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Troubles bipolaires

Yana Bhageerutty : «Les groupes de soutien apportent un soulagement»

30 septembre 2025, 18:00

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Yana Bhageerutty : «Les groupes de soutien apportent un soulagement»

Impulsé par l’institution caritative Hidden Disabilities Sunflower et modéré par la praticienne en psychologie clinique Yana Bhageerutty, un groupe de soutien destiné aux patients vivant avec des troubles bipolaires sera lancé prochainement. Citoyens et entreprises peuvent apporter leur soutien à ce projet novateur en effectuant un don sur la plateforme «Small Step Matters.org».

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Quel est votre parcours ?

Je suis dans le métier depuis un peu plus de 24 ans. Mon père est Indo-Mauricien et ma mère est Russe. J’ai fait mes études secondaires au Queen Elizabeth College, puis mes études tertiaires aux États-Unis (pour mon premier diplôme) et à Chypre (pour le second).

Ma passion pour la psychologie a commencé à 14 ans, lors d’une présentation universitaire au collège. Mon parcours clinique et mes racines ethniques ont éveillé en moi une fascination pour la psychothérapie appliquée aux populations culturellement et linguistiquement diverses, comme à Chypre.

Vers la fin de mon master, j’ai eu l’opportunité de rejoindre un centre de réhabilitation spécialisé dans la dépendance à la drogue et à l’alcool, centré sur la population aborigène en Australie. J’y ai occupé le poste de directrice clinique pendant quatre ans, tout en complétant ma licence de praticienne. Cette expérience unique a transformé ma perspective et enrichi mes compétences professionnelles.

Comment se déroule votre retour à Maurice ?

En rentrant au pays, je me rends compte, d’organisation non gouvernementale (ONG) en ONG, de l’étendue et de la gravité de la situation par rapport au bien-être psychologique. Je bute aussi sur des challenges par rapport à mes méthodes de travail et aux systèmes en place à Maurice. Par exemple, la pluridisciplinarité est quasi inexistante ou dysfonctionnelle ici. Les compétences ne sont pas rémunérées à leur juste valeur. Je trouve refuge dans l’enseignement supérieur et je fais le tour de la plupart des institutions privées locales. Même désillusionnement.

Je suis une personne qui demande à être stimulée professionnellement et je grandis dans des environnements qui me permettent de mettre mon expertise en action. Mais il me semble qu’à Maurice, les systèmes ne sont pas encore prêts à voir la diversité dans les approches professionnelles. Aujourd’hui, je me suis mise à mon compte dans le privé. Je suis la fondatrice d’Onnpsychologist. Je suis aussi auteure de manuels de self-help qui sont publiés sur Amazon et bientôt localement.

J’ai décidé de m’adonner à des causes qui me nourrissent professionnellement ainsi que spirituellement. J’anime des groupes de soutien privés – Le Chat Circle – et c’est de là que l’institution caritative Hidden Disabilities Sunflower a pris contact avec moi pour ce projet, visant la création d’un groupe de pairs support pour les patients bipolaires.

Quel est votre intérêt particulier pour les troubles bipolaires ?

Pour commencer, mon approche thérapeutique est centrée sur le bien-être de la personne. Les diagnostics ont une fonction, et je me focalise sur le vécu de la personne pour essayer de la comprendre à travers l’approche systémique d’abord. Souvent, on se retrouve avec un patient qui ne va pas bien parce qu’il a appris à voir sa présentation clinique plus comme une maladie – qu’il apprend à intégrer dans son identité en se posant comme «malade» – plutôt que comme un individu vivant avec des présentations symptomatiques nécessitant une gestion avec des compétences identifiées et possibles à acquérir durant le parcours psychothérapeutique.

Si on comprend cela, on comprend aussi que mon approche aide les gens à se reconnecter à eux-mêmes avant d’apprendre à vivre avec leur diagnostic. Les patients diagnostiqués avec la bipolarité apprennent alors à se comprendre à travers leurs cycles uniques à eux, tout en partageant des symptômes de groupes similaires avec d’autres patients avec le même diagnostic. C’est cette différence dans la similitude qui m’intéresse.

Les troubles bipolaires sont génétiques et/ou déclenchés par un trauma ?

Pour moi, les troubles psychologiques ont des racines distinctes. Il y a le facteur génétique : c’est quand, dans une famille, il y a déjà d’autres personnes qui étaient atteintes des mêmes symptômes – avec ou sans diagnostic – dans le passé ou le présent.

Ensuite, il y a ces personnes qui ont vécu des parcours de vie qui les ont marquées d’une manière qu’elles n’ont pas su gérer pour diverses raisons. Si on regarde tout ceci à travers l’approche du «Système de la Famille intérieure», on comprend que chacun d’entre nous est composé de différentes versions de nos expériences, qui cohabitent et vivent dans notre mental. Différentes personnes ont différentes capacités et compétences pour gérer cette famille intérieure afin de pouvoir fonctionner sainement.

Quand on comprend que la famille d’origine de la personne prédispose cette dernière à un développement secure ou insecure – à travers la compréhension du rôle de l’attachement aux personnes primaires ou de proximité –, on comprend aussi comment cette personne apprend à faire l’expérience de son monde en toute confiance et sécurité ou dans l’insécurité, et développe ainsi de l’angoisse ou l’évitement. Les conséquences de ceci sont la préoccupation, la peur et la désorganisation.

Maintenant, quand il y a trop d’expériences similaires, l’individu apprend que son monde ne lui est pas propice et son système développe des mécanismes de défense pour se protéger. S’il n’a pas d’avenues pour comprendre ses expériences qui ne lui servent pas, il refoule et internalise ses expériences sans les digérer cognitivement. Quand ceci se passe dans l’expérience extérieure, la personne, dépendant de son type d’attachement, apprendra à gérer selon son modèle propre à elle. Ceci passe à travers tous les filtres mentaux accumulés et ressort dans ce qu’on appelle des distorsions cognitives, en thérapie cognitive comportementale.

Quel serait votre message d’espoir à partager pour les patients bipolaires ?

Je pense que si on apprend à comprendre ses présentations – cliniques ou pas –, on peut aussi apprendre à se gérer soi-même. Pour les compétences spécifiques, la psychothérapie appropriée aide le patient à se comprendre, à s’éveiller à ce qui ne va pas et à apprendre à se gérer à travers un programme conçu uniquement pour lui.

Je trouve que les attitudes et les discours sont généralement axés sur les problématiques plus que sur les solutions. Dans ce domaine, on doit pouvoir comprendre que parfois la solution est aussi simple que de s’asseoir avec la personne qui ne va pas bien et de simplement la contenir dans son état. Ensuite, l’accompagner à son rythme dans son amélioration. On doit aussi comprendre qu’il n’y a pas de guérison miraculeuse. Le soulagement vient quand la personne apprend qu’elle n’est pas seule. Il est aussi primordial de promouvoir l’importance du soutien familial en accompagnement.

Ce projet de groupe de support pour les patients vivant avec les troubles bipolaires et leur famille, initié par Hidden Disabilities Sunflower, vient donc combler une lacune dans notre système d’aide à Maurice. Car les groupes de soutien apportent un soulagement, non seulement à ceux qui ne sont pas prêts pour un parcours psychothérapeutique individuel, mais offrent aussi une plateforme pour s’exprimer parmi d’autres personnes vivant avec le même diagnostic.

? Hidden Disabilities Sunflower Tel : 55.05.71.89

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