Publicité

Ramkalawan face aux urnes et à lui-même

2 octobre 2025, 10:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Il y a à peine un mois, sur la plage festive de Beau-Vallon, Wavel Ramkalawan se tenait droit, visage sûr, verbe acéré. Devant ses partisans rassemblés pour la régate, le président seychellois, candidat à sa propre succession, n’avait pas résisté à un trait d’ironie continentale : il dénonçait la «politique des promesses» du gouvernement mauricien, incapable selon lui de tenir ses engagements électoraux. Sous-entendu : aux Seychelles, la transparence et la rigueur seraient la règle.

Or, voilà Ramkalawan rattrapé par ce que l’on pourrait appeler l’effet boomerang de la démocratie. À l’issue du premier tour de la présidentielle, les urnes ont parlé sans détour : aucune majorité absolue, un président sortant qui plafonne à 46,4 % et un challenger, Patrick Herminie, qui le devance avec 48,8 % des suffrages, nous apprend, dans l’express d’hier, la journaliste Vidya Keenoo Gappy, notre correspondante aux Seychelles. Les Seychellois – peuple discret mais exigeant – ont imposé un second tour (9, 10 et 11 octobre).

Ce revers symbolique s’ajoute à un autre signal fort : le renversement de majorité à l’Assemblée nationale. Là où Linyon Demokratik Seselwa (LDS) de Ramkalawan dominait confortablement avec 25 sièges dans la législature sortante, l’United Seychelles (US) du Dr Herminie vient de reprendre le contrôle : 15 élus directs, 4 proportionnels contre 11 + 4 pour le LDS. Autrement dit, le président sortant se retrouve à batailler pour conserver la State House alors que l’opposition parlementaire s’est déjà reconstituée en force.

Cette bascule est d’abord un rappel implacable : la démocratie seychelloise a mûri. Le jeu institutionnel – élection présidentielle et législatives tenues en même temps, mais verdicts dissociés – démontre que l’électeur n’est pas prisonnier d’un seul réflexe partisan. Il peut sanctionner sans renverser tout l’édifice, équilibrer les contre-pouvoirs, récompenser les députés US tout en gardant ouverte la question présidentielle.

C’est aussi un avertissement adressé à ceux qui croient que gouverner se réduit à sermonner ses voisins. Ramkalawan s’est permis, depuis deux ans, quelques saillies diplomatiques sur Maurice, s’érigeant en modèle de probité régionale. Mais chez lui, les frustrations économiques – coût de la vie, perception d’une gouvernance élitiste – se sont accumulées. Les jeunes réclament davantage d’inclusion, les petites entreprises dénoncent la bureaucratie, les familles peinent à joindre les deux bouts malgré des indicateurs macroéconomiques rassurants. Le président sortant n’a pas suffisamment entendu ces signaux.

Face à lui, Patrick Herminie, figure aguerrie du camp US, a mené une reconquête patiente. Après avoir longtemps incarné l’ancien système que le LDS avait délogé en 2020, il a réussi à recycler l’appareil militant d’United Seychelles, à le moderniser et à surfer sur la lassitude envers un LDS jugé plus bavard que transformateur. Son premier tour à presque 49 % en est la preuve : le socle d’opposition est intact ; mieux, il s’est rajeuni et rediscipliné.

Cette dynamique bouleverse le rapport de force pour le second tour. Herminie entre avec une avance numérique et psychologique : celle d’un parti qui a déjà repris le Parlement et qui peut rallier les miettes des sept autres candidats. Ramkalawan, lui, doit convaincre au-delà de son cercle naturel, renouer avec les déçus, regagner un peuple qu’il a cru acquis.

Au-delà des chiffres, c’est un message qui résonne dans tout l’océan Indien. Il rappelle aux gouvernants qu’aucune victoire n’est éternelle et qu’à force de donner des leçons aux voisins, on oublie parfois d’écouter ses propres citoyens. Il rappelle aussi que le pluralisme, quand il fonctionne, offre des respirations salutaires : aux Seychelles, pas de violences post-scrutin, pas de chasse aux sorcières ; un président sortant qui félicite ses adversaires parlementaires, un challenger qui appelle à la paix civile.

Dans deux semaines, l’archipel tranchera entre continuité fragilisée et revanche organisée. Mais déjà, un fait est acquis : Ramkalawan n’est plus ce donneur de leçons sûr de lui. Il est un candidat en danger qui doit prouver, chez lui, qu’il sait écouter avant de prêcher ailleurs. Les urnes l’auront ramené à l’humilité démocratique.

Publicité