Publicité

Drames familiaux

Enfants bloqués par la loi ou arrachés par ses failles…

20 août 2025, 12:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Enfants bloqués par la loi ou arrachés par ses failles…

Photo d'illustration.

Il y a des combats qui se mènent en silence, dans la dignité, mais qui révèlent une violence institutionnelle d’autant plus insupportable qu’elle se cache derrière un simple bout de papier. C’est le cas d’une mère mauricienne qui élève seule son fils, atteint d’une maladie rénale grave. L’enfant de 13 ans, encore mineur, a besoin d’une greffe de rein dans les meilleurs délais. Tout est prêt : l’équipe médicale en France, les facilités d’hébergement grâce à la sœur de la mère installée sur place et le soutien de la famille proche. Tout, sauf un détail qui bloque l’avenir de l’enfant : l’absence de la signature du père biologique pour établir le passeport.

Le père, séparé de la mère depuis cinq ans, n’assume ni l’éducation, ni les dépenses de son fils malade. Aux abonnés absents depuis des années, il n’a pas contribué aux soins, aux rendez-vous médicaux ou aux nuits d’angoisse passées aux côtés de l’enfant. Pourtant, la loi mauricienne continue de lui conférer un droit de veto, puisqu’il détient l’autorité parentale conjointe. Son refus - ou son silence - suffit à bloquer toute démarche administrative. Résultat : la mère, déjà éprouvée par la maladie de son fils, se retrouve contrainte de «mendier» une signature auprès d’un homme qui ne joue aucun rôle réel dans la vie de l’enfant.

Dans ce cas précis, l’urgence est médicale. Chaque semaine qui passe compromet les chances de guérison de l’enfant. La mère a fait toutes les démarches nécessaires pour que son fils puisse être accueilli dans un hôpital français, où les conditions de greffe et de suivi sont réunies. Mais la machine administrative reste figée: sans passeport, pas de voyage. Et sans la signature du père, pas de passeport. Un blocage absurde où l’ego d’un adulte pèse plus lourd que la vie d’un enfant.

Ce cas n’est pas exceptionnel, comme évoqué dans nos précédentes éditions depuis le début de ce combat. De nombreuses mères, et quelques pères, solos à Maurice témoignent de ce même chantage : l’autre parent, parfois absent depuis des années, peut continuer d’exercer un pouvoir disproportionné simplement grâce à l’exigence de la double signature. «C’est une humiliation de plus, après des années de silence et d’abandon», confie un membre d’une ONG qui accompagne ces familles. «Ces parents doivent déjà se battre seuls et la loi leur impose d’aller supplier quelqu’un qui n’a jamais été là.»

La même législation qui bloque des enfants malades est aussi incapable de prévenir des drames. Un cas récent à Camp-de-Masque illustre cette contradiction criante.

Le dimanche 17 août, vers 9 heures, le petit R., 8 ans, élève de Grade 3, est parti assister à une prière dans sa localité. Une heure plus tard, sa mère, Karishma, a reçu un appel glaçant de son époux, Rajesh, 38 ans, avec qui elle est séparée depuis 2021 et en instance de divorce depuis février dernier. L’homme lui annonçait qu’il emmenait leur fils avec lui… en Allemagne.

Or, la garde légale de l’enfant a été confiée à la mère et aucun document n’autorisait ce départ. Malgré l’alerte transmise au Passeport and Immigration Office de l’aéroport, il était déjà trop tard : à 9 h 40, le père et le garçon avaient embarqué sur le vol Air France AF-473, direction Paris-Charles-de-Gaulle. Depuis, la mère, désemparée, attend le soutien des autorités pour récupérer son fils.

Ce contraste est saisissant : alors qu’une mère responsable se voit em- pêchée de sauver la vie de son enfant faute d’une signature paternelle, un autre père parvient à quitter le pays sans autorisation avec son fils, en toute impunité.

Selon plusieurs parents habitués à voyager seuls avec leurs enfants, les contrôles à l’immigration mauricienne sont quasi inexistants pour les mineurs. Une Mauricienne d’origine française témoigne : «Chaque fois que je voyage avec ma fille à Maurice, on ne vérifie pas les documents. En France, on me les demande toujours, mais jamais ici, ni à l’arrivée ni au départ.»

De son côté, la cellule de communication de la police (PPO) apporte une nuance juridique importante : «Le terme ‘kidnapping’ n’existe pas dans nos lois et ‘abducting’ ne veut pas dire ‘kidnapping’», précise-t-elle. Dans le cas présent, l’enfant n’aurait pas été «kidnappé» au sens strict, car aucune restriction légale ni mention officielle n’interdisait son père de le faire voyager. «Un mineur, pour obtenir un passeport, doit avoir la signature et le consentement des deux parents, en présence de la police. Mais lorsqu’il voyage avec son père ou sa mère, il n’y a pas besoin de lettre supplémentaire, sauf en cas d’interdiction judiciaire officielle. Si l’enfant s’était comporté de façon suspecte, le personnel aurait été alerté», ajoute la PPO.

Pour l’avocate Maître Anshi Cootthen, cette interprétation ne correspond pas au droit international. Maurice est signataire de la Convention de La Haye sur les aspects civils de l’enlèvement international d’enfants, intégrée dans la Civil Aspects of International Child Abduction Act 2000. Selon cette loi et la jurisprudence, un parent ne peut pas décider seul du lieu de résidence habituel d’un enfant lorsqu’un déplacement international est en jeu, au risque que celui-ci soit considéré comme un enlèvement d’enfant.

La ministre de l’Égalité des genres et l’Attorney General ont récemment reconnu la nécessité d’une réforme. Mais pour l’instant, rien n’a changé. Entre les enfants retenus prisonniers d’une signature et ceux enlevés à cause de contrôles laxistes, les failles du système continuent d’exposer les plus vulnérables. Et dans les deux cas, ce sont encore les enfants qui paient le prix le plus lourd.

Publicité