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De Solea aux oubliés

L’espoir renaît pour les enfants abandonnés

29 août 2025, 10:55

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L’espoir renaît pour les enfants abandonnés

■ Abandonnée à sa naissance puis accueillie par une famille en temps record, Solea est devenue le symbole d’espérance des enfants sans foyer.

Elle s’appelle Solea. Abandonnée peu après sa naissance, elle a bouleversé l’opinion publique. Mais, contrairement à tant d’autres enfants, son histoire s’est transformée en conte de fées : en quelques semaines seulement, une famille d’accueil, déjà enregistrée auprès des autorités, s’est portée volontaire et lui a ouvert son foyer. La rapidité de cette prise en charge a montré que lorsqu’il y a une volonté politique, des solutions existent.

Solea devient ainsi le symbole d’une nouvelle approche du ministère de l’Égalité des genres et du bienêtre de la famille, conduite par Arianne Navarre-Marie, qui a mis en avant la priorité des familles d’accueil plutôt que des shelters traditionnels pour le suivi des enfants abandonnés depuis sa prise de fonction.

Il faut rappeler que dans les années précédentes, la question des enfants abandonnés n’avait pas été traitée avec la même attention. Et malgré la situation alarmante, l’immobilisme régnait. Des organisations non gouvernementales n’ont cessé de dénoncer ce déni, sans être entendues. Idem pour les travailleurs sociaux.

Kalpana Koonjoo-Shah, ancienne ministre de tutelle, avait réduit la question des enfants abandonnés à une querelle de terminologie. À l’Assemblée nationale, elle osait affirmer qu’«aucun enfant des rues» n’était recensé… tout en reconnaissant qu’aucune définition légale n’existait. Une pirouette bureaucratique pour masquer une absence de stratégie. Pendant ce temps, des dizaines d’enfants livrés à eux-mêmes erraient, déscolarisés et vulnérables, loin du regard des institutions ou entassés dans des shelters. Sous sa direction, le ministère avait reconnu l’absence de définition légale pour les «enfants de rues», privilégié les shelters, minimisant ainsi le problème et retardant la mise en place de mesures concrètes.

Depuis quelques mois, le ton a radicalement changé, nous dit-on, dans le milieu concerné. Syndicalistes et autres défenseurs des enfants à Maurice estiment que dès sa prise de fonction, la ministre Navarre-Marie a mis en avant une réforme fondamentale : privilégier les familles d’accueil plutôt que les shelters. Elle l’a d’ailleurs martelé lors d’une conférence de presse en début d’année : les enfants abandonnés ont besoin d’amour, de stabilité, d’un environnement chaleureux, pas de murs froids ni de dortoirs impersonnels. En un mois, l’exemple de Solea a montré qu’il ne s’agissait pas de promesses vides, mais d’un engagement concret.

71 cas d’abandon en 2024

Cependant, le drame est pourtant loin d’être isolé. Le nombre d’enfants abandonnés à Maurice a fluctué au fil des années, mais reste préoccupant. En 2021, 55 enfants ont été abandonnés, suivi de 45 en 2022 et 49 en 2023. L’année 2024 a marqué un record inquiétant avec 71 enfants abandonnés, avant que le ministère ne recense 13 cas de janvier à avril 2025. Ces chiffres montrent l’ampleur du problème et l’urgence de mesures systématiques.

L’histoire de Solea montre qu’une intervention rapide est ainsi possible poussant à se demander : à quoi servait donc ce ministère sous la direction de Kalpana Koonjoo-Shah, sinon à aligner des discours creux car l’héritage est celui d’une génération d’enfants ignorés par l’État, réduits à l’invisibilité et dont les chiffres n’ont eu de cesse d’augmenter au cours de son mandat ?

Pour des travailleurs sociaux, Solea rappelle aussi qu’il existe un besoin urgent de structures sécurisées pour éviter que des parents, contraints par la détresse ou les difficultés économiques, abandonnent leurs bébés n’importe où. Ces structures pourraient permettre de déposer un enfant en toute sécurité, tout en offrant un accompagnement social aux familles en difficulté.

Si Solea a trouvé une famille, combien d’autres attendent encore ? Combien de bébés, de fillettes et de garçons passent leurs journées dans des foyers bondés, sans repères affectifs, dans l’ombre de notre société ? L’émotion qui a entouré Solea ne doit pas se limiter à un cas médiatique. Elle doit être le déclencheur d’une politique ambitieuse, cohérente et durable pour tous les enfants abandonnés.

Car le sort de ces enfants est une question de dignité collective. Pendant que certains ministres se contentaient de jouir de leur titre, d’autres ont décidé de se retrousser les manches. L’histoire retiendra cette différence. Maurice n’a pas le droit de choisir ses orphelins : chaque enfant abandonné mérite la même chance que Solea.

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