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Sous des cris de «trahison», Westminster entérine le traité de Diego Garcia
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Sous des cris de «trahison», Westminster entérine le traité de Diego Garcia
Les débats à la Chambre des Communes, lundi, ont été houleux et les amendements de l’opposition rejetés.
? Le déplacement vers les Chagos n’aura pas lieu cette année, mais en 2026.
La Chambre des communes a adopté, lundi soir, le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill à une large majorité de 320 voix contre 171. Le texte, qui concrétise le traité conclu entre Londres et Maurice sur la gestion conjointe de l’archipel des Chagos et de la base militaire de Diego Garcia, a franchi sans encombre l’étape du committee stage et de la troisième lecture. Mais le débat a profondément divisé le Parlement britannique, révélant des fractures politiques et idéologiques sur la souveraineté, la sécurité et la justice coloniale.
La présidente de séance, Nusrat Ghani, a ouvert les discussions en rappelant les amendements déposés par plusieurs députés conservateurs, dont Priti Patel et Wendy Morton, visant à retarder ou conditionner l’entrée en vigueur du traité. L’atmosphère s’est immédiatement tendue lorsque Wendy Morton a accusé le gouvernement travailliste de «brader la souveraineté britannique». «C’est un surrender bill», a-t-elle lancé. «Le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères ont capitulé face à Maurice, préférant satisfaire leurs amis du barreau que défendre l’intérêt national. Nous payons 35 milliards de livres sterling pour louer une base que nous possédons déjà.»
Le gouvernement, a-t-elle ajouté, a «refusé au Parlement son droit d’examen» en contournant le processus de ratification prévu par la loi de 2010 sur les réformes constitutionnelles et la gouvernance. Wendy Morton a accusé l’exécutif d’avoir «dissimulé des informations sur les risques pour la sécurité nationale», en particulier la possibilité que Maurice «permette à des puissances étrangères comme la Chine ou l’Inde d’avoir un rôle sécuritaire dans la région».
Priti Patel : «une erreur stratégique et morale»
Ancienne ministre de l’Intérieur, Priti Patel a soutenu plusieurs amendements exigeant du gouvernement la publication des avis juridiques sur la souveraineté et à conditionner tout paiement à un vote de la Chambre. Elle a dénoncé «une décision inconsidérée» et «un acte de faiblesse stratégique face à des puissances qui n’ont pas nos valeurs». «Ce traité est une abdication qui compromet la position géostratégique du Royaume-Uni et dilapide des milliards de livres que nous devrions consacrer à nos citoyens, pas à apaiser d’autres gouvernements.» Priti Patel a affirmé que «l’accord aurait dû être soumis à un examen complet du Conseil de sécurité nationale» avant toute ratification. Elle reproche également au gouvernement d’avoir «ignoré les Chagossiens», estimant que «ces familles déplacées méritent un droit de retour encadré et un fonds administré par le Royaume-Uni».«Confier à Maurice le contrôle de ce fonds revient à répéter les erreurs du passé et à priver les exilés de toute garantie.»
Le ministre d’État du Foreign, Commonwealth and Development Office, Stephen Doughty, a riposté avec fermeté. Il a qualifié les critiques conservatrices de «désinformation organisée» et a rappelé que les négociations avaient été entamées sous les précédents gouvernements tories. «Les conservateurs affirment qu’ils n’auraient jamais signé un tel accord. Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est bien eux qui ont lancé 11 rounds de négociation avec Maurice (…) Ils savaient qu’un règlement était inévitable après l’avis de la Cour internationale de Justice (CIJ) et la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies. Ce gouvernement a eu le courage de le faire proprement, avec des garanties solides.»
Répondant aux allégations sur un prétendu risque chinois, Stephen Doughty a été catégorique : «Ces histoires sont des fantasmes. Le traité interdit explicitement toute présence militaire étrangère dans l’archipel. Maurice ne peut ni autoriser ni négocier avec une autre puissance sur Diego Garcia ou les îles environnantes. Quant aux États-Unis, nos alliés les plus proches, ils soutiennent pleinement cet accord et continueront d’exploiter la base.» Il a défendu la transparence du processus financier, assurant qu’«aucun paiement direct de 35 milliards n’existe» et que «les chiffres brandis par l’opposition proviennent d’une interprétation erronée d’un rapport actuariel». Il a insisté sur la portée diplomatique du traité : «Cet accord renforce la stabilité régionale, préserve nos alliances et met fin à un différend qui nuisait à notre crédibilité internationale. C’est un pas vers la réconciliation, pas vers la reddition.»
«Désarmement diplomatique»
En marge du débat parlementaire, un tweet de Nigel Farage, chef du parti Reform UK, a provoqué une vive réaction du gouvernement. L’ancien eurodéputé a affirmé que *«Maurice négociait déjà avec la Chine pour louer certaines îles de l’archipel»*et que «le Labour vendait Diego Garcia aux puissances communistes». Ces déclarations ont été dénoncées comme «irresponsables» par l’Attorney General, Gavin Glover, et par le ministre Stephen Doughty, qui y a vu «une tentative dangereuse de désinformation à des fins populistes». Il a déclaré devant la Chambre : «Nigel Farage répand des mensonges. Aucune négociation de ce genre n’a lieu. L’accord entre le Royaume-Uni et Maurice interdit expressément toute base étrangère, tout transfert d’autorité ou toute concession militaire.» Les propos de Farage «mettaient inutilement en danger la coopération diplomatique et pouvaient être interprétés comme une insulte envers un partenaire du Commonwealth».
Malgré ces précisions, les députés de l’opposition ont continué à dénoncer un «désarmement diplomatique». Sir Andrew Mitchell a reproché au gouvernement de «saboter le rôle historique du Royaume-Uni comme puissance garante de la stabilité maritime». Stuart Anderson, ancien militaire, a averti que «la cession partielle de souveraineté affaiblira la position britannique au moment même où les tensions s’intensifient en Indopacifique» et «céder la maîtrise juridique de l’archipel revient à fragiliser la présence occidentale face à la Chine et à la Russie».
Dans le même ton, sir Iain Duncan Smith a rappelé que «la Chine produit 130 fois plus de navires militaires que les ÉtatsUnis» et qu’«abandonner Diego Garcia, c’est renoncer à une carte stratégique essentielle dans le jeu mondial».
Le Dr Al Pinkerton, député libéraldémocrate de Surrey Heath, a recentré le débat sur la question morale du sort des Chagossiens. «Ce traité ne répare pas les injustices du passé ; il les réinvente», a-t-il lancé. «La CIJ a rappelé que la décolonisation de Maurice n’était pas complète. Mais transférer la souveraineté sans consulter le peuple chagossien, c’est nier le droit fondamental à l’autodétermination.» Il a proposé l’organisation d’un référendum consultatif au sein de la diaspora chagossienne et un suivi annuel sur la mise en œuvre du traité et la gestion du parc marin. «Nous avons le devoir de veiller à ce que la voix des Chagossiens ne soit pas étouffée par les chancelleries.» Sir Edward Leigh, vétéran conservateur et doyen des Communes, a proposé une consultation des Chagossiens résidant au Royaume-Uni. «Après des décennies d’exil, ne pas leur demander leur avis sur l’avenir de leur patrie serait une nouvelle faute morale.»
L’environnement et la bataille de la «blue belt»
Le débat a également porté sur la zone marine protégée des Chagos, l’une des plus vastes au monde. Wendy Morton a mis en garde contre le risque de «voir le Royaume-Uni financer sa propre perte écologique», car «Maurice n’a ni les moyens ni l’expérience pour gérer une réserve d’une telle envergure». Stephen Doughty a rétorqué que «la future aire marine sera cogérée sur des bases scientifiques solides» et sera «un modèle de coopération environnementale entre nations». Mais plusieurs députés conservateurs ont dénoncé un risque de bluewashing, accusant le gouvernement de se réfugier derrière un discours écologique pour masquer les concessions politiques du traité.
Malgré les critiques virulentes, le gouvernement a maintenu le cap. Tous les amendements ont été rejetés et le Diego Garcia Bill a été adopté en troisième lecture par 320 voix contre 171. Le texte sera examiné prochainement par la Chambre des lords, avant d’obtenir le Royal Assent.
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