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«Reward Money»
Quand la lutte antidrogue vire au détournement
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«Reward Money»
Quand la lutte antidrogue vire au détournement
■ De g. à dr. : L’ASP Seewoo, l’ACP Lilram Deal, l’ASP Mooniaruth, le sergent Seeboruth et le SP Ashik Jagai.
Depuis plusieurs mois, l’affaire dite du Reward Money occupe le devant de la scène nationale. Ce scandale, qui secoue les plus hautes sphères de la police et des institutions de l’État, révèle un système de détournement présumé où des dizaines, voire des centaines de millions de roupies ont été versés sous couvert de paiements aux informateurs. La Financial Crimes Commission (FCC) est désormais au cœur de l’enquête, tentant de démêler un réseau complexe d’ordres de paiement, de complicités et de zones d’ombre.
L’affaire implique plusieurs hauts gradés de la police, dont les noms sont désormais associés à des montants faramineux découverts sur leurs comptes bancaires. Parmi les principaux : l’assistant commissaire de police (ACP) Dunraz Gangadin, chef de la Special Striking Team (SST), accusé d’avoir perçu Rs 160,4 millions ; Lilram Deal, ancien chef de la Counter Terrorism Unit, avec Rs 4,5 millions; l’assistant surintendant de police (ASP) Faraaz Mooniaruth, à la tête de la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU), avait recommandé une fausse reclamation de reward pour un montant de Rs 3millions
; le surintendant de police (SP) Jagai, de la SST, soupçonné d’avoir ordonné des paiements massifs ; le sergent Hossen, chez qui plus de Rs 83 millions ont été découverts ; l’ASP Rajcoomar Seewoo, dont le compte affichait Rs 35 millions ; et enfin le sergent Yeshdeo Seeboruth, affilié à la Police Research and Development Unit (PRDU), où Rs 19 millions auraient transité.
Chacun de ces cas soulève la même question : ces officiers étaient-ils réellement destinataires des Reward Money ou bien ces fonds ont-ils été utilisés à d’autres fins ?
?Des montants vertigineux, loin des barèmes officiels
Les montants révélés par l’enquête de la FCC donnent une impression d’invraisemblable démesure. Rs 160,4 millions pour Gangadin, Rs 83 millions pour Hossen, Rs 35 millions pour Seewoo, Rs 19 millions pour Seeboruth et Rs 4,5 millions pour Deal.
Pour comprendre la disproportion, il suffit de revenir à des saisies historiques. En 2017, lors de l’arrestation de Navind Kistnah avec 135 kilos d’héroïne d’une valeur estimée à Rs 2 milliards, les informateurs n’avaient perçu que Rs 700 000. Autrement dit, la récompense représentait 2 500 fois moins que la valeur marchande des stupéfiants.
En septembre 2024, la DCIU a saisi 222,5 kilos de cannabis d’une valeur de Rs 333,7 millions : selon les barèmes établis, le Reward Money n’aurait pas dû dépasser Rs 120 000. Pourtant, des millions se sont retrouvés sur le compte de l’ASP Mooniaruth. Même opacité dans l’affaire Gurroby, portant sur 244 kilos de drogue (héroïne et haschich), où le montant versé reste couvert par l’Official Secret Act de 1974.
Ces écarts massifs laissent supposer un détournement systématique au détriment de l’État.
?Dip se défend face aux soupçons
Face aux accusations, l’ancien commissaire de police (CP), Anil Kumar Dip, a tenté de se défendre. Dans une interview accordée à la MBC, il a expliqué que son rôle se limitait à approuver les paiements et que la section Finance effectuait ensuite les virements sur les comptes des officiers.
Selon lui, les transactions étaient validées par l’Internal Control Unit et le DCP Administration. «Mo pena kontrol lor-la», a-t-il déclaré, tout en affirmant avoir mis en place un système de vérification.
Pourtant, les chiffres retrouvés sur les comptes bancaires contredisent cette version. Si les mécanismes de contrôle avaient réellement fonctionné, de telles sommes astronomiques n’auraient pas pu passer inaperçues. Les enquêteurs de la FCC s’interrogent donc sur le degré de responsabilité de l’ex-CP et sur les complicités éventuelles dans la hiérarchie policière.
?Les Rs 35 millions de Seewoo sous la loupe
Les cas de l’ASP Rajcoomar Seewoo et de son unité illustrent parfaitement les contradictions de l’affaire. Le 28 février 2024, son équipe a saisi 400 g d’héroïne à Baie-du-Tombeau, d’une valeur marchande de Rs 6 millions, ainsi qu’une moto Kawasaki Ninja 600 cc.
Le 26 juillet 2024, elle a mis la main sur de l’héroïne et 62 plants de cannabis à Roche-Bois, évalués à Rs 13,6 millions. Quatre jours plus tard, à l’Espérance-Trébuchet, 22 kilos de cannabis d’une valeur de Rs 26,2 millions étaient interceptés.
Chaque fois, l’ACP Dunraz Gangadin avait salué publiquement le travail de l’équipe. Pourtant, les Rs 35 millions découverts sur le compte de Seewoo n’ont aucune commune mesure avec les récompenses habituelles versées dans de tels cas.
Les incohérences sont trop flagrantes pour être ignorées.
?Les Rs 17 millions suspects du sergent Seeboruth
Le sergent Yeshdeo Seeboruth, affecté à la PRDU, est un autre exemple de l’opacité du système. Plus de Rs 17 millions ont été retrouvés sur son compte sous forme de Reward Money.
La question se pose : ce sergent avait-il réellement des informateurs en lien avec le trafic de drogue ? La PRDU, par définition, n’est pas une unité de terrain chargée de mener des opérations antidrogue.
Les enquêteurs se demandent donc comment une telle somme a pu lui être attribuée et qui a validé cette transaction.
?Bhojoo contre Dip : une transition controversée
Un autre élément clé du scandale réside dans la transition entre le DCP Bhojoo et le CP Dip. Sous Bhojoo, les Reward Money recevait un chèque sur son nom et changer en espece à la banque
Mais avec l’arrivée de Dip, le système aurait été modifié, les fonds passant directement en son nom. Parallèlement, l’ADSU a été marginalisée au profit d’unités privilégiées comme la DCIU, la SST ou la SSU Special Cell.
En mars 2023, Dip a procédé à un grand ménage : 40 officiers ont été transférés hors de l’ADSU et 36 autres, issus de différentes divisions, y ont été affectés.
Ces mouvements internes révèlent une lutte de pouvoir pour le contrôle des opérations antidrogue, mais aussi pour l’accès aux Reward Money.
?Un système de contrôle défaillant
Au-delà des chiffres et des noms, l’affaire Reward Money met en évidence des failles profondes dans la gouvernance policière et la gestion des fonds publics. Si des montants astronomiques peuvent circuler sans déclencher la moindre alerte, c’est tout un système de contrôle qui est remis en cause.
La FCC a désormais pour mission de démêler cette affaire, mais aussi de proposer des mécanismes garantissant que de tels abus ne puissent plus se reproduire.
Alors que l’enquête de la FCC progresse, une question centrale demeure : qui a donné l’ordre de verser ces sommes exorbitantes aux officiers concernés ? La réponse déterminera non seulement le sort judiciaire des protagonistes, mais aussi l’avenir de la lutte antidrogue et la confiance des citoyens envers leurs institutions.
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