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Prisons

De Kaya à Permes, en passant par Martingale : Ces morts qui hantent toujours derrière les barreaux

13 octobre 2025, 12:00

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De Kaya à Permes, en passant par Martingale : Ces morts qui hantent toujours derrière les barreaux

Kaya, John-Mick Martingale et Jean-Caël Permes.

Vingt-six ans après la mort de Kaya dans une cellule de police, la vérité reste incertaine. Un nouveau rapport officiel, celui du Fact-Finding Committee sur les violences à la prison de Melrose, ravive le débat sur les décès en détention, les abus de pouvoir et les enquêtes qui peinent à aboutir. De Kaya à Jean-Caël Permes, en passant par John-Mick Martingale, les affaires se succèdent, les établissements changent, mais les interrogations persistent : comment garantir la sécurité et la dignité des personnes placées sous la garde de l’État ?

Publié le 3 octobre, le rapport de la National Human Rights Commission (NHRC) sur les incidents survenus à la prison de Melrose le 17 juillet décrit un système où l’usage disproportionné de la force et les atteintes à la dignité des détenus se sont produits. Le document, fondé sur des témoignages, des registres et des images de vidéosurveillance, évoque notamment des fouilles à nu collectives, des violences physiques non justifiées, des privations de repas et d’eau, ainsi qu’un manque de traçabilité dans certaines opérations. Le Fact-Finding Committee recommande l’interdiction des fouilles collectives, la mise en place d’un protocole clair sur l’usage de la force et un accompagnement psychologique pour les officiers pénitentiaires. Le Directeur des poursuites publiques (DPP) a été saisi du dossier.

La prison de Melrose, inaugurée en 2017 comme établissement de haute sécurité, devait représenter un modèle en matière de conditions de détention. Les éléments du rapport de la NHRC montrent toutefois que, malgré les dispositifs de surveillance en place, des manquements graves ont pu survenir. Les images CCTV examinées par le comité montrent des détenus contraints de se dénuder devant des officiers et, dans certains cas, soumis à des bousculades. Des témoignages anonymes d’anciens détenus recueillis par notre rédaction viennent corroborer ces éléments.

«On ne parle pas, car si on parle, on paie», explique l’un d’eux, aujourd’hui libre. «Ceux qui sont encore à l’intérieur savent ce que ça coûte de dire la vérité.»

Le décès de Jean-Caël Permes, retrouvé mort dans une cellule de la prison de La Bastille à Phoenix le 5 mai 2020, fait partie des affaires encore non élucidées. L’autopsie officielle attribuait le décès à un choc hémorragique consécutif à des blessures multiples. Des traces de sang avaient également été relevées dans le véhicule de transfert utilisé par la Correctional Emergency Response Team. Plusieurs agents avaient été arrêtés puis libérés sous caution, mais l’enquête n’a pas encore abouti à un procès. Dans une lettre ouverte publiée à l’époque, la veuve du défunt, Chana Permes, avait réclamé davantage de transparence dans les investigations. «On nous dit d’attendre l’enquête. Mais combien de temps faut-il pour dire la vérité ?», écrivait-elle déjà à l’époque. À ce jour, aucune conclusion officielle n’a été rendue publique et le dossier reste une source de douleur pour sa famille.

John-Mick Martingale, 32 ans, arrêté le 29 octobre 2022 à l’aéroport de sir Seewoosagur Ramgoolam en possession présumée de drogue, est décédé dans la nuit du 8 au 9 septembre 2024 à la prison centrale de Beau-Bassin. Selon un rapport d’autopsie indépendant réalisé par le Dr Sipho Mfolozi, de Forensic Pathology Consultants (Pty) Ltd en Afrique du Sud, la cause du décès serait une asphyxie par étouffement, accompagnée de signes de coups contondants. Le rapport précise qu’aucun indice ne permet de conclure à une cause naturelle. Une Judicial Inquiry, ordonnée par le DPP, est en cours au tribunal de Rose-Hill pour établir les circonstances exactes de la mort et examiner les éventuelles responsabilités.

Le cas de Kaya demeure emblématique dans la mémoire collective. Le 21 février 1999, le chanteur du seggae avait été retrouvé sans vie dans une cellule du centre de détention d’Alcatraz, quelques jours après son arrestation pour consommation de cannabis. Le rapport d’autopsie officiel faisait état d’une méningite, mais cette conclusion avait été contestée par des proches et des observateurs, invoquant des blessures visibles et des incohérences dans les témoignages. Aucun agent de police n’avait alors été sanctionné.

La mort de Kaya a déclenché des émeutes historiques et a marqué un tournant dans la prise de conscience citoyenne sur les conditions de détention et le traitement des détenus.

Ces affaires révèlent un fil rouge inquiétant : l’absence de reddition de comptes, et la persistance d’une culture d’impunité dans le système pénitentiaire et policier. Les enquêtes tardent, les familles restent dans l’ignorance et les témoignages de détenus sont rares, souvent par crainte de représailles. Plusieurs familles ont tenté de porter leurs cas devant les instances judiciaires ou la NHRC, mais le processus est long et opaque. «Toutes les personnes incarcérées ne sont pas des criminels dangereux», rappelle un ancien officier pénitentiaire.«Certaines purgent des peines mineures mais subissent des traitements inhumains. La prison ne doit pas être un lieu de torture.»

Les mécanismes de contrôle théoriquement existants – soit le Prison Welfare Office, la NHRC, le DPP et l’Independent Police Complaints Commission – ne suffisent pas à prévenir les abus. Sur le terrain, la coordination est souvent défaillante et aucun audit indépendant global sur les conditions de détention n’a été publié depuis plusieurs années. Des organisations de défense des droits humains, telles que DIS-MOI, réclament depuis longtemps la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur tous les cas de décès survenus en détention.

Le rapport Melrose, la Judicial Inquiry sur John-Mick Martingale et les demandes de réexamen du dossier Kaya constituent aujourd’hui autant de dossiers sensibles qui interrogent la transparence du système pénitentiaire mauricien. Leur traitement sera déterminant pour restaurer la confiance dans les institutions et garantir le respect des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

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