTr), anticipant une éventuelle scission. Éventuellement, une réunion de crise, réunissant des représentants du MMM et des émissaires du PTr, dont Arvin Boolell, Patrick Assirvaden et Anil Bachoo, a eu lieu mercredi afin de calmer le jeu et de rétablir la cohésion. La rencontre, qualifiée d’«amicale et cordiale», a permis de désamorcer les tensions en abordant les sujets qui avaient irrité Paul Bérenger ces derniers jours, notamment les nominations contestées à la FCC, à la police, dans les prisons et à Air Mauritius.

Express.mu (620 x 330) (46).png ■ La joie affichée pendant le meeting de remerciements à Port-Louis le 17 novembre 2024 semble un lointain souvenir. (Photo : © Tony Fine)

Selon plusieurs sources proches du dossier, Paul Bérenger aurait commencé à infléchir sa position avant même la réunion de conciliation, invoquant «l’intérêt supérieur du pays» et la nécessité de préserver un gouvernement solide capable de mener les réformes annoncées. Du côté du PTr, les discussions se sont prolongées tard dans la soirée lors d’un débriefing au Trésor entre les représentants travaillistes et Navin Ramgoolam. Mais, malgré cette accalmie apparente, les tensions restaient bien présentes hier.

Interrogé hier soir sur la MBC, Paul Bérenger a tenté de tourner la page, déclarant simplement : «Demain (NdlR, aujourd’hui), on sera au Conseil des ministres. Et la vie continue.» Une phrase qui sonne comme un aveu d’apaisement, mais aussi de fragilité. Car selon plusieurs membres du gouvernement, le MMM est loin d’être uni derrière son leader. Seuls quatre proches collaborateurs auraient été prêts à le suivre dans l’opposition, tandis que la majorité des ministres préfèrent «rester et continuer à gouverner».

Express.mu (620 x 330) (47).png ■ La complicité était palpable en décembre lors de l’ouverture du Festival international Kreol au Morne. (Photo : © Aurélio Prudence)

Selon nos informations, avec ses 35 membres du PTr au Parlement, auxquels s’ajoutent trois élus de Rezistans ek Alternativ, trois des Nouveaux Démocrates et quatre représentants de Rodrigues, Navin Ramgoolam ne redoute pas un éventuel départ de Paul Bérenger. D’autant que plusieurs élus du MMM ont clairement laissé entendre qu’ils ne le suivraient pas «cette fois-ci».

*** 

La cassure évitée de justesse hier : Voici un résumé des principaux points de cette folle journée

? Peu avant 18 h 30 hier, plusieurs dirigeants politiques de l’Alliance du changement poussaient un ouf de soulagement : Paul Bérenger est revenu sur sa décision de démissionner du gouvernement et de s’asseoir comme backbencher de la majorité.

? Lors de l’ultime tête-à-tête avec le Premier ministre hier après-midi, le leader du MMM a mis en avant sa déception que le gouvernement n’aille pas plus rapidement avec «la réforme électorale et constitutionnelle». Auparavant, il avait dressé une liste de ses revendications : il faut un nouveau Chairman du comité parlementaire qui surveille la FCC à la la place de Damry ; un nouveau commissaire de police à place de Ravin Sooroojebally, un nouveau commissaire des prisons à la place de Dev Jokhoo, un nouveau Chairman d’Air Mauritius à la place de Kishore Beegoo qui soit un nominé du MMM, un nouveau directeur de la FCC à la place de Dawoodharry. Ramgoolam a refusé et a raidi la ligne. «J’ai déjà fait trop de concessions après Sithanen et Beegoo. Paul va trop loin cette fois-ci», aurait-il confié à ses proches.

? Ramgoolam a refusé de commenter l’affaire hier après-midi et Paul Bérenger n’a pas tenu sa conférence de presse après son BP spécial à Rose-Hill.

? Plusieurs ministres MMM ont confié à leurs mandants qu’ils ne comptaient pas suivre Bérenger cette fois-ci. Certains évoquaient même une bataille légale comme du temps du RMM de Prem Nababsing.

? «Le ver est déjà dans le fruit», commentent des dirigeants de l’Alliance du Changement à quelques jours du premier anniversaire.

? La conseillère de Bérenger à la presse : «Pas de conférence de presse prévue ce soir par Paul Bérenger. Li pou al Conseil des ministres demin lerla nou gete.»

? Certains ministres du MMM font savoir qu’ils ne suivront pas Bérenger dans l’opposition et ont ouvert des discussions directes avec le PTr.

? Entre hier soir et ce matin, de nouvelles tractations se poursuivent en coulisses, sur fond de tensions croissantes dans la coalition.

? «Damage control» à la réunion de sortie de crise hier soir avec plusieurs qui tentent de minimiser les «macadams» internes et affirment que la situation reste «sous contrôle».

? Tensions énergétiques ;

? Gestion du dossier Ravatomanga.

? Un ministre MMM résume la situation : «Après le 60–0, et toutes ces longues années dans l’opposition, nous avons trop à perdre pour casser l’alliance.»

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