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Géopolitique

Londres : tensions au sein du Labour sur le traité des Chagos et l’influence de Lord Hermer

31 août 2025, 12:00

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Londres : tensions au sein du Labour sur le traité des Chagos et l’influence de Lord Hermer

Un premier député travailliste, Graham Stringer, a publiquement demandé la révocation de Lord Hermer, Attorney General et proche conseiller juridique du Premier ministre Keir Starmer. L’élu accuse le haut juriste, nommé à la Chambre des Lords, d’imposer son agenda au gouvernement et de placer les traités internationaux au-dessus de la démocratie, notamment dans le dossier sensible des Chagos.

C’est une première au sein du Labour. Graham Stringer, vétéran du parti, est sorti de sa réserve en réclamant le départ de Lord Hermer. Sur les ondes de la BBC Radio 5 Live, il a dénoncé une dérive antidémocratique : «L’Attorney General croit que ces traités sont plus importants que la démocratie. Il essaie de prendre le contrôle de l’agenda du gouvernement et d’écraser la contribution démocratique.»

Ces propos font écho à un malaise croissant au sein du Labour. Depuis sa nomination à la tête du département juridique du gouvernement, Lord Hermer concentre critiques et méfiance, certains élus dénonçant un pouvoir excessif pour un ministre siégeant à la Chambre des Lords, donc hors de tout contrôle direct de la Chambre des Communes.

Le dossier explosif des Chagos

La charge de Graham Stringer prend un relief particulier à l’heure où Westminster examine le projet de loi relatif à la rétrocession des Chagos à Maurice. L’Attorney General est accusé d’avoir engagé «des milliards de livres d’argent public» dans ce dossier. «Gérard Hermer a dépensé des sommes colossales pour un accord que la majorité des Britanniques désapprouvent», a déclaré Stringer, reprenant une critique récurrente chez certains parlementaires et au sein d’une partie de l’opinion publique.

Pour rappel, le 15 juillet dernier, la Chambre des Communes a voté en première lecture le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill, ouvrant la voie à la ratification du traité entre le Royaume-Uni et Maurice. Ce texte, porté par le ministre des Affaires étrangères David Lammy, prévoit le transfert de souveraineté de l’archipel à Maurice, tout en maintenant la base militaire de Diego Garcia sous administration britannique pour une durée de 99 ans, dans le cadre d’un bail payé à Port-Louis. Le second reading, étape cruciale du processus parlementaire, est prévu pour septembre. C’est à ce moment que les débats de fond devraient s’engager, notamment sur la dimension financière et sécuritaire de l’accord.

Les Tories n’ont pas manqué de saisir l’occasion. Le Shadow Justice Secretary Robert Jenrick a renchéri dans un communiqué virulent : «Le public en a assez de Lord Hermer, et les députés travaillistes aussi. Keir Starmer n’aurait jamais dû nommer l’avocat de Gerry Adams comme Attorney General. Des Chagos à la trahison des vétérans ayant servi en Irlande du Nord, ses empreintes sont partout sur les décisions anti-britanniques du Labour.» Ce tir croisé fragilise un peu plus la position du Premier ministre, déjà accusé par certains de céder trop de terrain aux juges et aux contraintes internationales.

Quelle suite pour le traité des Chagos ?

L’épisode politique illustre à quel point la question des Chagos reste inflammable à Londres. Pour Maurice, la ratification du traité représente l’aboutissement d’une longue bataille diplomatique et judiciaire. Mais au Royaume Uni, l’accord continue de diviser, certains y voyant une capitulation coûteuse et contraire aux intérêts stratégiques britanniques.

Avec le second reading prévu en septembre, la contestation interne au Labour pourrait compliquer la tâche de Keir Starmer. Si la majorité parlementaire n’est pas en danger, les débats risquent de mettre en lumière une fracture idéologique entre une aile travailliste attachée aux traités internationaux et une autre, plus souverainiste, qui réclame un retour à une démocratie parlementaire affranchie des contraintes extérieures.

La prise de position de Graham Stringer ouvre donc une nouvelle brèche dans l’unité travailliste. En s’attaquant frontalement à Lord Hermer, il expose un malaise profond : celui du rapport entre démocratie parlementaire et respect des engagements internationaux. Au cœur de cette tension, les Chagos apparaissent comme le symbole d’un arbitrage délicat entre principes, diplomatie et coûts financiers.

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