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Vie chère
Consommation record, mais pouvoir d’achat en chute
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Vie chère
Consommation record, mais pouvoir d’achat en chute
■ Les Rs 400 millions de subsides doit entraîner une baisse des prix sur cinq mois mais son efficacité réelle ne pourra être jugée que dans les prochains mois.
La cherté de la vie continue de dominer l’actualité. Ces dernières semaines, elle s’est imposée comme l’un des principaux arguments des forces syndicales et d’une large frange de la population pour contester la décision de relever l’âge d’éligibilité à la pension universelle à 65 ans, annoncée lors du dernier exercice budgétaire.
Dans les foyers, le pouvoir d’achat reste au cœur des inquiétudes. Beaucoup estiment que leur quotidien ne s’est pas amélioré et attendent toujours de voir leur caddie rempli, comme le promettait l’Alliance du changement aux dernières élections générales. Le gouvernement a mis en place, le 26 août, un Price Stabilisation Fund de Rs 2 milliards pour l’année fiscale 2025-26, mesure de son manifeste électoral.
L’objectif est de protéger le pouvoir d’achat en réduisant dans un premier temps le prix de cinq produits de première nécessité choisis par le ministère du Commerce : lait en poudre, huile de soja, fromage, lait infantile et couches pour bébés. Une première tranche de Rs 400 millions de subsides doit entraîner une baisse des prix sur cinq mois. Mais son efficacité réelle ne pourra être jugée que dans les prochains mois, lorsque son impact sur les dépenses des ménages sera mesurable.
Les dernières statistiques officielles, publiées le 30 septembre, confirment une tendance : les dépenses de consommation, tant gouvernementales que des ménages, continuent de croître. Au premier trimestre 2025, celles des ménages ont augmenté de +2,5 % et de +6,3 % au deuxième trimestre, atteignant respectivement Rs 138 milliards et Rs 143,5 milliards. En moyenne, les ménages déboursent Rs 10 milliards de plus que pour les deux périodes équivalentes en 2024.
Pour le deuxième trimestre de 2025, les dépenses de consommation (ménages et gouvernement) représentent 82 % du Produit intérieur brut (PIB), estimé cette année à Rs 741,9 milliards. Sur l’ensemble de 2025, elles devraient s’élever à Rs 618,4 milliards, contre Rs 580 milliards en 2024, soit une hausse de 6,6 %. En trois ans, elles auront progressé de Rs 125 milliards, passant de Rs 493,7 milliards en 2022 à Rs 618,4 milliards cette année.
Mais cette croissance apparente masque une réalité moins reluisante. La dépréciation de la roupie de 30 % face au dollar depuis 2020, couplée à une inflation cumulée du même ordre jusqu’à fin 2024, a considérablement alourdi les dépenses des ménages. Les chiffres de Statistics Mauritius sont clairs : la consommation des ménages était de Rs 402,6 milliards en 2022, Rs 445,7 milliards en 2023, Rs 476,3 milliards en 2024 et devrait atteindre Rs 510 milliards cette année. Autrement dit, ils paient plus cher sans forcément consommer plus.
Pour les économistes, l’augmentation des dépenses de consommation doit être interprétée à la lumière de l’inflation. «Les ménages déboursent davantage en raison de la hausse des prix et non parce qu’ils consomment mieux», rappellent-ils. La perte de pouvoir d’achat résulte principalement de la dépréciation accélérée de la roupie face au billet vert ces cinq dernières années. Cette situation est aggravée par la création monétaire de juin 2020, lorsque Rs 60 milliards ont été transférés de la Banque de Maurice (BoM) au Trésor public. Cette injection massive a alimenté l’inflation, avec les conséquences visibles aujourd’hui.
Forte dépendance aux importations
Depuis plusieurs années, le gouvernement a choisi d’utiliser la consommation comme principal levier de croissance. Était-ce la bonne stratégie ? Les avis divergent. Pour certains, ce modèle est peu soutenable : avec un PIB tiré à plus de 70 % par la consommation, l’économie reste vulnérable. Ils plaident pour une croissance plus équilibrée, stimulée aussi par les exportations et les investissements. D’autres soulignent que cette dépendance à la consommation favorise l’endettement des ménages.
La forte dépendance aux importations – plus de 75 % des produits alimentaires et manufacturés – accentue la pression sur le dollar, devise clé des échanges commerciaux. Le déficit commercial reste préoccupant : le Budget 2025-26 fait état d’un déficit de Rs 203,7 milliards, soit 29,4 % du PIB. Cette dérive est due à des importations croissantes, alors que les exportations stagnent. Plusieurs experts avertissent qu’un tel déséquilibre structurel menace la stabilité financière du pays à moyen terme.
Stabiliser la roupie et maîtriser l’inflation restent des conditions essentielles pour atténuer la cherté de la vie. Depuis janvier, la roupie s’est légèrement appréciée, une moyenne de 3,6 % contre le dollar. Cette évolution est due principalement à des facteurs externes, notamment la politique commerciale américaine et l’imposition de nouveaux droits de douane, qui ont entraîné une baisse de 10 % de la valeur du dollar sur les marchés internationaux.
Sur le front de l’inflation, les signaux restent ambigus. En août 2025, l’indice des prix à la consommation a reculé de 0,1 point grâce à la baisse des prix des légumes. Mais l’inflation annuelle en glissement est passée à 4,8 %, contre 2,7 % un an plus tôt. L’inflation moyenne sur 12 mois affiche une relative modération à 3,3 %, contre 4,0 % en août 2024. Les prochaines publications de l’indice des prix à la consommation permettront d’évaluer l’impact réel du Price Stabilisation Fund sur les prix alimentaires. Mais pour l’heure, les risques inflationnistes demeurent, notamment en raison de la dépendance persistante aux impor tations et des incertitudes monétaires.
Ces tendances pèseront lourdement sur les choix de politique monétaire. La nouvelle gouverneure de la BoM, Priscilla Muthoora Thakoor, devra arbitrer entre la protection du pouvoir d’achat et la maîtrise des déséquilibres macroéconomiques. Son premier test sera la réunion du Monetary Policy Committee (MPC) prévue le 12 novembre prochain, quand ses orientations donneront le ton d’une nouvelle stratégie monétaire. La crédibilité de l’institution et la confiance des marchés dépendront largement de sa capacité à restaurer la stabilité des prix tout en évitant d’étouffer une économie déjà fragilisée.
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