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Concert-anniversaire

Menwar : «La seule loi qui n’a pas été votée au Parlement, c’est la loi de la reconnaissance»

13 octobre 2025, 15:30

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Menwar : «La seule loi qui n’a pas été votée au Parlement, c’est la loi de la reconnaissance»

Il y a 48 ans d’écart entre cette photo prise le samedi 11 octobre 2025 et Lelou (en médaillon) sur la pochette de son premier 45 tours sorti en 1977.

«Levennman 70». C’est avec ses «kamwad», Eric Triton, Emlyn et Manu Desroches, entre autres, que Menwar fêtera ses 70 ans. Le concert-anniversaire est prévu le mardi 21 octobre à 19 h 30, au Caudan Arts Centre. En prélude, suivons le regard vif, sans concession que Lelou pose sur l’existence.

Menwar, les dreadlocks en moins, l’expérience en plus. Une boucle, comme le cycle de la vie, qu’il déroule à voix basse, sur ce balcon qu’il occupe, à Bambous. Pile le jour de son anniversaire, Menwar marquera Levennman 70 avec des «kamwad». Rendez-vous pour le concert le mardi 21 octobre à partir de 19 h 30, au Caudan Arts Centre.

Il commencera seul en scène. S’accompagnant en frappant sur un banc. Réminiscence du griot Nelzir Ventre, qui lui avait retourné les tripes, lors d’un concert à Pointe-Canon, pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage. «Ena lamizik ki tro for pou ou.» C’était il y a si longtemps. Menwar a la mémoire du cœur. L’oreille sensible. La parole crépitante.

Après 43 ans, dit-il, il a coupé ses longues nattes, «pou retourn Lelou». Comme il était à ses débuts. Cheveux courts, idées longues. Menwar suit-il les préceptes rasta ? «Non, mo swiv ras dimounn», corrige-t-il. «Je ne suis pas un rasta. J’ai une tout autre philosophie.» Son bondie, c’est la Nature, affirme-t-il, une main levée en direction de la mer que l’on voit au loin.

«Si un SDF, dans la rue, m’appelle, j’écoute ce que cette personne a à me dire. Si je l’ignore, comment saurais-je ce qu’elle a sur le cœur ?Nou pa konn so lavi. La seule loi qui n’a pas encore été votée au Parlement, c’est la loi de la reconnaissance.» Le citoyen Stephano Honoré pour l’état civil, lance : «Même si les gens ont voté 60-0, bann-la pena rekonesans.»

Menwar précise. «Mo pa pe rod nanye ar zot.» Il n’est pas homme de bande, ni de parti. Dans une autre vie, Menwar faisait partie du Grup Kiltirel Soley Rouz, «avek defin Dev (NdlR,Dev Virahsawmy)». Emanation du Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP). Mais parce qu’il n’avait pas apprécié qu’à l’intérieur du groupe, on envoie balader l’un des membres, Lelou avait choisi de ne plus aller aux répétitions. Menwar ne se considère pas comme un chanteur engagé politiquement, mais musicalement. «Quel engagement, si au moment d’aller voir un ministre, l’artiste engagé qui croyait qu’il serait reçu tout de suite, doit patienter comme tout le monde ?»

Un petit sourire ironique se pointe. Menwar se demande, nous demande : les artistes qui ont sauté le pas pour faire de la politique, où en est leur carrière musicale ? «Ou gagn kas wi, me sa pe touy ou karyer mizikal.»

Lui, n’est pas non plus en compétition avec les confrères. Affirmant avoir toujours refusé les propositions d’être membre du jury dans des concours de chants. «Si les perdants n’aimaient pas leurs morceaux, ils ne seraient pas venus les défendre. Mo pa gagn drwa dir enn dimounn so lamizik vilin.» Même si le texte manque de mordant ? Que le son s’apparente plus à du bruit qu’à de la musique ? Que c’est un collage de sons pompés du travail d’autres artistes ? Ou que des intelligences artificielles ont fait le gros du travail ? Avec le calme de celui qui sait, Menwar dit seulement: «Dimounn-la inn kontan pou ferli. Seki fasil mor vit. Seki difisil ki dire. Aksepte galere».

La galère, il la connaît «depuis la naissance». Mais si la mère de Menwar lui disait «monn ne mizer, mo pou mor mizer», lui n’est absolument pas d’accord. «Je suis pauvre, mais ni mizer ni malheureux».

Dans la joie de ses 70 ans, l’artiste précise : «Je ne fêterais jamais mes années de carrière, mais seulement ce que j’ai pu apporter au cours de mon trajet musical.» Un parcours commencé quand il compose sa première chanson, à l’âge de 14 ans à Cassis et Bain-des-Dames, oui, comme le titre de l’une de ses chansons emblématiques. Celle qui évoque une enfance rythmée par les régates, les séances de disques à la demande au débarcadère. Une existence, où il a tout appris «dan sime, mo pa onte pou dir li. Si j’avais eu l’occasion d’aller à l’école, je n’aurais pas fait semblant. Mo ti pou aprann kouma bizin».

Sa première chanson aurait été enregistrée par quelqu’un d’autre. Cela vous forge un homme. Cette chanson disait :

*Get kouma li zoli kan ou ena enn mama lor later

Get kouma li pa bon kan ou ena enn papa vakabon.

C’est l’histoire de sa vie. Lui qui a grandi* «dans un cagibi», auprès de sa mère et qui voyait passer son père tous les jours, dans le quartier.

Ne lui demandez pas laquelle de ses chansons il aime le plus. Paternel, il aime toutes ses œuvres-enfants de la même façon. Tous ses albums – des vinyles 45 tours aux CD –, tous les festivals où il s’est produit, Menwar considère que c’était sa «mission». Une charge pas simple à porter, pour celui qui a appris de nombreux métiers: menuisier, mécanicien, tôlier, maçon, soudeur. Pendant trois ans, il a travaillé dans une usine où l’on découpait au chalumeau des carcasses de vieux bateaux. «Memo’nn touzour res manev mem.» Car son vrai métier, c’est la musique.

Avec Menwar, aucune fausse pudeur pour parler du besoin universel d’avoir «enn ti kas dan pos». C’est avec des «kamwad ki ena metie» qu’il travaille à la journée. «Kas zame de tro. Me bizin transpire. Kan ou gagn li tro fasil, pa bon.»

De petits boulots en débrouillardise, il a fini par aller voir Marclaine Antoine (disparu en 2017) au studio qu’il tenait alors rue Royale, à Port-Louis. Sur place, Menwar interprète trois chansons. Cela colle tout de suite. Le premier 45 tours de Lelou sort en 1977, sous le label Green Turtle. Sur la Face A Capito, sur la Face B, Leti pome. Quand il n’enregistre pas, Menwar fait le musicien, accompagnant d’autres artistes, au triangle.

Le vinyle est rayé par les cassettes. Menwar enchaîne : Souvenir lepor en 1980, Letan lanfer en 1982. Une cassette où Kaya joue comme guitariste. Kiltir de zil sort en 1984, avec la première version de Sizann. Un titre repris dans l’album Ay Lolo Lolo en 2006. Avec le recul, Menwar se souvient que son style, le sagaï, «personne ne croyait que cela irait aussi loin». En live, au studio Charles Trenet à Radio France, partageant l’affiche en 2006 avec le rappeur Oxmo Puccino et Patrice. Ou invité dans l’émission Ocora Couleurs du monde, à Radio France, en 2021 et 2022.

Avec cette discographie, comment se portent ses royalties ? La Mauritius Society of Authors (MASA), «pour l’instant, c’est un fantôme. Elle fonctionne pour les fonctionnaires, pas pour les artistes». Depuis 1981 (avant la création de la MASA en 1986), Menwar est enregistré à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM) en France. «Je ne gagne pas des millions comme Michael Jackson. Parfwa mo kapav pe asize mo pena nanye, enn kou enn zafer nek tonbe, mo kapav gagn enn rasion.»

Menwar a-t-il voté lors de l’élection des sept représentants d’artistes au board de la MASA, le 24 août ? «Gran eleksion zeneral mo pa al vote, aster mo pou al vote pou sannla ?» Il s’insurge face aux anciens membres du board qui citent les sommes d’argent qui étaient dans les caisses de la MASA pendant leur mandat. «Kan to ti laba, tonn deza dir ar nou artis komie kas ti ena dan lakes MASA? Zame. Kan to nepli laba lerla ki to vinn dir sa?»

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