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Entretien avec…
Irada Zeynalova : «Un seul navire-centrale nucléaire flottant suffirait pour alimenter Maurice… c’est vert
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Irada Zeynalova : «Un seul navire-centrale nucléaire flottant suffirait pour alimenter Maurice… c’est vert
Notre nouvelle émission «Passeport Diplomatique» vous invite à découvrir la diplomatie sous un autre jour : relations diplomatiques, enjeux internationaux et partage culturel. Pour ce premier épisode, qui sera en ligne ce samedi, immersion au cœur de l’ambassade de la Fédération de Russie à Maurice, où l’ambassadrice Irada Zeynalova, nous reçoit.
Quelles sont les principales réalisations des relations russo-mauriciennes au cours de l’année écoulée ?
La Russie entretient une longue histoire de relations avec Maurice. Nous les avons entamées cinq jours seulement après l’Indépendance de Maurice. Mon intention est d’intensifier cette relation. En mars, nous avons eu le grand concert de ballet folklorique. En mai, nous avons accueilli un voilier ancien, presque centenaire. En juin, nous avons eu l’Opéra du Tatarstan. Chaque semaine, nous faisons quelque chose : négociations, événements ou rencontres avec des Mauriciens.
Récemment, le ministre des Transports s’est rendu à Moscou. Quels résultats concrets, selon vous, ont découlé de cette visite ?
Ce fut une excellente occasion pour les deux pays de mieux se comprendre. Maurice a la taille précise de Moscou, à l’intérieur du périphérique des transports. Et dans ce cercle, nous avons 20 millions d’habitants. Lorsque j’ai rencontré le ministre des Transports pour la première fois, j’ai compris que c’était quelqu’un qui voulait agir pour résoudre ce problème. Il s’est rendu à la Semaine internationale des transports à Moscou, où il a rencontré des responsables de différents pays, notamment le ministre russe des Transports et le ministre moscovite des Transports. Il a été témoin de notre expérience en matière de contrôle et de gestion numériques des transports. La Russie est considérée – même aujourd’hui, alors que la période est très difficile pour les relations internationales – comme le pays no 1 pour les services sociaux à l’échelle numérique. Si vous adoptez notre expérience de gestion numérique des transports, cela résoudra beaucoup de problèmes.
Par exemple, en cas d’urgence, l’intervention doit se faire en quelques minutes, comme nous le faisons en Russie. Si vous appelez les secours, en moins de 20 minutes, dans chaque ville, l’aide médicale doit arriver. Nous avons des solutions spécifiques pour cela. Avec la police des transports, avec le ministère des Transports, avec le ministère de la Santé, le problème peut être résolu. En Russie – c’est ce que je dis à chaque ministre que je rencontre – nous ne cloisonnons pas les problèmes pour les renvoyer à tel ou tel ministère. Nous considérons le problème dans sa complexité.
J’ai eu l’occasion de rencontrer Sam Lauthan, directeur de la National Agency for Drug Control. Je lui ai dit que si vous voulez démanteler le système de trafic de drogue, d’abord, il faut agir avec les grands pays. Ensuite, il faut l’aborder comme un problème complexe. Bien sûr, il faut faire appel à la police, aux douanes et aux forces spéciales pour stopper le trafic. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller voir le ministère de la Culture pour détourner les gens de la consommation de drogue. Il faut aller vers le ministère des Sports pour montrer une vie alternative. Il faut aller au ministère de la Santé, au ministère de l’Éducation et vers ceux qui s’occupent des questions familiales, car la consommation de drogues naît de la détresse; elle commence lorsque la famille ne suit plus les enfants. Chaque ministre doit se réunir au même endroit, sans esprit de compétition et agir, car nous avons des objectifs qui ne peuvent être atteints qu’ensemble.
Concernant la conférence sur les nouvelles sources d’énergie qui s’est tenue, quelles opportunités de coopération dans le secteur énergétique voyez-vous ?
Je vois une grande opportunité pour Maurice de devenir l’île la plus verte du monde. Bien sûr, la Russie est exportatrice de gaz et de pétrole, parmi les plus grandes au monde, mais nous vous proposons de ne pas faire venir des navires de gaz et de pétrole. Ce serait très profitable pour la Russie si nous coopérions sur le gaz liquéfié, mais nous avons une autre possibilité, considérée par l’Union européenne comme une énergie verte. Nous vous proposons d’amener un navire-centrale nucléaire flottant, de le placer au large de l’île et de tirer un câble. Un seul suffirait pour alimenter tout le pays. C’est sûr, c’est vert et c’est pour le long terme. Quand je dis que vous avez besoin d’énergie nucléaire ici, il ne s’agit pas d’une centrale nucléaire à l’intérieur de l’île. Non, c’est flottant, et cela se fait en Turquie, en Russie et dans d’autres pays. Cela signifie que vous ne brûlerez plus de diesel ni de charbon. Vous aurez un air pur, un environnement sûr. Si vous disposez d’assez d’énergie, l’électricité ne sera pas aussi chère qu’aujourd’hui. Ensuite, vous pourrez introduire des bus électriques et des voitures électriques et proposer la recharge gratuite partout.
Au-delà de l’énergie, quels secteurs de l’économie mauricienne vous semblent offrir le plus de potentiel pour un renforcement de la coopération bilatérale ?
Tous. Nous sommes la Russie, nous avons tout. Nous avons déjà discuté avec le ministre de l’Agro-industrie à propos de l’exportation de denrées alimentaires. La sécurité alimentaire fait partie de la souveraineté. Nous lui avons proposé de diversifier les fournisseurs de produits alimentaires ici. Nous avons proposé des viandes, du poisson, du fromage ainsi que des céréales. Bien sûr, quand on parle aux Russes, on nous demande toujours : avez-vous de la vodka et du caviar ? Oui, nous avons de la vodka et du caviar, mais on ne peut pas en manger tous les jours. Il faut utiliser des technologies modernes en agriculture : même avec un sol pauvre ou une surface limitée, vous pourrez cultiver des récoltes.
La Russie chérit sa souveraineté. Mais la souveraineté ne signifie pas seulement les frontières. Elle signifie la sécurité alimentaire, la sécurité pharmaceutique, la sécurité éducative. Si vous avez vos propres bus pour votre bétail, vos propres banques de semences, vous serez pleinement indépendants. Et nous l’avons ressenti en Russie, quand nous avons subi des sanctions : pas assez d’œufs, pas assez de pommes de terre.
Nous nous sommes demandé : nous sommes le plus grand pays du monde, nous avons toute la gamme des climats, alors comment est-ce possible ? Parfois, il faut faire les choses par soi-même. Et nous l’avons fait en trois ans. Nous ne dépendons absolument plus des approvisionnements. Même chose pour Maurice. Si vous n’avez pas de solution de secours, un jour cela peut être utilisé contre vous. Tout pays peut se retrouver dans cette situation. Nous vous proposons l’indépendance agricole. Ensuite vient l’indépendance pharmaceutique. Ensuite l’indépendance en matière de pêche. Faisons-le ensemble. Et, bien sûr, nous vous aiderons avec les technologies, l’information, les experts et les formations. Dès les premiers jours de Maurice, vos médecins, vos enseignants, vos architectes, vos constructeurs, vos ingénieurs ont étudié à la People’s Friendship University of Russia.
Les échanges culturels et éducatifs ont également été très actifs cette année. Pensez-vous qu’ils contribuent aux liens entre la Russie et Maurice, et comment ?
Voici l’image du dodo, la seule représentation peinte d’après un oiseau vivant. Nous la conservons en Russie, à l’Institute of Oriental Manuscripts de Saint-Pétersbourg. En Russie, nous aimons préserver et sécuriser l’ensemble des connaissances de l’humanité. Nos diplomates l’ont acquise au début du XXe siècle. Je souhaite amener de jeunes peintres russes à peindre leur vision du dodo depuis Saint-Pétersbourg et faire une exposition de cette œuvre. Ces jeunes peintres démontreront combien nous restons proches malgré l’océan. Car l’océan n’est pas une frontière qui sépare. L’océan est pour nous un lien, un chemin à travers l’histoire.
Nous essayons également d’ériger ici un monument pour les marins russes qui ont été enterrés à Maurice. C’était en 1857. Pour la première fois, un navire russe est venu à Maurice. Et six personnes y ont été enterrées à cause d’une épidémie sur l’île. Cela signifie que nous avons plus de choses en commun qu’on ne le croit. Nous avons une histoire commune. Mon objectif est d’offrir un présent à chaque musée de Maurice en lien avec l’histoire entre la Russie et Maurice. Souvenez-vous : vous n’êtes pas seuls au milieu de l’océan Indien. Nous sommes ensemble, historiquement.
Dans le même esprit, il est bien connu que la Russie a une longue et riche diplomatie culturelle. Des événements sont-ils prévus à Maurice dans les mois à venir ?
En octobre, il y a eu un grand concert de musique classique russe au Caudan Arts Centre. De très célèbres musiciens sont venus s’y produire. En novembre, ce sera un concert de danse classique du Tatarstan. Les danseurs de ballet – vous savez que la Russie est célèbre pour le ballet classique – viendront se produire ici. En décembre, nous prévoyons une exposition sur le dodo. En janvier, nous espérons organiser un autre concert de musique classique. En février, nous espérons organiser un grand événement pour les marins mauriciens, et ainsi de suite. Les gens ne le savent probablement pas, mais chaque semaine nous avons une exposition ici, au Centre culturel. Vous pouvez également voir des films russes, classiques ou récents, avec des sous-titres en anglais ou en français, gratuitement, de même que nos célèbres musiciens classiques et des danseurs de ballet au Caudan Arts Centre lors des représentations. Tout est gratuit. Mais rassurez-vous, ce n’est pas que nous voudrions «envahir» vos cœurs et vos esprits.
Quel est votre endroit préféré à Maurice ?
Mon endroit préféré à Maurice, c’est Port-Louis – cela va vous surprendre. Tout le monde va à la plage, mais moi, je vais sur le front de mer de Port-Louis, je m’assois le soir avec un café et je regarde les navires à l’ancre, les lumières et les gens. Et la seule chose à laquelle je pense à chaque fois, c’est : pourquoi fermez-vous tout si tôt ? J’ai une idée, sous réserve de l’approbation du lord-maire – qui est une personne brillante – : faire de Port-Louis et Saint-Pétersbourg des villes jumelles. Si nous y parvenons, bien sûr, nous lancerons une vaste coopération avec les musées de Saint-Pétersbourg, comme l’Ermitage, célèbres dans le monde entier. Nous les ferons peut-être venir ici, avec leurs expositions.
Le centre de Port-Louis a un potentiel immense. Quand on passe derrière l’Old Mill, il y a un quartier où l’on pourrait créer des galeries, des clubs, de petits musées et des expositions de créations modernes. Si nous allons dans ce sens, nous ferons de Port-Louis le centre de la vie culturelle. J’ai également l’idée de faire de Maurice, un jour, le seul endroit de l’océan Indien où l’on peut voir le Théâtre du Bolchoï. Tout le monde viendra le voir, y compris des touristes des pays voisins. Cela augmentera le nombre d’arrivées touristiques à Maurice, et donc la consommation de souvenirs, de rhum, d’hôtels, de tout.
Port-Louis peut aussi devenir un centre de la recherche sur les microplastiques. Par exemple, un laboratoire international qui étudie la lutte contre les microplastiques océaniques et délivre un certificat attestant du respect – ou non – des principes de l’économie globale. Comme à Paris, vous avez le Bureau international des poids et mesures, vous pouvez créer ici un laboratoire équivalent, mais à un autre niveau : un laboratoire qui délivrerait des certifications pour le niveau de pollution par microplastiques de votre pays et de votre industrie. Si nous portons ce projet, si nous réussissons, Port-Louis deviendra le centre scientifique de la nouvelle économie pour le monde entier. J’espère que nous le ferons ensemble.
Nombre des initiatives de l’ambassade ont été rendues possibles grâce au soutien local. Quelle importance revêt ce partenariat pour vous ?
Créer des relations durables est très important. Il est important pour nous d’être ici, non pas pour une base militaire ou pour une influence politique. Nous sommes ici parce que nous voulons être amis avec chaque nation indépendante et rendre cette amitié plus fructueuse pour les deux pays. En Russie, nous avons tout et pouvons survivre sans aucun pays. Mais pour une personne, même s’il peut survivre, il ne peut pas vivre sans amis. Il ne peut pas vivre sans cet échange émotionnel. Il ne peut pas vivre sans rendre visite à ses amis, sans célébrer quelque chose ensemble, même si tout n’est pas parfait. La Russie chérit chaque nation indépendante, car nous sommes anticoloniaux. Nous sommes aussi multireligieux que vous, aussi multiculturels que vous, multinationaux. Nous ne sommes pas Créoles, mais nous nous appelons «Russes», ce qui est comme un mélange de sangs. Cela signifie que nous sommes proches les uns des autres.
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