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Kronik KC Ranzé
Leçons passées … leçons à venir
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Kronik KC Ranzé
Leçons passées … leçons à venir
Deux anecdotes parmi d’autres. Mais des anecdotes importantes parce que porteuses de symbolisme puissant et de vérité criante !
Racontées avec tendresse par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, lors du lancement, le jeudi 18 septembre, du livre Le médecin qui rêva Maurice, ces anecdotes illustrent une facette fascinante de la réalité vécue par notre premier Premier ministre.
Mettez-vous dans le contexte. Nous sommes au tout début des années 1900, à Belle-Rive. Un enfant de 6-7 ans, les pieds nus et forcément sales, les vêtements peut-être rabibochés, se sauve de chez lui et se présente à l’école. Cette école est, semble-t-il, privée et catholique (Un ti lekol de l’époque ?). S’y trouve une «miss», qui s’appelle Miss Siris (*). Vous remarquerez que quasiment toutes nos éducatrices sont des «miss» ici, y compris jusqu’à maintenant, qu’elles soient mariées ou pas… Délicieux mystère !
Miss Siris est émue par la situation, peut-être parce qu’elle a plutôt vu des enfants plus régulièrement fuir l’école et ses rotins bazar d’antan et elle s’en va donc rencontrer les parents de SSR. On peut craindre, à l’époque, les risques qu’une école «chrétienne» ne négocie, en retour une «conversion», un débauchage ? Cela s’est d’ailleurs déjà passé, dans d’autres lieux et dans d’autres circonstances, à l’époque ! On ne connaît pas les contours exacts de la conversation qui eut lieu, mais le PM explique que son grand-père était surtout concerné par le fait qu’il n’avait pas d’argent pour payer l’écolage. Miss Siris déclara en faire son affaire et qu’elle prendrait le jeune Seewoosagur à sa charge ! C’est une ouverture capitale pour SSR et, même si orphelin à 9 ans et éborgné par un taureau à 12 ans, il persévère fermement, au point d’être admis au Collège Royal en 1914. Imaginez ! Nous sommes en 1914 ! Sept ans plus tard, il prend le bateau pour Londres et ses études de médecine. Sans Miss Siris, il aurait sans doute été un autre Mozart assassiné (**), politique celui-là… L’intervention de GMD Atchia qui leva des fonds pour l’aider à terminer ses études quand ses bienfaiteurs initiaux, de la famille Ramchurn, ne le pouvait plus, fut aussi déterminante. Le destin de SSR fut décoincé par deux individus avec de l’empathie, au-delà de tout courant tribal… Respectons !
La deuxième anecdote concerne la génération d’après, c.-à-d. celle de Navin Ramgoolam lui-même. Il est alors adolescent et veut rejoindre ses copains pour la messe à l’église. À cet âge-là, on zyeute sans doute tous les filles, comme je l’ai fait ! Il s’en va demander la permission à sa mère qui hésite et qui le renvoie à son père qui lui tient un discours d’ouverture et de libéralisme : «Pa get relizion, ras, kouler lapo. Lor later ena zis de kategori. Bon dimounn ek move dimounn !».
Ces deux anecdotes rafraîchissantes ancrent un courant progressiste et libéral qui n’a pas toujours tenu la route par la suite («Pa les pouvwar sap dan nou lamin !» en a été un des dérapages notoires pour SSR suivi du «Nou bann dabor» et «sak kabri protez so montagn» des autres) ; mais dans la grande matrice de l’histoire, elles composent et promettent les futurs plus heureux et plus justes que nous pourchassons tous. Dans notre quotidien, la population mauricienne s’imbrique d’ailleurs de plus en plus, partage souvent généreusement, se rebiffe moins fortement sur le métissage, malgré les tentatives de certains de consolider les regroupements purs «des nôtres» et le sale travail des politiciens qui pensent encore, pour leurs sales intérêts, en termes de religions, d’ethnies, voire de castes.
Deux courants s’opposent depuis toujours et ne cesseront probablement jamais d’exister. Le premier courant est motivé par l’ouverture, l’empathie, le compromis, les chances égales et le partage. Il a été presque totalement confondu avec la mondialisation et le libre-échange. On lui attribue d’horribles verrues, notamment celle de promouvoir des inégalités, au niveau individuel, corporatif ou national, que le multinationalisme s’évertue de corriger, sans toujours réussir.
Mais le courant opposé ne fait pas mieux. Ce courant opposé préfère, lui, se recroqueviller. Il fait appel aux privilèges du passé, qui ont été fortement minés par les «nouvelles élites». Il mène aux nationalismes étroits, à plus de transactionnel débridé, aux retours à des équations «impériales», purifiées de mouvements migratoires jugés déstabilisants. Il préfère les murs aux ponts. «Entre nous, c’est nous-mêmes!» s’affiche ouvertement sur l’étendard de ce mouvement. On érige des barrières tarifaires ou migratoires, comme les Américains, ou, comme les Chinois, l’on invite d’abord l’investisseur étranger, sous obligation de partager ses secrets industriels, pour, quand mieux ancré, ne plus lui permettre de quitter le pays, comme pour Apple (***). Le recroquevillement russe va se concentrer sur la reconstitution de l’empire soviet émietté en 1991 auquel s’ajoute, depuis peu, l’interdiction du programme scolaire du Baccalauréat International, qui a dû faire mal aux délires nationalistes.
Quel que soit le pays ou le régime, il y aura malheureusement toujours des gagnants et des perdants. Ce qui paraît évident, c’est que si ces deux courants oscillent en permanence, l’un réagissant aux excès de l’autre, ou l’un profitant des dérapages de l’autre, la longue courbe de l’histoire est, elle, en faveur de plus d’échanges, d’ouverture, d’empathie. De moins de tribalisme, de protectionnisme et d’égoïsme. Généralisant, bien sûr. C’est ce qui favorise d’ailleurs les principales périodes de paix et de progrès…
La situation se complique gravement depuis quelque temps, puisque l’attention mondiale qui pouvait (un peu) se concentrer sur la recherche (notamment médicale), l’aide internationale, le combat contre le changement climatique est de plus en plus menacé par des inégalités qui s’aggravent, un énorme et stupide retour vers les armements, et la recherche illusoire de plus d’hommes forts. Je n’ose penser à la réaction de Miss Siris en la circonstance…
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Nous vivons dans un pays ou nos deux derniers Premier ministres (PM) ont été interpellés. Ainsi que l’ex-ministre des Finances, l’ex-Gouverneur de la Banque centrale, l’exCommissaire de police, quelques brassées de DCP et d’ACP et même l’ex-ministre de l’Égalité des genres. Ça fait beaucoup. Certains disent beaucoup «trop», rationalisant que c’est mauvais pour l’image du pays. Ils ont sans doute raison que cela n’aide en rien notre image internationale. Mais quel est donc le choix ?
Il y a un vrai risque que ces interpellations ne soient perçues comme des chasses aux sorcières et des règlements de compte. Restent les faits objectifs qui doivent être confiés aux cours de justice pour un arbitrage final. Comme pour les coffres-forts de Ramgoolam, les interventions hasardeuses et sentant le souffre du MIC, les valises qui traînent sans propriétaires, mais qui contiennent des références très personnelles du couple Jugnauth, le trail époustouflant du Reward Money, qui récompense qui ? – l’on ne sait plus, les trousses de maquillage qui tombent malencontreusement dans un sac, les respirateurs Pack n Blister que l’on paie d’avance et qui ne marchent pas, la saga Maradiva, la mafia du Molnupiravir surévalué, les 4 arpents d’Angus Road et ce qui s’y est construit sur un salaire de PM de Rs 6,5 m par an, etc.
Un pays qui révèle tout ceci, jusqu’au cas en cour si un dossier solide existe, est un pays qui pratique la transparence et qui a des exigences élevées pour ses hommes publics. Le cas Sarkozy en France, ceux de Trump aux États-Unis, la sanction de Johnson en Angleterre pour son Party gate, rassurent un pays sur sa justice, qui traite tout le monde de manière égale.
Cependant, trop d’interpellations qui finiraient en eau de boudin, comme 11 des 12 procès faits à Ramgoolam jusqu’ici, finiront par miner la crédibilité des enquêteurs et alimenter les thèses que la justice est instrumentalisée. Comme le souhaite d’ailleurs, ouvertement maintenant, Donald Trump pour ses adversaires et ceux qui le gênent ! Voyez les cas James Comey, Stephen Colbert, Jimmy Kimmel ou Letitia James, par exemple !
La FCC dit avoir provisoirement interpellé 75 suspects et ouvert 110 dossiers différents, couvrant des sommes folles au cours de ces neuf derniers mois. C’est un bilan imposant ! Dans un récent discours solide, T. Dawoodarry, DG suppléant, exige éloquemment de ses troupes que leur engagement pour la justice soit plus fort que celui des criminels pour leur méfaits. Espérons cependant qu’il y aura, à l’arrivée, des dossiers solidement ancrés à des preuves qui feront tilt en cour. Parce que l’alternative, ce serait d’allonger la liste des dossiers fizet, qui saliront bien des réputations, mais sans jamais pouvoir soit épingler un pourri authentique, soit encore reconnaître l’inabilité des enquêteurs à identifier l’innocence. Et il faudra alors, après l’ECO, l’ICAC et la FCC, passer à… la NCA ? L’ex CP est en détention provisoire jusqu’au 30 septembre. C’est une première qui ne confortera personne si ça ne débouche pas sur un dossier à charge solide et une poursuite éventuelle du bureau du DPP. Si l’opacité engendre les monstres, l’opinion publique ne saurait être assouvi de seul voyeurisme. Même si ce seul voyeurisme aide sans doute à dissuader.
(*) Ce nom de famille, selon Geneaget, est d’origine occitane, au sud de Toulouse. Les migrations ont fait le reste.
(**) Dans Terre des hommes de St-Exupéry (1939)
(***) Bloomberg l Apple Can’t Leave China, With or Without Tariffs
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