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Audit au 30 juin 2024
La MBC dans le rouge : un déficit abyssal de Rs 1,5 milliard
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Audit au 30 juin 2024
La MBC dans le rouge : un déficit abyssal de Rs 1,5 milliard
■ Les recommandations de l’auditeur sont claires : la transparence, la responsabilisation et la modernisation doivent devenir les maîtres mots de la nouvelle ère de la MBC.
Le dernier rapport de l’Audit sur la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), signé par Dharamraj Paligadu, dresse un constat alarmant de la santé financière et la gestion de la station publique. L’exercice se terminant au 30 juin 2024 révèle un déficit cumulé de Rs 1,5 milliard, soit une détérioration par rapport aux Rs 1,3 milliard enregistrées un an plus tôt. À l’époque concernée, la MBC était dirigée par Anooj Ramsurrun.
Selon l’Audit, les réserves de capital ont été évaluées à Rs 387,3 millions, mais le chiffre ne peut être confirmé avec exactitude faute de documentation adéquate. Ces montants représentent un capital pour lequel aucun mouvement n’a été enregistré depuis juin 2008 et aucun registre détaillé des actifs ne permet de justifier les chiffres comptabilisés depuis 1994. Cette absence de traçabilité sur près de trois décennies fragilise la fiabilité de l’audit financier. Malgré cela, le directeur de l’Audit considère (sous réserve) que les comptes de la MBC reflètent une image fidèle de la situation financière de l’organisme au 30 juin 2024, conformément aux normes internationales du secteur public (IPSAS). Le rapport rappelle cependant que la MBC doit impérativement renforcer son dispositif de suivi comptable et de gestion des actifs si elle souhaite retrouver la confiance du régulateur et du public.
Un déficit structurel qui s’aggrave
L’un des constats les plus marquants de ce rapport concerne la dégradation continue des fonds propres de la MBC. Le déficit cumulé atteint désormais Rs 1,524 milliard, contre Rs 1,304 milliard à la fin de l’exercice précédent. Cette détérioration s’explique par un déficit annuel de Rs 86,9 millions, selon le relevé de performance financière pour l’année close au 30 juin 2024. L’audit indique que cette situation découle principalement de la progression des obligations de retraite, qui ont augmenté de Rs 132,4 millions à la suite d’une réévaluation actuarielle des pensions du personnel. Dans le même temps, les revenus de la MBC sont restés quasi stables, atteignant Rs 988,8 millions en 2024 contre Rs 964,3 millions en 2023. Les recettes publicitaires ont légèrement progressé, passant de Rs 267 millions à Rs 269,5 millions, tandis que les redevances de télévision se sont établies à Rs 641 millions. Mais ces hausses mineures n’ont pas suffi à compenser le poids des charges fixes et des dépenses opérationnelles.
Le rapport note aussi une réduction des revenus non commerciaux, notamment des surtaxes domestiques liées aux licences TV, qui sont passées de Rs 8,3 millions à Rs 7,7 millions. Dans un environnement médiatique marqué par la concurrence des plateformes numériques et le déclin de la télévision traditionnelle, la MBC peine à renouveler son modèle de financement. Les coûts sociaux et structurels, eux, continuent de croître, alimentant un déficit récurrent.
Le bilan au 30 juin 2024 révèle que la MBC disposait d’actifs totaux de Rs 1,76 milliard, contre des passifs atteignant Rs 2,43 milliards. Ces chiffres traduisent une situation nette négative de Rs 668 millions. Le poids des obligations de retraite reste le principal fardeau financier de l’institution : à lui seul, ce poste représente Rs 1,8 milliard, soit près des trois quarts des dettes à long terme. Les actifs courants, principalement constitués de liquidités et de créances, offrent peu de marge de manœuvre. Les disponibilités s’élevaient à Rs 312 millions, mais les dépenses de fonctionnement et les charges salariales absorbent rapidement ces montants. L’audit attire aussi l’attention sur la gestion de certains biens immobiliers, notamment un terrain situé à Curepipe, évalué à Rs 40 millions par un expert en mars 2024. Deux appels d’offres, lancés en août et en septembre 2023 pour la vente du bien, se sont révélés infructueux. À la clôture de l’exercice, la propriété figurait toujours dans les actifs «détenus à des fins de vente».
Des retards préoccupants dans les projets de rénovation
Le rapport critique la lenteur administrative et la mauvaise planification dans la mise en œuvre de projets pourtant approuvés depuis plusieurs années. Le cas le plus emblématique concerne la rénovation du siège de la MBC. En octobre 2022, le conseil d’administration avait approuvé une enveloppe estimée à Rs 79,4 millions pour entreprendre des travaux majeurs. Pourtant, à janvier 2025, soit plus de deux ans plus tard, aucun chantier n’avait encore démarré. Un rapport d’évaluation de faisabilité et des documents d’appel d’offres avaient été soumis au conseil dès août 2023, mais n’ont toujours pas été approuvés.
L’Audit examine également le respect par la MBC des cadres légaux notamment la Statutory Bodies (Accounts and Audit) Act, la Public Procurement Act et la Financial Reporting Act. Si la MBC a globalement respecté les dispositions de ces textes, l’Audit relève une nonconformité importante au Code national de gouvernance d’entreprise, en particulier au Principe 6 relatif à la transparence et à l’intégrité des rapports. Le rapport note que la MBC n’a pas expliqué les raisons de cette non-conformité dans son rapport annuel, comme l’exige la loi.
Dharamraj Paligadu précise toutefois qu’il a obtenu toutes les informations et explications nécessaires à la conduite de son audit et que les dépenses examinées n’étaient pas d’une nature extravagante ou contraire à la prudence financière. Néanmoins, il conclut que la MBC n’a pas utilisé ses ressources ni conduit ses opérations de manière économique, efficace et efficiente au cours de la période auditée.
Défis persistants sous Anooj Ramsurrun
Durant la période couverte par le rapport, la direction générale était assurée par Anooj Ramsurrun. Son mandat s’est déroulé dans un contexte difficile, marqué par une chute d’audience, une stagnation des revenus publicitaires et une pression croissante pour moderniser le modèle audiovisuel public. Malgré quelques efforts de repositionnement, la MBC n’a pas réussi à enrayer la spirale déficitaire ni à restaurer la confiance d’une partie du public, souvent critique à l’égard du manque de pluralisme et de dynamisme de ses programmes.
L’Audit met indirectement en évidence les limites de la gestion stratégique pendant cette période. La MBC a continué à fonctionner sur un modèle largement dépendant des redevances télévisuelles, sans diversification significative de ses revenus. En parallèle, la masse salariale reste élevée, représentant environ Rs 485 millions, soit près de 45 % des dépenses totales, qui s’élèvent à plus de Rs 1 milliard. Dans ces conditions, la MBC dispose de peu de marge pour investir dans de nouveaux contenus, la technologie ou la formation du personnel.
Face à cette situation préoccupante, le conseil d’administration a commandité, en 2023-2024, l’élaboration d’un plan stratégique triennal pour la période 2023-2026. Ce document, mentionné dans le rapport annuel de la MBC, identifie 12 axes de réforme majeurs. Il préconise notamment la révision de la MBC Act de 1982, jugée obsolète face à l’évolution du paysage médiatique et des nouvelles technologies, ainsi qu’un repositionnement de la MBC autour de son identité locale et culturelle. Le plan propose également une rationalisation du nombre de chaînes télévisées pour privilégier la qualité des contenus, une redéfinition de la stratégie des stations de radio, et une collaboration accrue avec des producteurs indépendants et des institutions internationales pour améliorer la qualité des programmes.
Un accent particulier est mis sur la formation du personnel, la digitalisation, la présence sur les réseaux sociaux et le renforcement de la communication institutionnelle. Le document prône enfin une ouverture vers des partenariats stratégiques, à la fois locaux et étrangers, afin d’élargir les sources de financement et de contenus. Le rapport conclut que la MBC, malgré sa mission de service public, ne peut continuer à fonctionner dans sa forme actuelle sans risquer de s’enliser davantage dans les déficits. Depuis décembre 2024, c’est Amaresh Ramlugan à la présidence et Alain Gordon-Gentil à la direction général, qui mènent la barque MBC.
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