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AGOA

Et maintenant quel avenir pour nos exportations...

5 octobre 2025, 04:54

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Le 1ᵉʳ octobre, Maurice s’est réveillée face à un fait accompli : l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) a expiré. Sauf prolongation rétroactive par le Congrès, l’accès en franchise au marché américain disparaît. Avec lui, un pilier — parfois une béquille — de notre modèle exportateur. Washington a eu des mois pour agir. Il ne l’a pas fait. La Maison Blanche a laissé entendre qu’un sursis d’un an serait possible. Le Congrès n’a pas voté avant le 30 septembre. Résultat : incertitude, droits de douane en hausse et test impitoyable de compétitivité pour les petits exportateurs africains comme nous.

Les enjeux sont concrets. Créée en 2000, l’AGOA offrait à 32 pays d’Afrique subsaharienne un accès en franchise sur plus de 1 800 lignes tarifaires. Elle a soutenu l’emploi et l’investissement sur le continent. En 2023, les importations américaines sous AGOA tournaient autour de 9,7 milliards de dollars. Modeste côté américain, vital côté africain, là où l’habillement, l’agro transformation et l’industrie légère emploient massivement des femmes.

La mécanique de la fin d’AGOA est implacable. Les tarifs NPF «tarifs de la nation la plus favorisée» sur l’habillement sont à deux chiffres : autour de la quinzaine pour le coton, près de 30 % pour les synthétiques. Ajoutez les nouveaux droits américains de 2025 — par pays et par secteur — et vous obtenez un choc cumulé : avant même l’expiration, le tarif moyen pesant sur un pays typique AGOA est passé de moins de 0,5 % à environ 10 %. Sans AGOA, la note grimpe encore. De quoi effacer des marges déjà minces et détourner les commandes vers le Vietnam, le Bangladesh ou n’importe quel fournisseur offrant prix et prévisibilité.

À Maurice, le choc touche d’abord le textile et ses filières, mais l’onde de choc est plus large. Bijouterie, thon en conserve, rhum, niches manufacturières : l’avantage-prix s’évapore en une nuit. Les coûts logistiques restent élevés, la main-d’œuvre qualifiée se raréfie. Le «15 %» de substitution appliqué cette année a déjà rongé les marges ; une coupure nette d’AGOA menace l’emploi et l’utilisation des capacités. (L’exemple du Lesotho — 30 000 ouvrières de l’habillement — montre à quelle vitesse les commandes s’évaporent quand les tarifs s’envolent.)

Que faire ? Notre mode d’emploi tient en sept points.

1. Traiter tout sursis américain comme un bonus, pas une stratégie. Même si l’exécutif signerait une rallonge d’un an, un pansement ne soigne pas la volatilité politique. Une prolongation rétroactive permettrait aux importateurs d’être remboursés ; cela sauvera quelques commandes. Prenons l’oxygène — mais planifions un monde où l’accès américain sera intermittent et politisé.

2. Recalibrer d’urgence notre géographie export. Nous sommes moins dépendants des États-Unis qu’il y a vingt ans ; l’Europe reste notre premier débouché, l’Afrique progresse. Il faut accélérer. La proximité réduit le risque fret et les délais. La cumulation d’origine SADC/ESA aide. Cap sur les corridors ZLECAf pour l’agro transformation, les sucres spéciaux, les intrants pharma, les dispositifs médicaux. Renforcer l’UE où nous avons des labels (IG, durabilité). Activer CECPA (Inde), CEPA (EAU) et l’ALE Chine comme tremplins produits-marchés.

3. Monter en gamme ou sortir du jeu dans le vêtement. Le match au coût unitaire est terminé. Survivre par la valeur : mailles techniques, fibres recyclées, workwear performant, petites séries réactives, services design/PLM intégrés. Mettre de la propriété intellectuelle dans le vêtement — blends propriétaires, blocks de coupe, micro-collections — pour que la commande ne se joue pas à un différentiel de tarif.

4. Couvrir le risque politique par le contrat et la finance. Clauses de répercussion tarifaire, assurance crédit, couvertures de change. Dossiers prêts pour les remboursements rétroactifs si AGOA revient. Avec les acheteurs, scinder la production (UE/Afrique) pour étaler le risque réglementaire.

5. Transformer la durabilité en prime-prix. Les acheteurs paient encore pour de l’ESG vérifiable. Feuilles de route salaire décent, stations d’épuration, PPA renouvelables, traçabilité filà-carton. La conformité n’est pas de la charité : c’est le ticket d’entrée — et un levier pour compenser le tarif.

6. Diplomatie réaliste, pas nostalgique. Oui, revenir dans le jeu à Washington : l’ambassadrice en poste doit sortir de sa timidité d’ancienne fonctionnaire-technocrate, task-force public-privé, position africaine coordonnée. Mais la nouvelle donne tarifaire américaine montre que des préférences peuvent être neutralisées par décision présidentielle. La seule assurance sérieuse s’appelle diversification.

7. BRICS et Sud-Sud : une tactique, pas une théologie. La question n’est pas «États-Unis ou BRICS», mais : où Maurice peut-elle obtenir un accès stable, fondé sur des règles, pour des biens et services à plus forte valeur ? CECPA réduit les coûts d’entrée en Inde si nous bâtissons de vrais co-investissements. Les EAU offrent logistique et capital. L’ALE Chine fonctionne sur des niches bien cadrées — avec vigilance sur la PI et les normes. Et l’Afrique est notre voisinage : la croissance la plus proche de nous.

La fin de l’AGOA n’est pas la fin de l’industrie mauricienne. C’est la fin de la complaisance. Si Washington délivre un bref sursis, prenons-le — et avançons. Sinon, nous avons encore des options : régionalisation, montée en gamme, prix tirés par la durabilité, diplomatie lucide. Petit, agile et intelligent peut battre grand, lent et bon marché. À une condition : cesser d’attendre qu’une loi, ailleurs, décide de notre avenir.

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