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Jeremy Stockdale : «Une nation progresse par l’autonomisation des femmes»
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Jeremy Stockdale : «Une nation progresse par l’autonomisation des femmes»
Jeremy Stockdale, Chief Executive Officer de Ylead.
Ce sont généralement les femmes activistes qui font entendre leurs voix pour défendre l’égalité et l’équité du genre. Lorsqu’un tel message vient d’un homme, il est tout aussi percutant, sinon plus, car cet homme brise les idées reçues du patriarcat et s’adresse à ses congénères. Le Board of Good, ABC Banking et ABC Foods ont frappé un grand coup, mardi soir, avec une conférence animée par Jeremy Stockdale, ancien directeur de banque et fondateur du cabinet de consulting Ylead, qui choqué par l’enlèvement et l’assassinat d’une femme par un policier à Londres en 2021, s’est demandé ce qu’il pouvait faire de plus pour éviter qu’une telle horreur ne se reproduise. Au gré de ses lectures, de ses rencontres et de son écoute active des expériences de centaines de femmes, il est devenu l’un des fers de lance de l’équité du genre et du leadership inclusif.
Jeremy Stockdale a passé 27 ans dans le secteur bancaire. Il dirigeait de larges équipes à travers le Royaume Uni et même en Afrique. À 50 ans, il a voulu changer de vie. «Je ne croyais plus dans la mission de l’organisation pour laquelle je travaillais ni même en ses dirigeants. Il y avait trop d’accent sur les profits et pas suffisamment d’honnêteté et d’intégrité. Les discours disaient une chose mais les actions nécessaires ne suivaient pas. J’ai senti que je pouvais contribuer davantage en faisant autre chose. J’ai donc démissionné pour former Ylead.»
Il aurait pu se contenter de diriger son cabinet de conseil en leadership comme il l’avait envisagé au départ. Jusqu’à ce qu’un fait divers sanglant à Londres le fasse dévier de sa trajectoire. «Une jeune femme a été enlevée et assassinée par un policier. Lorsque les femmes ont manifesté contre ce crime en disant que si un policier, qui représente l’autorité, est un assassin, elles ne sont plus en sécurité. Leur manifestation a été brutalement dispersée par des policiers. C’était un évènement choquant. J’ai beaucoup lu à ce sujet, j’en ai parlé autour de moi et je me suis senti frustré. Alors que j’étais dans le secteur bancaire, je pensais que j’étais un bon gars, que je faisais les choses convenablement en ayant un bon équilibre du genre dans mes équipes et quand cet assassinat a eu lieu, je me suis demandé ce que j’aurais pu avoir mieux fait en termes d’équilibre et d’équité du genre et quoi faire pour empêcher que ce genre d’horreur ne se reproduise.»
Lectures époustouflantes
Il s’en ouvre à une amie en lui demandant comment il peut devenir un meilleur homme, un meilleur allié pour les femmes et celle-ci lui recommande la lecture de deux livres, Everyday Sexism par Laura Bates et Invisible Women : Exposing Data Bias in a World Designed for Men de Caroline Criado Perez. «Je les ai lus et ces lectures m’ont époustouflé. J’ai réalisé que j’avais passé la moitié de ma vie à ne pas comprendre comment 51 % de la population mondiale fait l’expérience du monde. Je savais que le sexisme existait mais je n’étais pas conscient de l’ampleur de ce que vivent quotidiennement les femmes et les filles. Quand j’ai lu ces livres, avec toutes les connaissances acquises, j’ai réalisé que je pouvais faire davantage. Il y a une belle citation de Maya Angelou qui dit: ‘Vous faites de votre mieux jusqu’à ce que vous compreniez mieux et lorsque vous comprenez mieux, vous agissez mieux.’ Et ça pour moi était révélateur. Je pensais que je faisais de mon mieux mais maintenant que j’en sais davantage, je dois faire mieux.»
Appelé à dire ce qu’il aurait pu avoir fait mieux lorsqu’il était dans le secteur bancaire, Jeremy Stockdale déclare que s’il était conscient de la façon dont les femmes sont traitées lors des réunions, la façon dont elles sont marginalisées, dont on leur coupe la parole, dont elles sont ignorées, il aurait pu être intervenu. «Par exemple, une femme parle et un homme l’interrompt. J’aurais pu avoir dit: désolée mais laissez cette personne continuer à parler ou j’aurais pu avoir amplifié le propos de cette femme en disant que le point soulevé par elle est très valable. J’aurais pu l’avoir fait plus souvent. Si j’avais été plus conscient de tous les obstacles rencontrés par les femmes, j’aurais pu les avoir mieux articulés et je me serais mis debout publiquement pour les défendre. Il y a tellement d’autres choses que j’aurais pu faire autrement si j’avais eu les connaissances que j’ai actuellement. J’aurais été dans une meilleure position pour remettre en question les comportements sexistes.»
Comportements involontaires
Cela dit, Jeremy Stockdale ne pense pas que les hommes se rendent toujours compte qu’ils tiennent des propos sexistes ou inappropriés. «Je ne crois pas que ce soit des comportements volontaires. Ce n’est pas parce que les hommes sont mauvais ou que les femmes sont faibles mais c’est parce que dès notre plus jeune âge, nous sommes socialisésen tant que garçons, en tant que filles et en tant qu’humains à attendre certaines choses et à nous comporter d’une certaine façon. Je suis devenu conscient de toutes les façons qui maintiennent les femmes en arrière et les impactent mais aussi qui maintiennent les hommes en arrière. Les hommes sont incapables de montrer l’éventail complet de leurs émotions. La recherche a montré que les garçons sont conditionnés dès l’âge de six ans pour que la seule émotion qu’ils soient autorisés à exprimer ouvertement est la colère. Ils ne peuvent pas montrer leur vulnérabilité, leur tristesse ni leur joie. Ils doivent rester stoïques.»
À partir du moment où il a réalisé tout cela, il a lu des tas de livres, rencontré des centaines de femmes dans le monde pour comprendre leur expérience. «J’ai développé mes propres compétences d’écoute. J’écoute mieux qu’avant et ça m’a aidé à faire mon éducation et je crois que l’impact de cela est qu’une fois que j’avais tant appris et que je comprenais mieux la situation, j’ai ajusté Ylead en conséquence et commencé à donner des conférences et à écrire à ce sujet sur les réseaux sociaux. Je me suis fait un nom dans cet espace. Et les clients m’ont demandé de venir animer des conférences, des hommes comme des femmes, même si ces dernières sont en majorité. C’est ce que je veux changer, même si je suis relativement nouveau dans ce domaine.»
Est-ce difficile de faire les hommes changer de mentalité et de comportements ? «On le pense, surtout pour les hommes qui sont arrivés à la moitié de leur vie. Or, je suis la preuve vivante que l’on peut changer et que faire davantage.»
Appelé à définir l’égalité du genre, il préfère parler d’équilibre du genre. «Les deux genres apportent un ensemble de qualités et d’atouts remarquables, qui sont complémentaires. Nous avons tendance à surévaluer les qualités d’autonomie et d’initiatives comme l’affirmation, la force, la confiance, la logique et à sous évaluer les qualités relationnelles tels que la vulnérabilité, la compassion, la bonté, l’intuition qui sont inestimables mais perçues comme une faiblesse. Lors de la conférence de mercredi, organisée par le Board of Good, j’ai fait une analogie. Ne tenir compte que des qualités masculins, c’est comme un oiseau volant avec une seule aile, sans pouvoir s’élever».
Qualité des opportunités
L’équilibre du genre, dit-il, c’est l’oiseau qui vole avec ses deux ailes et dans la vie réelle, ce sont les hommes et les femmes oeuvrant ensemble et en harmonie. «L’équité du genre pour moi signifie l’égalité dans les opportunités. Je n’aime pas le terme égalité du genre car je ne crois pas que les hommes et les femmes veulent être traités de la même façon. Mais que hommes comme femmes aient une égalité d’opportunités. L’équité du genre, c’est s’assurer que la qualité des opportunités s’applique à tout le monde, indépendamment du genre.»
Ayant fait du consulting en leadership diversifié auprès de bon nombre de sociétés mauriciennes, Jeremy Stockdale a réalisé qu’il y a eu une importante mobilité verticale pour les femmes dans diverses industries mais qu’elles stagnent à un certain niveau en raison du plafond de verre. Par exemple, à Maurice, il n’y a que 17 % de femmes siégeant sur les conseils d’administration des entreprises cotées en Bourse. «Pour changer la donne, vous devez convaincre les gens des bénéfices d’admettre les femmes sur les conseils d’administration. Ce n’est pas facile car il y a certains hommes qui occupent des postes de pouvoir et d’influence et qui sont fondamentalement convaincus que les femmes ne contribuent pas autant que les hommes, qu’elles n’ont pas le droit d’occuper un siège à la table du conseil d’administration. C’est presque impossible de leur faire voir que les femmes ont des compétences égales. De tels hommes ne sont pas en majorité. Il ne faut pas perdre du temps avec ce type d’hommes. C’est à un groupe plus large d’hommes au milieu, qui n’ont pas étéconfrontés à leurs propres partis-pris, qui n’ont pas été exposés à la contribution des femmes sur les conseils d’administration, qu’il faut s’adresser. Nous devons tout faire pour les convaincre, les éduquer car c’est ainsi que l’on apprend. On n’arrête pas d’apprendre, quel que soit l’âge et le niveau de séniorité.»
Il ajoute que lorsque le Finance Bill a été introduit à Maurice, il a assuré le discours d’ouverture à Mon Choisy. «J’ai dit que 25 % de femmes sur les conseils d’administration comme le souhaite le Mauritius Institute of Directors n’est pas aussi progressiste qu’on le croit. C’est un début mais si cela ne s’accompagne pas d’un changement culturel systémique, vous ne faites qu’aligner des nombres. Il y a certaines organisations qui acceptent les femmes sur le conseil d’administration à condition qu’elles se taisent. Cela ne sert à rien. La raison pour laquelle vous admettez des femmes sur le conseil d’administration c’est en raison de la diversité cognitive, en d’autres termes vous avez des personnes qui ont des vécus différents et qui apportent la perspective de plus de 50 % de la population et qui contribuent à vos prises de décision. Si vous avez un conseil d’administration entièrement masculin, vous ratez énormément d’opportunités car vous n’avez pas un large éventail de points de vue.»
Pour lui, dans le monde complexe d’aujourd’hui, c’est presque un échec de la gouvernance si une entreprise n’a pas un conseil d’administration diversifié avec différentes expériences et un ensemble de connaissances diverses. «Je ne dis pas qu’un board sans femmes n’a pas de mérite mais c’est bizarre de ne pas avoir une femme sur un conseil d’administration et plus important encore, quand elles y sont, il faut les impliquer, les écouter, ne pas les interrompre, ne pas les marginaliser car autrement vous leur faites perdre leur temps et vous perdez le vôtre. Nous avons affaire à des siècles de problèmes systémiques et nous n’allons pas les changer en promulguant une loi. Cela demande plus d’efforts concertés.»
Évaluation et suivi importants
Comment évalue-t-il le succès de ses interventions ? «Quand je vais dans une organisation pour une conférence ou pour animer un atelier de travail, s’il n’y a pas un suivi, rien ne changera fondamentalement. Si vous voulez d’un réel changement, vous devez savoir quels sont vos objectifs et quel résultat vous souhaitez obtenir à telle ou telle date. Et vous devez communiquer à ce sujet. La deuxième chose liée à la première est d’arriver à faire les personnes les plus seniors de l’organisation être acteurs du changement. Elles doivent défendre la cause et être disposées à apprendre et à former les autres. Vous devez aussi être constamment en train d’évaluer et de faire le suivi des progrès par rapport à votre vision, mesurer ce qui est en train de changer et ce qui ne l’est pas. Il faut accepter aussi le fait qu’alors que nous luttons pour écraser le patriarcat que celui-ci riposte. Le progrès réalisé en matière d’équité du genre durant les 12 derniers mois recule, selon le World Economic Forum. Nous devons trouver de nouvelles manières de mobiliser les gens. Cela demande un effort collectif.»
Quel a été son message à la conférence de mardi ? «Il y a une façon garantie de faire progresser une nation et cela passe par l’autonomisation des femmes. Si vous donnez aux femmes une autonomie sur leurs propres vies, un accès au financement et un peu d’encouragement, cela fera tout progresser. Cela tirera les gens de la pauvreté, améliorera la santé, le social, le culturel, l’économie. C’est prouvé à travers l’Histoire. Quand les femmes sont autonomisées, toute la nation s’élève. Les trois pays leaders au monde en matière d’égalité et d’équilibre du genre sont la Finlande, l’Islande et la Norvège. Ils ont des économies solides et une qualité de vie élevée, non pas en raison de quotas imposés, même si parfois, il y a des politiques en ce sens, mais ces pays ont investi dans un vaste changement culturel qui bénéficie aux hommes comme aux femmes. J’adore Maurice et les Mauriciens et je crois énormément dans leur potentiel. Ma vision est que dans cinq ans, Maurice peut être un modèle de développement économique et social, bâti sur une fondation de leadership inclusif et d’équilibre et d’équité du genre et peut devenir un exemple pour l’Afrique et peut-être même pour le monde. Mais pour le réaliser, les Mauriciens doivent croire dans ce potentiel, voir les bénéfices. Il faut que les hommes et les femmes travaillent ensemble et pas les uns contre les autres. Le Board of Good est une organisation fantastique mise en place en tant que projet communautaire et qui a désormais 570 membres. Le changement sera possible quand les hommes et les femmes viendront ensemble pour progresser ensemble.»
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