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Malgré une procuration spéciale à des proches

Le transfert d’une nonagénaire d’une institution port-louisienne vers un home privé bloque

4 octobre 2025, 16:00

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Le transfert d’une nonagénaire d’une institution port-louisienne vers un home privé bloque

L’histoire qui suit est invraisemblable mais véridique et a de quoi faire s’interroger sur les intentions supposées ou réelles de certains dans cette affaire. Elle concerne Marie Madeleine Malabar, 97 ans, qui est hébergée depuis un an et quelque à l’Ashram Gayasing à Port-Louis. Depuis le début du mois d’août 2025, la nonagénaire a fait une procuration spéciale devant un notaire pour que sa fille, qui vit en France, et une de ses amies, une travailleuse sociale très connue dans Baie-du-Tombeau, deviennent ses mandataires et puissent notamment la faire transférer de l’Ashram Gayasing au home Grand-Père, Grand-Mère à Baie-du-Tombeau. Mais pour des raisons obscures, ce transfert bloque.

Marie Madeleine Malabar, née Jean-Louis et veuve de Pierre Olivier Malabar, a toujours vécu à Baie-du-Tombeau où elle possède une maison. C’est d’un grand cœur qu’elle avait recueilli chez elle sa nièce et son mari, un Allemand. Lorsque sa nièce est décédée, Marie Madeleine Malabar a été victime de maltraitance par l’Allemand et jetée hors de chez elle par lui. La nonagénaire, qui est légèrement dure d’oreille mais qui a toute sa tête et qui jouit d’une santé de fer, selon son amie, la travailleuse sociale Rosemonde, s’est rendue à la police pour porter plainte contre l’Allemand.

À ce stade du récit, on ignore ce qui s’est produit et comment elle a atterri à l’Ashram Gayasing à Port-Louis. Ses deux amies, Rosemonde et Georgette, ne la voyant plus venir à la messe à l’église St Malo à Baie-du-Tombeau alors qu’elle était une paroissienne régulière, se sont renseignées à son propos. Elles ont finalement appris que Marie Madeleine Malabar avait été admise à l’Ashram Gayasing à Port-Louis.

Rosemonde a souvent été lui rendre visite le jeudi – jour des visites – à l’ashram et allègue avoir toujours été accueillie avec désinvolture, voire méfiance, une préposée du lieu venant se poster non loin de Marie Madeleine Malabar et de Rosemonde, prêtant l’oreille à leur conversation. «Quand je suis avec Marie Madeleine, j’appelle sa fille en France pour qu’elle puisse lui parler et comme elle est légèrement malentendante, elle parle fort.» Parfois cette travailleuse sociale raconte être confrontée à des mouvements d’humeur, quand on ne lui demande pas de s’en aller avant la fin de l’heure de visite sous prétexte qu’il faille emmener Marie Madeleine Malabar quelque part en voiture.

Procuration spéciale

Depuis qu’elle a su où sa mère se trouvait, Marie-Noëlle Désirée Vidamant, qui vit en France, vient à Maurice pour la voir. C’était le cas en août dernier et sa mère lui a demandé de la faire transférer dans un autre home. Marie-Noëlle Désirée Vidamant et Rosemonde ont contacté le home Grand-Père, Grand-Mère à Baie-du-Tombeau, endroit que la nonagénaire connaît bien pour y avoir longtemps vécu et où se trouve toujours sa maison. Comme il y avait une chambre vacante dans cette maison de retraite de Baie-du-Tombeau, la fille de Marie Madeleine Malabar a payé Rs 34, 000 pour réserver la chambre pour sa maman.

Et pour que tout soit fait dans les règles, Marie Madeleine Malabar a demandé à sa fille et à Rosemonde de l’emmener chez un notaire pour que celui-ci établisse une procuration spéciale afin que ces dernières soient ses mandataires, agissant conjointement ou séparément «à l’effet de représenter la constituante auprès de la maison de retraite Grand-Père Grand-Mère et auprès de l’Ashram Gayasing» et de «signer tous les formulaires d’entrée et de sortie pour les deux maisons de retraite, payer toutes les sommes qui sont dues et signer tous les documents nécessaires afin de transférer la constituante du Gayasing Ashram vers la maison de retraite Grand-Père Grand-Mère…» Cette procuration spéciale a été faite chez le notaire Hansley Joy Chidambaram, le 21 août 2025.

Munie de cette procuration spéciale et d’une lettre du directeur de Grand-Père Grand-Mère certifiant que Marie Madeleine Malabar a réservé une chambre dans sa maison de retraite et qu’elle devait y être transférée le 4 septembre, Rosemonde s’est heurtée à un mur à l’Ashram Gayasing, la directrice disant qu’elle attend des directives de la Sécurité sociale. Rosemonde a contacté le ministère concerné et a laissé une copie de tous les documents susmentionnés à un fonctionnaire mais jusqu’à présent, rien n’y a fait.

Tournée en bourrique

Marie-Noëlle Désirée Vidamant qui veut, par exemple, prendre sa mère avec elle pour une journée, est obligée de laisser son passeport à l’Ashram Gayasing pour pouvoir le faire, ce document de voyage ne lui étant restitué que lorsqu’elle ramène sa maman à l’ashram dans l’après-midi. Les jours s’écoulant sans que le transfert ne soit effectué, Marie-Noëlle Désirée Vidamant a dû regagner la France, laissant à Rosemonde le soin de gérer le dossier de sa mère et de faire avancer son transfert. «Quand je lui rends visite, Marie Madeleine Malabar n’arrête pas de me demander quand elle va pouvoir aller chez Grand-Père Grand-Mère et pouvoir aller assister à la messe et faire ses prières. Et quand elle réalise que le transfert ne sera pas effectué, elle pleure», raconte Rosemonde, qui est désemparée. Lasse d’avoir le sentiment d’être «tournée en bourrique», Rosemonde s’est tournée vers l’express.

Contactée, la directrice de l’ashram nous a renvoyé vers la Sécurité sociale. Pour pouvoir mettre la main sur un fonctionnaire de la Welfare and Elderly Persons’ Protection Unit (WEPPU) du ministère, cela a été la croix et la bannière. Et lorsqu’on a enfin réussi à entrer en contact avec un fonctionnaire qui connaît le dossier, il a commencé par dire que Marie Madeleine Malabar a été envoyée à l’ashram car elle était maltraitéeQuand nous lui avons fait valoir que c’était le cas dans le passé et par un Allemand qui est aujourd’hui décédé et qu’elle veut maintenant être transférée à la maison de retraite de Baie-du-Tombeau, il affirme que la nonagénaire a dit au personnel du ministère qu’elle ne veut pas quitter l’ashram. Quand on lui demande de faire la nonagénaire dire où elle veut passer le restant de ses jours devant lui et devant sa mandataire Rosemonde, il refuse.

Quand on avance que Marie Madeleine Malabar est croyante et qu’elle veut être transférée à Grand-Père Grand-Mère pour pouvoir notamment aller à la messe et prier, il dit avoir fait le nécessaire. Or, selon nos informations, Marie Madeleine Malabar est à l’ashram depuis 2024 et n’a jamais été emmenée à la messe. Au final, ce fonctionnaire nous a déclaré qu’il attend un avis du Parquet. Quand on sa demandé quand cet avis a été recherché, on a appris avec stupéfaction que la demande n’a toujours pas été envoyée au Parquet.

Ayant le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire, Rosemonde s’est rendue à la police de Pope Hennessy, lundi, pour faire une déposition d’allégation de séquestration. Le premier policier, un constable, qu’elle a rencontré et à qui elle a montré la procuration spéciale et la copie des autres documents en sa possession, a refusé de prendre sa déposition sous prétexte qu’elle n’avait pas porté les documents originaux.

À l’express qui l’interrogeait par la suite sur son refus de prendre la déposition de Rosemonde, il a d’abord argué qu’il s’agissait d’une affaire privée. Ensuite, il a mis en doute l’allégation de séquestration. On lui a rappelé que n’importe quelle plainte, même quand il s’agit d’une allégation, doit être enregistrée par un policier, ce à quoi il a déclaré que l’express l’intimidait, nous conseillant d’aller le rapporter auprès de l’Independant Police Complaints Commission. Nous avons confirmé auprès du Police Press Office qu’un policier n’a pas le droit de refuser d’enregistrer une plainte. Au final, le constable a déclaré qu’il n’avait jamais refusé de prendre la déposition de Rosemonde.

Celle-ci est donc repartie au poste de police de Pope Hennessy le même jour et où cette fois, un sergent n’a pas rechigné pour enregistrer sa plainte après avoir examiné la procuration spéciale et les copies des documents susmentionnés. Le sergent et Rosemonde se sont rendus ensemble à l’Ashram Gayasing mais l’entrée leur a été refusée car la responsable était déjà partie. Le lendemain, lorsque Rosemonde a voulu retourner à l’ashram avec le policier de la veille, celui-ci lui a dit qu’elle devait avoir une autorisation de la Sécurité sociale.

Jeudi, étant jour de visite, Rosemonde a tenté de voir Marie Madeleine Malabar à l’Ashram Gayasing mais cela lui a été refusé. «On m’a dit qu’il s’agit d’une directive du ministère de la Sécurité sociale.» Or, une source autorisée à ce ministère dément cette information. Rosemonde ne comprend pas tous ces blocages. «Marie Madeleine m’a dit qu’une préposée de l’ashram a voulu savoir pourquoi elle voulait s’en aller. Elle m’a répété qu’on lui avait dit: ‘Kifer ou le ale ? Reste. Nou anvi ou fet ou 100 ans ici’.» Il est bon de savoir que la pension de Marie Madeleine Malabar, qui se monte à Rs 25, 210 mensuellement, est versé directement sur le compte bancaire de l’Ashram Gayasing.

On ne peut que se demander pourquoi son transfert traîne autant ? D’autant plus qu’à ce jour, Marie-Noëlle Désirée Vidamant continue à verser Rs 34, 000 à la maison de retraite de Baie-du-Tombeau pour que la chambre reste réservée pour sa mère et qu’elle en sera à son troisième paiement en ce mois d’octobre.

L’express a fait parvenir plusieurs questions au ministre de la Sécurité sociale, Ashok Subron, via son attachée de presse, soit pourquoi le transfert de Marie Madeleine Malabar est refusé alors qu’elle a accordé une procuration spéciale à sa fille et à Rosemonde pour qu’elles soient ses mandataires et effectuent son transfert au home de Baie-du-Tombeau; pourquoi le fonctionnaire du ministère refuse de demander à la nonagénaire si elle veut être transférée au home Grand-Père Grand-mère devant sa mandataire Rosemonde ; pourquoi, en cas d’obligation de recherche d’un avis légal auprès du Parquet, à mercredi, cet avis n’avait toujours pas été recherché alors que la procuration spéciale de Marie Madeleine Malabar date d’août dernier et que tous les documents officiels relatifs à son cas sont au ministère ?

Selon notre source autorisée, Ashok Subron a réclamé le dossier de Marie Madeleine Malabar et a pris connaissance du cas mercredi. Les fonctionnaires qui s’occupent du dossier lui ont fait valoir que comme la nonagénaire avait subi la maltraitance dans le passé, il fallait qu’ils demandent un avis légal du Parquet. Or, Marie Madeleine Malabar n’a pas été maltraitée par un membre de sa famille mais par l’Allemand marié à sa nièce après le décès de cette dernière. Somme toute par un étranger. Notre source au ministère a précisé que le ministre Subron a donné des instructions pour que le Parquet soit consulté rapidement par rapport au cas de Marie Madeleine Malabar. Affaire à suivre donc.

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