Publicité

Quand 1972 nous gouverne encore

14 septembre 2025, 05:40

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Comment enlever l’ethnicité du système de vote ? À chaque annonce de réforme électorale, la même hypocrisie : on promet de dépasser les clivages communautaires, mais on garde un système qui les entretient. Le Best Loser System (BLS) continue d’assigner les Mauriciens à une identité figée dans un recensement poussiéreux de 1972. Plus d’un demi-siècle après, ce mécanisme censé garantir la diversité est devenu l’alibi commode pour ne rien changer.

Les verdicts sont sans appel. La Cour suprême, le Privy Council, l’Organisation des Nations unies (ONU) : tous ont dénoncé un système arbitraire, discriminatoire, anachronique. Depuis 2005, les juges parlent de «vœu pieux». En 2011, le Privy Council rappelait qu’un système basé sur des chiffres vieux de 40 ans «n’a aucun sens». Mais la réforme électorale est devenue le cimetière des illusions républicaines. Chaque parti au pouvoir repousse le chantier. L’intérêt national attendra. L’arithmétique communautaire continue.

En 2012, l’ONU tranche : l’obligation de déclarer son appartenance ethnique viole les droits fondamentaux. L’État promet une réforme. En 2014, sous pression, il concède un amendement provisoire : quelques candidats peuvent se présenter sans déclarer leur communauté. Dix ans plus tard, le provisoire est devenu définitif. Les promesses se sont envolées.

Aujourd’hui, l’Alliance du changement relance le débat. Deux scénarios. Introduire 20 sièges proportionnels. Ou ajouter quatre Best Losers fondés sur le recensement de 1972. Autrement dit : modernité d’un côté, archaïsme de l’autre. Ce double langage illustre toute l’ambiguïté politique : brandir l’unité nationale, mais continuer à distribuer tickets et ministères selon une arithmétique ethnique tacite.

La sortie du piège est pourtant claire. Le problème n’est plus judiciaire. Il est politique. Les juges ont parlé. L’ONU aussi. C’est au Parlement de trancher. Et il n’y a qu’une voie : effacer toute référence ethnique de la Constitution. Substituer au BLS une mécanique transparente qui assure représentativité et inclusion sans enfermer les citoyens dans des cases identitaires.

Cela implique de corriger une autre tare : la sous-représentation des femmes. Maurice est loin derrière Cuba, le Rwanda ou le Mozambique. Un quota de genre, combiné à une proportionnelle nationale, garantirait enfin une vraie diversité.

Soyons lucides. À court terme, le statu quo a toutes les chances de durer. Pire, une réforme tronquée pourrait renforcer le pouvoir des leaders de partis pour nommer leurs députés «à la tête du client». Une régression démocratique maquillée en modernisation.

Pendant ce temps, nous restons prisonniers d’un recensement vieux d’un demi-siècle. Nous tolérons qu’un droit fondamental – se présenter sans décliner son appartenance ethnique – soit toujours bafoué. La vraie question n’est plus de savoir si le BLS doit être réformé ou supprimé. Elle est de savoir combien de temps encore les Mauriciens accepteront que l’avenir de la République reste otage de la lâcheté de ses dirigeants.

Publicité