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Sanjay G. Mungur: «Notre modèle alternatif de financement ne remplace pas celui des banques mais le complète»
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Sanjay G. Mungur: «Notre modèle alternatif de financement ne remplace pas celui des banques mais le complète»
Sanjay G. Mungur, fondateur et Chief Executive Officer de FinClub
Le Chief Executive Officer de FinClub, explique comment une ouverture aux potentiels des technologies innovantes a permis à son entreprise de proposer un système alternatif de financement dans un secteur où les banques régnaient en maître.
Quel bilan peut-on dresser quatre ans après l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans un contexte où les gestionnaires doivent adapter leurs pratiques aux nouvelles technologies ?
Lorsque nous avons lancé FinClub en septembre 2021, notre mission était claire : démocratiser l'accès au crédit et à l’investissement à travers un modèle alternatif, inclusif et technologique. En tant que première plate-forme de prêt entre particuliers communément appelé peer-to-peer lending sous licence de la Financial Services Commission (FSC), nous avons voulu créer un lien entre ceux ayant un besoin de financement – particulier ou Petite et moyenne entreprise (PME) – et ceux souhaitant faire fructifier leur capital de manière responsable. Quatre ans plus tard, les résultats sont très encourageants.
Comment ces résultats se sont traduits dans les faits ?
Concrètement, cela a produit une amélioration mesurable de l’accès au financement pour les particuliers et les PME. Grâce à notre plateforme numérique et notre modèle de prêt participatif, plusieurs milliers d’utilisateurs ont pu obtenir des financements rapidement, tandis que nos investisseurs ont bénéficié de rendements attractifs et sécurisés. Par ailleurs, nous avons renforcé notre efficacité opérationnelle grâce à l’automatisation du processus de demande et d’analyse de prêt, ainsi qu’à l’introduction de notre assistant virtuel multilingue, qui accompagne les utilisateurs dans leur langue, 24h/7.
Notre tout premier prêt en 2021 avait nécessité 45 jours pour être entièrement financé, alors qu’aujourd’hui, un prêt de Rs 2,5 millions est financé par nos prêteurs en à peine trois jours, une preuve concrète de la confiance grandissante de notre communauté et de la maturité de notre écosystème. FinClub s’est également distinguée au niveau national en étant reconnue par la Mauritius Research and Innovation Council (MRIC) comme runner-up for Best National Innovator in the SME Category lors du National Innovator Hall of Fame 2025, une reconnaissance qui témoigne de notre engagement continu à innover pour démocratiser l’accès au financement.
Qu'est-ce que ce résultat représente en termes purement financiers ?
Ces résultats se traduisent par une croissance significative du volume de prêts accordés et du nombre d’investisseurs actifs sur la plateforme. Depuis notre lancement, plus de Rs 225 millions de prêts ont été financés à travers FinClub, générant des rendements moyens de 8 % à 12 % par an pour les investisseurs, selon la catégorie de risque. Cette performance démontre non seulement la solidité de notre modèle économique, mais également la confiance que les emprunteurs et les prêteurs accordent à notre plateforme. La rapidité avec laquelle les prêts sont désormais financés témoigne d’une meilleure liquidité du marché, d’une croissance continue du nombre de prêteurs et d’une plus grande efficacité opérationnelle dans le traitement des projets.
Quel impact ce résultat a eu sur la communauté d'investisseurs que vous avez créée ?
L’impact a été très positif car la communauté d’investisseurs de FinClub ne cesse de grandir. La plateforme compte aujourd’hui plus de 2 000 investisseurs, parmi lesquels figurent des institutions de renom et des particuliers venus de tous horizons. Tous partagent un même objectif : soutenir l’économie réelle tout en bénéficiant de rendements attractifs et stables, dans un cadre respectant les règles de transparence et de traçabilité. Au 30 septembre 2025, ces investisseurs avaient collectivement perçu plus de Rs 13 millions de retours sur leurs placements, pour un rendement moyen annuel de 10,5 %.
FinClub est-elle parvenue à accélérer l'accès aux facilités de financement offertes avec l'aide de la technologie ? Notre plateforme numérique permet désormais à un emprunteur de soumettre une demande de prêt en ligne en moins de 10 minutes, via ordinateur ou WhatsApp, avec un traitement automatisé des informations et une évaluation du profil de crédit en temps réel. Grâce à l’IA et l’automatisation de l’analyse des dossiers, les délais d’approbation et de financement ont été réduits de plusieurs semaines à seulement quelques jours. De plus, notre assistant virtuel multilingue, soutenu par la MRIC, a permis d’accompagner les utilisateurs dans leur langue et de rendre le financement plus accessible, inclusif et rapide pour tous.
Comment FinClub a-t-il intégré l’innovation dans son mode de fonctionnement ?
FinClub a placé l’innovation au cœur de son modèle opérationnel et de sa stratégie de croissance. L’innovation ne se limite pas à la technologie, mais s’étend à la manière dont nous repensons l’accès au financement, la relation client et l’expérience utilisateur. Sur le plan technologique, nous avons développé une plateforme 100 % numérique de prêt participatif (P2P lending) qui automatise l’ensemble du processus, de la demande de prêt à la mise en relation avec les investisseurs, jusqu’au remboursement. Cette digitalisation nous permet d’assurer rapidité, transparence et traçabilité à chaque étape. FinClub a intégré l’innovation à travers des outils technologiques qui optimisent l’expérience utilisateur, la sécurité et la performance du financement participatif.
FinSmart est un outil d’investissement automatique qui permet aux prêteurs de diversifier leurs portefeuilles et d’investir selon leurs préférences de rendement et de risque, tout en automatisant la mise en relation avec les emprunteurs. FinScore est un système d’évaluation intelligente des dossiers qui combine données financières, comportementales et algorithmes d’IA pour évaluer le risque de crédit de manière rapide, objective et transparente. FinID est une solution d’identité numérique assurant la confidentialité et la sécurité des données personnelles des utilisateurs, tout en simplifiant la vérification et l’authentification des emprunteurs et des investisseurs. Ces innovations traduisent la volonté de FinClub de bâtir un écosystème financier plus efficace, inclusif et sécurisé, où la technologie agit comme catalyseur de confiance et d’accès équitable au financement.
Comment FinClub a-t-il pris en compte le risque que l’IA remplace l’humain ?
Nos analystes, agents de conformité et conseillers investisseurs interviennent systématiquement dans la validation finale des dossiers, la gestion de la relation client et le suivi de la qualité du service. L’IA sert de soutien à la prise de décisions et non de substitut à l’expertise humaine. De plus, FinClub a mis en place une gouvernance éthique de l’IA, veillant à ce que les algorithmes soient utilisés de manière transparente, responsable et respectueuse de la vie privée des utilisateurs. Nous privilégions une approche dite human-in-the-loop, où la technologie assiste l’humain, tout en garantissant que les décisions clés demeurent guidées par le jugement, l’expérience et l’empathie humaine.
En quoi cette approche est-elle différente du financement bancaire conventionnel ?
Contrairement aux banques traditionnelles, FinClub opère sur le P2P lending qui met directement en relation les emprunteurs et les investisseurs. Cette désintermédiation permet de réduire les délais, les coûts administratifs et d’offrir des conditions plus avantageuses aux emprunteurs comme aux prêteurs. Grâce à la digitalisation et à l’IA, le processus de demande, d’évaluation et de financement est entièrement automatisé, permettant une décision rapide et transparente. Enfin, là où le système bancaire reste centré sur la structure de risque institutionnelle, FinClub met l’accent sur la confiance communautaire, la démocratisation de l’investissement et la participation directe à la croissance économique du pays.
Quel est l’élément qui vous a permis de vous afficher comme un modèle de financement alternatif dans un environnement où la domination des banques est omniprésente ?
L’élément clé qui a permis à FinClub de s’imposer comme un modèle de financement alternatif réside dans notre capacité à repenser les codes du financement traditionnel grâce à la technologie, la transparence et la proximité communautaire. Dans un environnement historiquement dominé par les banques, FinClub a introduit une approche inclusive et participative, où chacun peut devenir acteur du financement, qu’il s’agisse d’un particulier, d’un professionnel ou d’une entreprise. Cette démocratisation de l’investissement a ouvert la voie à une nouvelle forme de confiance entre prêteurs et emprunteurs, reposant sur la collaboration plutôt que sur l’intermédiation.
Notre force a également été d’allier innovation technologique et réglementation rigoureuse, en devenant la première plateforme de prêt participatif réglementée par la FSC. Ce qui nous différencie, c’est notre volonté de remettre l’humain au centre de la finance, en faisant de FinClub non pas une alternative aux banques, mais une évolution naturelle du financement moderne, plus agile, plus équitable et plus proche des besoins réels de la population.
Quelle est la situation par rapport aux investisseurs/prêteurs ?
Pour ce segment de sa clientèle, FinClub offre une alternative attractive aux dépôts fixes. Elle finance directement la réalisation des projets. Ils peuvent ainsi générer des rendements compétitifs tout en contribuant à l’économie réelle. Chaque investissement est traçable, diversifié, et lié à des projets concrets. Cela peut se faire au niveau d'un commerce qui souhaite faire du stock avant la haute saison, d'une entreprise qui s’équipe, une famille qui progresse. Chez FinClub, les intérêts générés par les prêts sont versés mensuellement aux investisseurs. Cette approche offre une opportunité unique qui leur permet de transformer ces intérêts en capital et de les réinvestir dans de nouveaux projets par le biais de notre plate-forme. De plus, à chaque remboursement mensuel, une partie du capital est également reversée, donnant à l’investisseur la flexibilité d'empocher ses gains ou de les réinvestir selon ses objectifs.
Selon un sondage réalisé l’année dernière auprès de notre communauté de prêteurs, la grande majorité (plus de 90 %) ont exprimé leur confiance et leur satisfaction à l’égard de la plateforme, confirmant ainsi la solidité du modèle et la pertinence de l’expérience proposée par FinClub. Contrairement à un placement figé, le modèle FinClub offre à la fois liquidité, rendement et visibilité, tout en finançant de la mise en route de projets concrets qui participent au développement du tissu économique et social local.
Quels ont été les facteurs décisifs qui ont incité la direction de FinClub à croire que le pays était prêt pour amorcer une telle transition ?
D’abord, la maturité numérique de la population avec la pandémie de Covid-19 et l’essor des services en ligne ont créé un contexte propice à l’adoption d’une plateforme 100 % digitale. Le public mauricien est désormais connecté, informé et en quête de solutions financières plus rapides, accessibles et transparentes. Ensuite, le besoin croissant d’accès au financement, en particulier des PME, professionnels et jeunes entrepreneurs, a révélé les limites du modèle bancaire traditionnel, ouvrant la voie à une solution alternative et inclusive comme FinClub. La volonté du gouvernement, à travers l’Economic Development Board (EDB), d’encadrer l’innovation financière en introduisant la Regulated Sandbox Licence (RSL), a joué un rôle clé. Ce cadre a permis à FinClub de lancer son modèle de Peer-to-Peer Lending dans un environnement sécurisé, réglementé et soutenu par les autorités, confirmant ainsi que le pays était prêt à accueillir une telle évolution du financement.
Quelles en sont les raisons ?
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi Maurice était prêt pour l’adoption du P2P lending :
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L’accélération du digital par le Covid-19 : les périodes de confinement ont obligé les Mauriciens à adopter des solutions numériques pour les paiements, transactions et accès aux services financiers ;
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L’accès limité au crédit bancaire pour les PME : nombre d’entre elles ne peuvent pas obtenir de prêt bancaire, faute de garanties ou de sécurité suffisantes ;
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Le cadre légal et la crédibilité : opérer dans un cadre réglementé, permet de créer la confiance et la crédibilité, surtout dans un pays qui a connu des scandales financiers, rassurant ainsi les investisseurs et emprunteurs.
Où le problème se situait-il ?
Le problème se situait principalement dans l’accès au financement, particulièrement des particuliers et des PME qui ne pouvaient pas fournir les garanties exigées par les banques. Les processus bancaires étaient longs et rigides, retardant l’accès aux fonds pour ceux qui en avaient besoin rapidement.
Peut-on vraiment affirmer que votre modèle ne comporte aucun risque ou s’agit-il simplement d’un positionnement pour paraître innovant ?
Loin de nous l'ambition de prétendre que notre approche ne comporte aucun risque. Le risque intervient lorsque le bénéficiaire d'un crédit ne parvient pas à honorer ses obligations. C’est pourquoi plusieurs mécanismes ont été mis en place par FinClub afin d’en atténuer les effets et de protéger au mieux les intérêts des investisseurs. D’abord, afin d’assurer une répartition équilibrée du risque, aucun investisseur n’est autorisé à financer plus de 20 % du montant total d’un prêt. Chaque financement est ainsi soutenu par plusieurs prêteurs, garantissant une mutualisation du risque en cas de défaillance d’un emprunteur.
Par ailleurs, chaque demande de financement fait l’objet d’une classification rigoureuse selon une grille de risque, allant de A+ à D, à laquelle correspond un taux de rendement adapté. Ce système offre la possibilité aux investisseurs de diversifier leurs placements et d’ajuster leur exposition selon leur appétit pour le risque. De plus, tous les prêts sont assortis d’un plan d’assurance obligatoire, souscrit par l’emprunteur, qui protège l’investisseur en cas de décès ou d’invalidité permanente du bénéficiaire. Le suivi des remboursements fait également l’objet d’une attention particulière. Dès les premiers retards observés, notre équipe de recouvrement intervient de manière proactive pour accompagner l’emprunteur et rétablir la régularité des paiements. Si le défaut persiste au-delà de 90 jours, le dossier est transféré à notre département légal afin d’engager les démarches judiciaires nécessaires au recouvrement des fonds.
Tout emprunteur défaillant est, par ailleurs, référé au Mauritius Credit Information Bureau (MCIB) auprès de la Banque de Maurice, ce qui impacte directement sa capacité à contracter de futurs emprunts auprès de FinClub ou d’autres institutions financières. Enfin, un dispositif fiscal encadré par la FSC permet aux investisseurs d’atténuer les conséquences d’éventuelles pertes. Les montants irrécouvrables peuvent être compensés contre les revenus d’intérêts perçus sur la plateforme et le solde de perte non utilisé peut être reporté indéfiniment pour compenser les gains futurs. Ces différentes mesures, combinées à une transparence totale et à un accompagnement éducatif constant des utilisateurs, traduisent la volonté de FinClub d’offrir un environnement d’investissement responsable, sécurisé et durable.
Sur quelles épaules reposent les conséquences d’échec que les opérations d'un bénéficiaire d'un prêt ont occasionné ?
Le risque de non-remboursement est inhérent à toute forme d'activité de crédit, qu’elle soit bancaire ou autre. Ce que FinClub propose, ce n’est pas une élimination du risque, mais une gestion différente du risque, plus intelligente et adaptée à la réalité de nombreux emprunteurs à Maurice. Là où le système bancaire traditionnel exige quasi systématiquement une garantie matérielle – hypothèque, gage ou caution, FinClub adopte une approche basée sur l’évaluation de la capacité réelle de remboursement, en intégrant des données financières classiques mais aussi des données alternatives. Grâce à l’IA, nous analysons des éléments comme le comportement de paiement, la stabilité de revenus, l’activité professionnelle ou encore les habitudes numériques. Cela nous permet de mieux cerner le profil du demandeur, même s’il ne dispose pas de garanties physiques ou d’un historique bancaire traditionnel.
Selon vous, que faut-il pour dépasser la crainte que suscite souvent la transition vers ces nouvelles approches, notamment celles liées à l’IA ?
La peur du changement est souvent alimentée par un manque de compréhension, une perception de complexité ou encore la crainte de perdre le contrôle des processus décisionnels. Pour surmonter cette appréhension, la clé réside dans l’éducation, la transparence et l’expérimentation encadrée. Ensuite, il est essentiel de démystifier la technologie et une sensibilisation accrue de la part des régulateurs, qui ont un rôle clé à jouer dans cette transition et doivent, elles aussi, adopter une approche ouverte et évolutive face aux technologies émergentes. En comprenant mieux les mécanismes et le potentiel de l’IA, elles pourront accompagner de manière plus efficace les acteurs du secteur, tout en veillant à préserver la stabilité et la confiance du public. Une telle posture proactive permettra non seulement de favoriser l’innovation, mais aussi d’assurer un cadre équilibré où la protection des utilisateurs et la promotion de la finance inclusive avancent de pair.
Comment cette transition s'est-elle passée au niveau de FinClub ?
Nous avons choisi une intégration de l’IA progressive et responsable. Nous partons de cas d’usage ciblés à forte valeur ajoutée, comme l’analyse de la solvabilité à partir de données alternatives ou l’automatisation des décisions de crédit simples. L’humain n’est pas remplacé. L’IA vient renforcer la décision grâce à des outils d’aide performants, objectifs et rapides. Nous investissons dans la pédagogie autour de nos outils. Des sessions d’accompagnement sont proposées à nos prêteurs, à nos emprunteurs et à nos équipes. L’appropriation passe par la compréhension.
Nous encadrons nos usages par des garde-fous éthiques et réglementaires. Nous opérons dans un cadre légal strict avec audits, reporting régulier et supervision continue. Notre approche respecte la transparence, la non-discrimination et la protection des données personnelles, en conformité avec les exigences locales et internationales. L’expérimentation est encouragée mais toujours pilotée. L’enjeu n’est pas de tout transformer du jour au lendemain. Il s’agit d’avancer étape par étape, de mesurer l’impact, de corriger ce qui ne fonctionne pas et de garder une vision centrée sur l’humain.
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