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Questions à…
Khushal Lobine : «Il faut aller plus loin et plus vite pour placer la méritocratie au cœur des nominations»
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Questions à…
Khushal Lobine : «Il faut aller plus loin et plus vite pour placer la méritocratie au cœur des nominations»
Khushal Lobine, leader de Nouveaux Démocrates.
? Neuf mois déjà au gouvernement : quel bilan dressez-vous, tant sur le plan politique que sur vos engagements envers vos électeurs ?
Neuf mois dans un mandat de cinq ans, c’est court, mais ils ont été intenses et riches en actions. Sur le plan politique, je retiens avant tout le travail accompli pour restaurer la démocratie et redonner toute sa noblesse à l’Assemblée nationale. Le rôle de speaker a retrouvé son importance et des institutions clés comme le bureau du DPP ont vu leur indépendance réaffirmée. Plusieurs textes législatifs majeurs ont été introduits : la Legal Aid and Legal Assistance Act, qui permet à plus de Mauriciens d’avoir accès à la justice ; le renforcement de la Financial Crime Commission Act avec de meilleurs outils anti-fraude. L’affaire du Reward Money illustre bien l’ampleur d’un système dont on a longtemps abusé.
Par rapport à mes électeurs, j’ai veillé à maintenir une proximité constante avec eux, à rester à leur écoute et à répondre à leurs préoccupations. En tant que leader de ND, j’ai sillonné le pays pour dialoguer avec le peuple et rencontrer la société civile avec un objectif clair: préparer la population à un nouveau contrat économique et social, où l’écologie ne serait pas une contrainte mais un moteur d’innovation, d’emplois et de résilience. Il ne s’agit pas seulement de verdir le capitalisme, mais de repenser les finalités mêmes de l’économie : produire pour vivre dignement et durablement, en harmonie avec la planète. Par ailleurs, notre mouvement a franchi un cap sur le plan organisationnel en structurant le parti autour de dix commissions thématiques – allant de l’agroécologie à l’innovation – et deux clubs dédiés à la démocratie, la méritocratie et l’environnement.
? Plusieurs voix critiquent la gestion de dossiers sensibles, comme les nominations aux postes-clés. Comment y répondez-vous et quelle est votre analyse ?
Les nominations aux postes-clés soulèvent légitimement des attentes élevées de transpa- rence et de mérite. Je comprends ces critiques et je pense qu’il faut aller plus loin et plus vite pour placer la méritocratie au cœur du processus. C’est pourquoi je soutiens pleinement la création d’un Appointments Committee indépendant, comme prévu dans le programme gouvernemental, qui aurait pour mission d’examiner chaque nomination sur la base de critères clairs et publics.
Un tel comité permettrait de réduire les soupçons d’ingérence politique et de garantir que chaque nomination repose sur la compétence et l’expérience. Ce modèle existe déjà dans plusieurs pays du Commonwealth, où il a prouvé son efficacité en renforçant la confiance des citoyens envers leurs institutions. Sa mise en œuvre à Maurice serait une réforme pragmatique, rapidement réalisable, et enverrait un signal fort : les postes publics ne doivent pas être des récompenses politiques, mais des responsabilités confiées à ceux qui en sont dignes.
Au-delà de cette mesure, mon souhait le plus cher reste la mise en place d’une Constitutional Review Commission. Elle constituerait le moteur d’une transformation systémique dans notre mode de gouvernance et offrirait un cadre solide pour accompagner les grands bouleversements politiques à venir. Être à l’écoute de notre peuple et renforcer nos institutions est essentiel si nous voulons tracer l’avenir de Maurice en tant qu’État océan, moderne et résilient.
? Votre parti semble plus discret que d’autres sur les nominations au sein des commissions et «boards» publics. Est-ce un choix stratégique ou une frustration silencieuse ?
Ce n’est ni un choix stratégique, ni une frustration. Notre objectif n’est pas de multiplier les présences dans les conseils d’administration ou commissions, mais de proposer une véritable alternance politique. Nous faisons entendre notre voix lorsque c’est nécessaire, pour rappeler que l’efficacité et la compétence doivent primer sur toute autre considération dans les choix de personnes aux postes-clés.
? Plus d’un an après sa création, où en est le développement de ND ? Quels sont aujourd’hui vos forces et vos points à améliorer ?
ND est né en avril 2024. En un peu plus d’un an, nous avons su nous imposer comme une voix crédible sur la scène politique. Notre principale force réside dans la jeunesse, le renouveau et la diversité. Près de 70 % de nos membres sont des jeunes, dont une majorité occupe des postes à responsabilité et la représentation féminine est significative. Cette combinaison apporte énergie, créativité et une vision qui résonne avec les préoccupations des Mauriciens d’aujourd’hui. Nous avons aussi tissé des liens avec des partis et mouvements à l’international – en Inde, au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni – ce qui nous enrichit d’expériences comparées. Ces échanges nourrissent notre réflexion sur les enjeux démocratiques, économiques et géopolitiques, et renforcent notre capacité à proposer des solutions adaptées à notre contexte.
Notre engagement repose sur une conviction forte : le modèle économique néolibéral et le capitaliste traditionnel montrent leurs limites. Lors de nos ateliers de travail, notamment avec nos jeunes militants, nous soulevons des questions fondamentales : pourquoi ce cycle économique semble toucher à sa fin ? Comment faire face à la montée des inégalités, aux crises économiques récurrentes, à la fragilité des chaînes mondiales, mais aussi à la quête de valeurs humaines dans l’économie ?
À partir de cette réflexion, nous avançons pas à pas, sans bruit mais avec efficacité, vers un nouveau paradigme : l’économie écologique. Nous défendons l’idée d’un modèle où l’écologie n’est plus un supplément ou une contrainte, mais bien le socle de la pensée économique. Une économie qui valorise la durabilité, l’innovation verte et la résilience. Il nous faut renforcer nos antennes régionales, former davantage nos jeunes démocrates et rendre nos propositions à la fois ambitieuses, compréhensibles et applicables. C’est un travail de fond que nous menons dans la discrétion et dans un dialogue constant avec la société civile.
Nous restons confiants : notre fondation est solide, nos idées sont en phase avec les aspirations de la jeunesse, et nous croyons profondément qu’en toute humilité, l’avenir appartient aux Nouveaux et Jeunes Démocrates.
? Des rumeurs persistantes évoquent des tensions entre des membres de votre parti et le ministre du Tourisme, Richard Duval. Que répondez-vous à ceux qui y voient un malaise interne ?
Je tiens à être très clair: il n’y a aucun malaise. Nous travaillons en bonne intelligence avec tous nos partenaires. Les divergences d’opinions, lorsqu’elles apparaissent, sont tout à fait normales dans un espace politique qui se veut démocratique et nouveau. Au sein de ND, nous défendons la liberté d’expression et le respect des opinions de chacun, même lorsqu’ils diffèrent. Nous assumons donc ce choix d’ouverture et de dialogue permanent. Là où certains y voient une source de tension, nous y voyons une opportunité : celle de montrer qu’un parti peut grandir en intégrant les différences plutôt qu’en les étouffant.
? En juin, vous aviez dénoncé le recul de l’âge d’accès à la pension de vieillesse à 65 ans, en plaidant pour que certaines catégories puissent y avoir droit dès 60 ans. Avec le recul, pensez-vous que le débat a été volontairement étouffé ?
Ce débat reste essentiel car il touche à la dignité de nos aînés et à la justice sociale. Certaines catégories – travailleurs manuels, employés ayant commencé très jeunes, femmes au foyer – ne peuvent être ignorées. Leur réalité exige une pension dès 60 ans. Ni la croissance à tout prix, ni la déréglementation n’apporteront de réponse durable aux défis sociaux et aux inégalités croissantes.
? Dans votre circonscription (n° 15), quels sont les problèmes les plus urgents qui vous sont remontés ? Comment y répondez-vous concrètement ?
La circonscription de La Caverne–Phoenix fait face à plusieurs défis : sécurité, lutte contre la drogue, urbanisation rapide, préservation des espaces verts et fluidité du trafic. Le métro a amélioré la mobilité mais a aussi défiguré certains quartiers et créé de nouvelles contraintes. Nous travaillons avec les autorités pour des aménagements routiers, des projets de revalorisation des espaces verts et un renforcement de la sécurité. Concernant la drogue, des actions de sensibilisation sont menées dans les écoles et les quartiers, avec un suivi accru des enquêtes. C’est un fléau national qui exige la mobilisation collective.
? La transparence et la bonne gouvernance reviennent souvent dans le débat public. Pensez-vous que Maurice se dirige vers plus d’intégrité… ou l’inverse ?
Nous sommes à un moment charnière. La bonne gouvernance ne doit pas seulement se limiter à éviter les dérives, mais impliquer une véritable planification à long terme, la reddition de comptes et la construction d’un climat de confiance entre l’État et les citoyens. Pour aller vers plus d’intégrité, transparence et mérite doivent devenir des réflexes dans toutes les décisions publiques.
Il faut aussi repenser notre modèle économique. Nous devons intégrer pleinement les enjeux environnementaux : encourager les investissements verts, soutenir les filières durables et adapter notre cadre réglementaire pour accompagner cette transition. Comme le disait Albert Einstein, «on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré». C’est en innovant, en alliant intégrité et vision écologique, que Maurice bâtira un avenir plus juste et durable.
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