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Banque de Maurice : le trouble-fête parti, place au devoir de résultats

3 septembre 2025, 18:00

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Banque de Maurice : le trouble-fête parti, place au devoir de résultats

La démission de Gérard Sanspeur du poste de Second Deputy Governor (SDG) de la Banque de Maurice (BoM), à la demande expresse du Premier ministre, met un terme à sept mois de tensions au sommet de l’institution. Mais si ce départ clôt un épisode de guerre larvée, il ouvre surtout une nouvelle séquence où les marges d’excuses se sont évaporées. Pour Rama Sithanen, gouverneur de la BoM, l’heure n’est plus aux polémiques internes : il doit livrer des résultats tangibles sur des dossiers sensibles qui conditionnent à la fois la stabilité économique du pays, la crédibilité de la politique monétaire et la confiance des acteurs internationaux.

La BoM a rarement été exposée à un tel étalage de divisions. Depuis son arrivée, Gérard Sanspeur n’a cessé de se heurter frontalement au gouverneur et à son premier ad- joint, Rajeev Hasnah. L’institution s’est ainsi retrouvée prise dans un climat délétère, marqué par des accusations croisées, des fuites orchestrées et une paralysie progressive de son fonctionnement collégial.

Le déballage public impliquant Rama Sithanen et son SDG lors de deux conférences de presse ne fait certes pas honneur à une banque centrale. Ce dernier est accusé de mauvaise conduite, de harcèlement contre une quinzaine d’employés, d’humiliations répétées envers un haut cadre, de soupçons d’ingérence dans les appels d’offres et de cas de «corruption», et même d’avoir proposé le recours à la planche à billets lors des préparatifs budgétaires : le dossier à charge serait lourd.

À l’inverse, Gérard Sanspeur s’est défendu en ciblant directement le gouverneur, qu’il accuse de protéger son fils impliqué dans des dossiers sensibles liés à la Mauritius Investment Corporation (MIC), aux octrois de licences bancaires et à certaines nominations. Le conflit avait donc franchi un seuil irréversible : il n’était plus seulement institutionnel, mais devenu personnel et politique.

En tranchant en faveur de son gouverneur, Navin Ramgoolam a voulu mettre fin à une paralysie qui minait la crédibilité de la BoM. Mais cette décision a aussi une conséquence directe : désormais, le gouverneur et son équipe n’ont plus de prétexte. Gérard Sanspeur n’est plus là pour être accusé de semer le désordre ou de manipuler l’opinion via des fuites et des artifices numériques. La Banque centrale doit se remettre en ordre de marche.

En écartant le SDG, le Premier ministre a retiré l’épine qui gênait Sithanen. Mais ce soulagement est immédiatement assorti d’une exigence accrue. Navin Ramgoolam n’a pas voulu sauver un homme : il a voulu protéger une institution dont l’image écornée menace la stabilité financière du pays.

Ce choix place désormais Rama Sithanen devant un double impératif. D’abord, il doit rétablir la sérénité au sein de la BoM et restaurer la confiance des employés dans leur hiérarchie. Ensuite, et surtout, il doit démontrer par des actes que la Banque centrale est en mesure de répondre aux attentes de l’économie réelle.

Le contrat est clair : plus d’excuses, plus de querelles intestines. Les résultats doivent être visibles sur les grands dossiers qui préoccupent aussi bien les opérateurs économiques que les citoyens et les agences de notation. La stabilité monétaire, la disponibilité des devises et la transparence de la gestion deviennent des tests immédiats.

Le gouvernement Ramgoolam a bâti son retour au pouvoir sur une critique virulente de la création monétaire sous le précédent régime, accusée d’avoir alimenté une inflation record de 10,8 % en 2022 et une dépréciation accélérée de la roupie face au dollar (en moyenne 5,3 % par an de 2020 à 2024).

Pour Rama Sithanen, il faut prouver que la discipline monétaire est effective et que la BoM dispose d’instruments crédibles pour contenir les pressions inflationnistes, dans un contexte de volatilité des prix internationaux et de risques de second tour internes.

Mais plus important, voire crucial, il doit régler la problématique de la pénurie de devises. C’est le point le plus sensible pour les commerçants et autres importateurs. Lors de sa conférence de presse du 13 août, le gouverneur a affirmé que les banques commerciales avaient acheté pour 4,6 milliards de dollars depuis janvier et vendu pour 4,8 milliards, soit 972 millions de plus que l’année précédente. En théorie, il n’y a donc pas de pénurie.

Pourtant, sur le terrain, les opérateurs peinent à obtenir les devises nécessaires à leurs transactions. Ce décalage entre la réalité vécue et les chiffres officiels alimente la méfiance. La BoM devra donc éclairer cette contradiction : où se trouvent les dollars, et pourquoi leur disponibilité semble restreinte pour certains secteurs clés ? Visiblement, les explications données jusqu’ici ne convainquent pas la communauté des affaires.

Deux énormes scandales

Samedi, le vice-Premier ministre et leader du MMM a évoqué «deux énormes scandales» susceptibles de causer «de grosses pertes financières». S’il reconnaît que Gérard Sanspeur n’était qu’un «incident de parcours, » il pointe du doigt une gestion toujours problématique. Tant que la nature et l’ampleur de ces dossiers resteront dans le flou, le soupçon pèsera sur la capacité de la BoM à gérer ses affaires avec transparence.

Si le départ de Sanspeur soulage l’alliance gouvernementale, il ne règle pas tout. Paul Bérenger a clairement prévenu: les problèmes de la Banque de Maurice «restent entiers». Derrière cette phrase se profile une tension latente avec Navin Ramgoolam. Le MMM, tout en main- tenant l’alliance, exigera sans doute des contreparties, que ce soit au niveau des nominations futures à la BoM ou à la Financial Services Commission (FSC), dont la présidence assurée par Rama Sithanen pourrait devenir une pomme de discorde.

À l’international, la Banque centrale est scrutée par les agences de notation comme Moody’s. Leurs prochaines évaluations intégreront non seulement les indicateurs économiques, mais aussi la perception de la solidité institutionnelle. Or, la crise publique ayant secoué la BoM affaiblit cette image. La moindre incertitude sur la disponibilité de devises ou sur la discipline monétaire pourrait peser sur la note souveraine du pays et renchérir son coût d’endettement.

La BoM a toujours été perçue comme une institution clé, garante de la stabilité financière et du sérieux de la place mauricienne. Les derniers mois ont fissuré cette image, donnant l’impression d’une tour de verre transformée en champ de bataille politique.

Aujourd’hui, le départ du trouble-fête supprime l’alibi. Les regards se tournent vers Rama Sithanen, qui concentre désormais à lui seul la responsabilité de redresser la barre. Sa double casquette de gouverneur de la BoM et de président de la FSC accentue encore la pression : il doit démontrer qu’il n’est pas seulement un homme de réseaux et de stratégies, mais un gestionnaire capable d’apporter des solutions rapides, concrètes et mesurables.

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