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Bulletin de la NHRC

Réformer la justice et placer la dignité humaine au centre

21 août 2025, 07:30

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Réformer la justice et placer la dignité humaine au centre

La National Human Rights Commission (NHRC) vient de publier sa newsletter d’août, un document dense qui dresse un constat préoccupant sur la situation carcérale, évoque les droits fondamentaux et les défis sociaux du pays. Au-delà du diagnostic, la commission propose une feuille de route pour une justice plus humaine et une société plus inclusive.

Dans son éditorial, le président de la NHRC, Mᵉ Satyajit Boolell, Senior Counsel, revient sur des chiffres fournis récemment par le commissaire des prisons. Trois constats inquiètent : les détenus sont de plus en plus jeunes, la majorité d’entre eux purgent de courtes peines allant de quatre à six mois et le taux de récidive dépasse les 70 %. Un cercle vicieux que la Commission juge intenable : «Si l’emprisonnement de courte durée conduit à un taux de récidive aussi élevé, il est impératif de réinventer notre approche et d’explorer des alternatives, surtout pour les jeunes contrevenants. Le modèle actuel transforme la prison en porte tournante», souligne Mᵉ Boolell.

proxy-image.jpg ■ Mᵉ Satyajit Boolell SC

La NHRC propose un changement de culture dans la condamnation : réintroduire des Chambers Sessions où magistrats, agents de probation et policiers de quartier peuvent partager leurs connaissances des réalités sociales des prévenus et créer une interaction continue entre magistrats et condamnés après qu’ils ont purgé leur peine, pour assurer un suivi et encourager la réinsertion.

«Parce que vous méritez une bonne nuit de sommeil»

De son côté, Touria Prayag, membre de la Human Rights Division (HRD) tombant sous la commission, aborde la criminalité sous l’angle du quotidien des citoyens. «Les honnêtes citoyens dépensent une énergie considérable à protéger leur famille. Pourtant, une des solutions est simple : la réhabilitation. Les délinquants sortent de prison avec un casier, sans emploi ni soutien. Le résultat est prévisible : ils retombent dans la criminalité. Notre mission est de leur offrir une seconde chance et de vous offrir, à vous citoyens, une bonne nuit de sommeil.» La commission plaide pour un programme structuré : formation en métiers, passage en halfway prisons en fin de peine (permettant de travailler le jour et dormir en prison le soir) et des partenariats avec des entreprises prêtes à recruter d’anciens détenus.

proxy-image.jpg ■ Touria Prayag.

Plongée dans la réalité carcérale : Beau-Bassin, entre survie et réhabilitation

Un reportage mené par la NHRC à la prison centrale de Beau-Bassin révèle les contradictions du système. Sur 722 détenus, seuls 64 ont été jugés et condamnés. Les 658 autres attendent leur procès, certains depuis plus de six ans. Les conditions de détention violent souvent les Règles Nelson Mandela des Nations Unies : cellules exiguës, sanitaires défaillants, absence de toilettes et manque de soins de santé adéquats. Pourtant, l’espoir subsiste car des ateliers de menuiserie, de couture, de boulange ou d’agriculture permettent à certains prisonniers de préparer leur réinsertion. Mais la réalité est brutale : 60 % des détenus reviennent en pri- son au cours de l’année suivant leur libération.

Santé mentale, un angle mort du système pénitentiaire

Le bulletin de la NHRC met aussi en lumière un pro- blème tabou : la santé mentale en prison. Avec seulement une visite psychiatrique par mois et deux psychologues pour près de 3 000 détenus, également présents à la prison pour une visite mensuelle, les besoins sont dramatiquement sous-évalués. Vijay Ramanjooloo, psychologue clinicien et membre de la HRD, qui signe une analyse sur le sujet, rappelle que selon les normes des Nations Unies, les détenus devraient bénéficier d’un accès équivalent aux soins dispensés en milieu communautaire. «Une meilleure prise en charge contribue à la réinsertion, à la réduction de la récidive et à la promotion des droits humains fondamentaux. C’est une exigence humaine et légale.»

Express.mu (620 x 330) (34).png ■ Vijay Ramanjooloo.

Nelson Mandela comme guide moral

Le 17 juillet dernier, la NHRC a organisé, avec le Centre Nelson Mandela et l’organisation non gouvernementale Dis-Moi, une matinée d’échanges pour célébrer l’héritage de Mandela. Dans son intervention, Mᵉ Boolell a rappelé la vision de la commission. «La NHRC veut être à l’écoute de tous, aller vers les jeunes et vulgariser la culture des droits humains dans le pays.» Un livre pour enfants, The Legacy of Nelson Mandela, a été lancé lors de cet événement, soulignant la volonté d’inculquer, aux petits et dès leur plus jeune âge, les valeurs de dignité, de tolérance et de pardon.

Handicap et inclusion : un appel à la réforme

La NHRC a co-présidé, avec la présidence de la République et le bureau des Nations Unies, une table ronde sur le handicap, le 28 juillet. Le président de la commission a insisté sur la nécessité de moderniser la Protection and Promotion of the Rights of Persons with Disabilities Act et de renforcer la coordination nationale. «Il faut un engagement au plus haut niveau pour garantir aux personnes handicapées un environnement inclusif, digne et conforme à nos obligations internationales.» Les difficultés d’accès à l’éducation, au travail et la persistance des discriminations ont été identifiées comme priorités.

Réformes juridiques et maltraitance des détenues étrangères

La Newsletter revient aussi sur deux réformes législatives majeures adoptées en 2025, l’abolition d’une disposition constitutionnelle pouvant justifier des traitements inhumains et la suppression de la défense archaïque, qui excusait un homicide commis en cas d’adultère. Ces amendements alignent Maurice sur les normes internationales en matière de lutte contre la torture et de protection des droits des femmes.

Enfin, un dossier spécial met en lumière le trafic humain, l’exploitation et la maltraitance des détenues étrangères dont certaines restent parfois des années incarcérées en attente d’un jugement. La NHRC réclame des shelters pour hommes victimes, une meilleure régulation des agences de recrutement et une coopération régionale renforcée.

Une commission résolument tournée vers l’avenir

À travers ce bulletin, la NHRC affirme sa volonté de devenir un acteur central de la transformation sociale et judiciaire. Elle appelle à une mobilisation de tous : État, magistrature, société civile, secteur privé et citoyens. Pour conclure, Me Boolell déclare qu’il faut «remplacer la porte tournante des prisons par un pont : un pont qui mène de la délinquance à la réinsertion, de l’incarcération à la contribution.»

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