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BoM et AHL : deux nominations pour en finir avec les turbulences du passé

23 septembre 2025, 17:00

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BoM et AHL : deux nominations pour en finir avec les turbulences du passé

Il est rare que deux décisions politiques parviennent, en si peu de temps, à insuffler un vent d’apaisement dans des secteurs stratégiques de l’économie mauricienne. Or, c’est précisément ce que l’on attend avec la nomination de Priscilla Muthoora Thakoor à la tête de la Banque de Maurice (BoM) le 29 septembre et celle de Megh Pillay comme Executive Chairman d’Airport Holdings Ltd (AHL) le 1ᵉʳ octobre. Deux choix qui, de l’avis général, ne souffrent d’aucune contestation et qui pourraient contribuer à stabiliser deux terrains particulièrement minés depuis plusieurs mois.

Depuis sa création en 1967, la BoM s’est imposée comme l’une des institutions les plus stratégiques du pays, garante de la stabilité monétaire et pilier de la crédibilité financière de l’État. Mais ces derniers mois, elle s’était transformée en théâtre de querelles internes, surmédiatisées pour de mauvaises raisons. Le bras de fer entre l’ancien gouverneur Rama Sithanen et son ex-Second Deputy Governor (SDG) Gérard Sanspeur avait plombé son fonctionnement, jusqu’aux démissions forcées des deux protagonistes fin août et fin septembre.

Dans ce contexte de crise de confiance, la nomination de Priscilla Muthoora Thakoor apparaît comme un choix à la fois audacieux et rassurant. Ancienne cadre du Fonds monétaire international, formée à Oxford, où elle a obtenu un doctorat en économie, elle devient la première femme à occuper la fonction de gouverneure de la BoM. Contrairement à son prédécesseur, figure politique et analyste chevronné, elle incarne un profil technocratique, rigoureux et discret.

Sa mission est triple : restaurer la confiance, ramener la sérénité et rétablir la stabilité d’une institution ébranlée. Elle pourra s’appuyer sur Rajeev Hasnah, son First Deputy Governor, et sur Ramsamy Chinniah, haut cadre de la maison et nouveau SDG, pour construire une gouvernance collective solide. Mais la tâche est immense. Comme le souligne Jaya Patten, conseiller stratégique en finances basé à Londres, «la nouvelle gouverneure doit avoir les coudées franches pour faire le nettoyage, prendre des risques et impulser le changement ». (Voir son interview en page 14)

Sa nomination, qui a déjoué tous les pronostics et spéculations, a été accueillie favorablement tant par les observateurs économiques que par l’opinion publique. Le soutien explicite du Premier ministre renforce sa légitimité et l’isole, au moins pour un temps, des interférences qui auront pu ternir le mandat précédent. Pour le tandem Ramgoolam-Bérenger, il s’agit d’une victoire symbolique : tourner la page d’une banque centrale instrumentalisée et en faire de nouveau un rempart de stabilité macroéconomique.

Si la finance est un pilier de crédibilité externe, l’aviation est le poumon de la connectivité mauricienne et un vecteur essentiel du tourisme, principal moteur de l’économie. Or, depuis sa sortie d’administration judiciaire en septembre 2021, Air Mauritius s’est affaiblie au point de frôler l’atterrissage forcé. Une flotte réduite, des pannes récurrentes, un service en berne et une perte de mémoire institutionnelle ont largement entamé la réputation de la compagnie nationale.

C’est dans ce contexte que revient Megh Pillay, en tant qu’Executive Chairman d’AHL, la holding qui chapeaute Air Mauritius et une vingtaine de filiales aéroportuaires. Fin connaisseur de la maison, qu’il a dirigée à deux reprises (2013 et 2016), Megh Pillay incarne l’expérience et le pragmatisme. Il a également dirigé Mauritius Telecom et la State Trading Corporation, confirmant sa capacité à gérer de grandes structures publiques et parapubliques. «Le gouvernement, actionnaire majoritaire, et la BoM, actionnaire minoritaire, attendent d’AHL qu’elle fonctionne avec professionnalisme, transparence et vision», a-t-il affirmé en prenant ses fonctions. Dans l’immédiat, il assume également la direction générale de manière transitoire, signe de son implication dans le redressement rapide de la compagnie.

Son défi dépasse la seule remise en ordre interne. Air Mauritius joue un rôle stratégique bien au-delà de son bilan comptable. Sans elle, Maurice perdrait une partie substantielle de la valeur créée par l’industrie touristique : les billets et l’hébergement étant réglés à l’étranger, seules les recettes aériennes rapatriées en devises fortes permettent de maintenir une balance des paiements soutenable. Les experts le répètent : malgré sa situation financière précaire, l’apport net d’Air Mauritius à l’écosystème économique reste supérieur à son coût.

Le retour de Megh Pillay est donc perçu comme une tentative de retour aux fondamentaux : gouvernance, rigueur et vision. Le tandem Ramgoolam-Bérenger, très critique de la gestion actuelle de MK, y voit une occasion de corriger les dérives et d’engager une véritable refondation.

Deux choix politiques, un même objectif : Stabiliser

Ces deux nominations, bien que distinctes dans leurs enjeux, répondent à une même logique : stabiliser deux secteurs stratégiques pour libérer l’agenda du gouvernement. Après avoir dû gérer les crises successives de la BoM et d’Air Mauritius, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger peuvent désormais concentrer leur énergie sur d’autres dossiers brûlants, à commencer par la réforme des retraites et le possible renouvellement de l’AGOA pour un an seulement.

La symbolique est forte : la finance et l’aviation, deux piliers de la souveraineté économique, retrouvent à leur tête des dirigeants incontestés, technocrates et gestionnaires expérimentés, dont le profil rassure autant les acteurs économiques que l’opinion publique. Ces nominations traduisent une volonté claire : restaurer la confiance, assainir la gouvernance et envoyer un message de stabilité aux partenaires nationaux et internationaux.

Reste que la mission des nouveaux dirigeants sera scrutée avec exigence. À la BoM, Priscilla Muthoora Thakoor devra rapidement affirmer son autorité et démontrer sa capacité à impulser une stratégie claire dans un environnement économique incertain. À AHL, Megh Pillay devra trouver le juste équilibre entre gestion de crise et refonte à long terme, tout en ralliant un personnel fragilisé et une opinion publique impatiente.

Dans les deux cas, l’apaisement initial n’est qu’un point de départ. Le succès dépendra de la capacité des nouveaux dirigeants à assurer, à transformer leur légitimité en résultats tangibles. Car si l’apaisement était une nécessité, la performance est désormais une obligation.

En définitive, ces deux nominations marquent une rupture bienvenue avec les turbulences du passé récent. Elles offrent au gouvernement un répit politique et au pays une bouffée d’oxygène institutionnelle. Mais elles rappellent surtout une évidence : dans la finance comme dans l’aviation, la stabilité n’est jamais acquise ; elle se construit au quotidien, par la gouvernance, la transparence et la capacité à inspirer confiance.

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