Publicité

Objectif 60 % d’énergies renouvelables

L’échéance reportée à 2035 avec un nouveau plan «réaliste»

13 août 2025, 13:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

L’échéance reportée à 2035 avec un nouveau plan «réaliste»

■ La MARENA et le ministère de l’Énergie ont organisé, lundi, à Balaclava, un atelier lançant la validation du Plan stratégique pour les énergies renouvelables.Photo: Aurélio Prudence

La Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA) a organisé, le lundi 11 août, à l’«Ocean’s Creek Beach Hotel» de Balaclava, en collaboration avec le ministère de l’Énergie et des Services publics, un atelier marquant le début de la validation du Plan stratégique pour les énergies renouvelables.

L’objectif du plan stratégique pour les énergies renouvelables est de définir une trajectoire réaliste pour la transition énergétique du pays. Les consultants, qui ont commencé à y travailler en novembre 2024, ont déposé une proposition préliminaire, qui a été discutée lors de l’atelier de lundi. Le rapport d’évaluation du potentiel des énergies renouvelables (RE Potential Assessment Report) et le Plan stratégique (RE Strategic Plan) ont été présentés par le lead consultant Fareed Jaunbocus, Chief Executive Officer de Strategos Ltd.

Lors de la cérémonie d’ouverture de l’atelier, le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, a annoncé un «reset» stratégique de l’objectif des 60 % d’énergies renouvelables de 2030 à 2035. «L’objectif des 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, tel qu’annoncé par l’ancien ministre de l’Énergie et cautionné par l’ancien Premier ministre, était une illusion politique. Un horizon irréaliste, vendu sans tenir compte des contraintes financières, techniques et logis- tiques. Ce cap était un mirage.»

Si le ministre maintient la cible de 60 %, il estime toutefois que l’échéance de 2030 est inatteignable : «Ni les moyens financiers ni l’in- frastructure actuelle ne le permettent.» Le nouveau cap a donc été fixé à 2035. «Il ne s’agit pas de reculer mais de construire un avenir solide, sur un calendrier fondé sur la rigueur et la capacité d’exécution», rassure-t-il. «Ce report des objectifs vise à repositionner nos ambitions dans un cadre réaliste et réalisable.» Il n’a pas mâché ses mots sur la gestion précédente. «Rien n’a été fait durant ces dernières années… L’énergie renouvelable a reculé.» En 2014, l’énergie renou- velable représentait 20,3 % du mix électrique ; en 2023, 17,6 % ; et en 2024, 18,2 %. Cela, malgré les an- nonces d’investissements de Rs 50 milliards, souligne-t-il.

Pour redresser la barre, le ministre Assirvaden appelle à concrétiser les projets dans les délais. «Il faudra un jour ou l’autre tourner la page sur le charbon. Les seuls qui en brûlent encore sont les IPP. Nous devons les accompagner vers un phaseout progressif.» Le ministère mise sur la biomasse, en privilégiant les copeaux de bois comme source d’énergie. Les producteurs indépendants (IPP) tels que Terra, Alteo et Omnicane ont déjà entamé cette transition. Mais le charbon reste indispensable pour la rentabilité de la bagasse ; il faudra donc trouver des alternatives viables. «Les banques ne veulent plus financer le charbon», rappelle le ministre. Pour réussir cette transition, il faudra augmenter la part de biomasse et celle des énergies renouvelables.

En sus d’une série de projets, qui seront mis en œuvre pour répondre à la demande croissante en électricité tout en accompagnant la transition énergétique, le ministre annonce la révision des PPA signés il y a 20 ans, qui ne sont plus bankable ni d’actualité. «À mon arrivée au ministère, il y avait environ 250 à 300 mégawatts de projets d’énergies renouvelables in the pipeline. Certains sont là depuis quatre ou cinq ans alors qu’ils étaient censés être opérationnels en 15 à 18 mois, mais ils restent bloqués au stade des permis. Il n’est pas acceptable qu’un promoteur identifie un site en annonçant une production sous 18 mois, puis, trois ou quatre ans plus tard, ce site ne soit toujours pas raccordé au réseau, invoquant des difficultés de permis ou le caractère agricole du terrain. Nous avons un gros problème lié à la gestion des terrains et il est indispensable que nous recon- sidérions toutcela.»

La «roadmap 2020-2030» sans plan stratégique depuis 2023

Si le ministre a fixé le cap politique et les priorités, la MARENA se charge de traduire cette vision en un cadre structuré. Toutefois, comme le rappelle Khalil Elahee, selon la MARENA Act, un plan stratégique pour les énergies renouvelables doit être élaboré tous les cinq ans. Le dernier plan, soumis en 2018, a expiré en 2023. Ainsi, depuis deux ans, le pays évolue sans plan stratégique, mais ce qui est encore plus préoccupant, c’est que ce plan précédent a été très peu appliqué. À son terme, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique était tombée à un niveau historiquement bas de 17,6 %.

Normalement, un plan stratégique doit précéder une roadmap pour en définir les grandes orientations. Or, la situation actuelle est paradoxale : une roadmap 2020- 2030 existe, mais aucun plan stratégique depuis 2023 – et encore moins un cadre stratégique – n’est réellement appliqué. «Normalement, un plan stratégique précède une feuille de route. Le premier définit les grandes orientations ; le second est l’outil opérationnel, avec les jalons, projets, délais, ressources et répartition des tâches. La roadmap ne traitera pas seulement l’urgence actuelle, comme la forte demande record en été, mais aussi des enjeux à moyen et long termes.»

Vers une nouvelle feuille de route

L’atelier de validation du Plan stratégique pour les énergies renouvelables 2025-30 marque ainsi le coup d’envoi officiel du processus. Déjà, de nombreux retours de parties prenantes ont été recueillis et d’autres forums seront organisés dans les prochaines semaines pour permettre à tous les acteurs concernés d’apporter leur contribution. D’ici trois semaines, les consultants remettront leur rapport final, intégrant l’ensemble des points de vue, idées et recommandations exprimés. Ce document servira de base à l’élaboration d’une feuille de route, qui précisera les projets concrets, les responsabilités et le calendrier de mise en œuvre d’ici 2035.

«L’échéance de 2030 est déjà derrière nous… L’avenir dépend de ce que nous déciderons aujourd’hui.» Pour Khalil Elahee, cette étape est incontournable : «Un plan stratégique doit être la première étape. Dans trois semaines, nous aurons le rapport final des consultants, prenant en compte les contributions de toutes les parties prenantes.» Il insiste également sur l’importance du suivi, rappelant que l’évaluation et le suivi des progrès sont souvent négligés.

Pour sa part, le ministre Assirvaden insiste sur la nécessité de rompre avec l’approche purement bureaucratique du plan stratégique. «Un plan stratégique doit être un outil opérationnel, un catalyseur de changement. La page des promesses creuses est tournée ; ce reset marque le début d’une nouvelle ère énergétique.»

Publicité