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Culture et solidarité

Des étudiantes suisses au cœur de l’île Maurice profonde

14 août 2025, 13:35

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Des étudiantes suisses au cœur de l’île Maurice profonde

Elles ont traversé continents et océans pour voir au-delà de la carte postale. Cinq jeunes femmes, étudiantes en travail social, armées de conviction et de quatre valises pleines de dons, se sont immergées dans la réalité sociale de l’île, sans attendre l’aval de leur université.

Tout a commencé par une idée lancée au détour d’une conversation, presque en passant, «de manière fortuite». Mais ce qui n’était qu’une graine a germé avec soin : ventes de gâteaux sur les places de village, appels à la générosité d’entreprises et de particuliers. Plus de 5 000 euros récoltés, et au bout de cette chaîne de solidarité, un billet pour Maurice. Main dans la main voit le jour! (Instagram : maindanslamain_2025)

Express.mu (620 x 330) (1).png ■ (de g. à dr.) Tony Ah Yu, Charlotte Morisod , Elsa Wohlgemuth, Luana Panzera, Mallaury fracheboud , Veronique Lemessier (debout), le journaliste, Sara Costa et Sarah Mareux.

Luana Panzera, Charlotte Morisod , Sara Costa, Elsa Wohlgemuth et Mallaury fracheboud n’ont pas voyagé pour bronzer sur les plages. «C’est un cursus d’école, mais c’est un projet personnel faute d’autorisation de notre université», raconte Luana, sourire franc, débit rapide, très rapide. Dans leurs bagages, quatre valises de 23 kilos chargées de médicaments et de matériel, mais surtout une volonté : comprendre et aider.

image.png ■ Le tri des vêtements a été réalisé par le groupe à la Petite Maison du Resto du Cœur.

Sur place, un nom revient dans toutes les conversations : Véronique Lemessier, une Française qui a fini par tomber amoureuse de Maurice au point d’en faire sa demeure. Sans elle, avouent-elles, «on n’aurait rien pu faire». C’est elle qui a ouvert les portes, orienté les pas, mis en relation avec l’ONG les Restos du Cœur de Tony Ah-Yu et La Petite Maison de l’ONG, où Valérie Lemessier gère la boutique des vieux vêtements.

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Derrière la carte postale

Pourquoi l’île Maurice ? La réponse fuse : «L’île est connue pour sa riche culture diversifiée où plusieurs religions cohabitent.» Mais dès les premiers pas en dehors des zones touristiques, le décor change. «La plupart des touristes longent le littoral et rentrent moins dans les terres.»

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Elles, au contraire, ont plongé dans l’envers du décor. Certaines n’ont pas été surprises : un travail de préparation en amont leur avait permis d’anticiper la rencontre avec la pauvreté.

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Un après-midi, elles frappent à la porte d’une maison où vivent huit enfants. Personne ne répond. La voix d’Elsa Wohlgemuth, encore troublée, raconte : «Les enfants ne voulaient pas ouvrir, car ils croyaient que c’était la Child Development Unit.» Cette peur bleue des autorités les bouleverse.

«En Suisse, c’est différent», explique Mallaury fracheboud . L’Office de la protection de l’enfance y privilégie l’accompagnement : «Certaines familles sont accompagnées pendant au moins deux ans» avant d’envisager un retrait. Même l’intégration professionnelle prend d’autres visages : «Ce supermarché emploie des gens autrement capables pour travailler», cite Sara Costa en référence à La Coop.

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Les rencontres qui marquent

Il y a eu la journée avec l’association Midas. Sous les arbres, parents et enfants assis en cercle. Les voix s’élèvent, d’abord timides, puis franches, sur des sujets souvent tus : la sexualité, la parentalité, l’éducation. «Sans tabou», insiste Véronique. «Ce fut un moment chargé d’émotion.»

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Il y a eu aussi ce regard, cette main tendue, ces rires éclatants malgré tout. Et puis, il y a eu Sarah Maureux. Très belle infirmière réunionnaise, en voyage sur l’île pour voir ses parents, croisée par hasard. Séduite par l’esprit du projet, elle ne les quittera plus. Elle devient une de leurs voix, une de leurs forces.

Elles se sont méfiées des images toutes faites : «On ne voulait pas arriver avec ce stéréotype de blancs qui viennent vivre la misère des Mauriciens et leur donner un petit quelque chose pour ensuite repartir», insiste Luana.

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Elles ont voulu que chaque euro, chaque geste ait du sens. Elles ont voulu comprendre qui elles aidaient, et pourquoi.

Au retour, un autre voyage

Leur observation finale est lucide: «La plupart des gens rencontrés sont issus de la communauté créole, même si la misère et la précarité ne sont guère la chasse gardée de quiconque», reconnaît Charlotte Morisod .

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Quand elles rentreront en Suisse, un autre voyage commencera : celui des mots, du récit, du témoignage. Devant leurs professeurs, elles dérouleront les images, les émotions, les visages.

Car pour elles, cette mission n’est pas une parenthèse. C’est un jalon. «Nous avons été vraiment touchées au plus profond, et cette dévotion envers les plus vulnérables est une vocation, d’où ce choix de carrière», conclut Luana.

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