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Comment faire face à une menace de «black-out» ?

20 août 2025, 17:00

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Comment faire face à une menace de «black-out» ?

[Photo illustration].

Il est de ces mots qui nous hantent, comme «black-out». Le spectre d’un tel phénomène ne disparaît pas facilement de nos esprits. Même lorsqu’il s’agit d’un risque de «load shedding» ou délestage – coupure partielle et temporaire –, nous parlons toujours de «black-out». Essayons donc d’exorciser cette peur en voyant ce qu’il nous faut faire.

D’abord, ce que nous craignons réellement est un déficit instantané entre la demande et la fourniture d’électricité. Il peut survenir aux heures de forte consommation, notamment lors de l’usage massif des climatiseurs dans tout le pays. Nous en importons plus de 100 000 chaque année. Le manque d’électricité pourrait arriver un jour de semaine, entre six et neuf heures du soir, lorsque la chaleur estivale deviendra intolérable. L’humidité aggrave encore la situation. Or, pour se préparer au pire, il sera trop tard si nous attendons la période estivale. Regardons comment, nous consommateurs, nous pouvons agir dès maintenant pour nous y préparer. D’ailleurs, il fait déjà chaud par moments dans certains lieux, même en ces jours d’hiver.

?1. Gérer notre demande

Un ancien vice-chancelier de l’université de Maurice disait il y a presque 50 ans : «One can fuel some people all of the time; one can fuel all people some of the time; but one cannot fuel all people all of the time.» Aujourd’hui plus que jamais, il faut cesser non seulement tout gaspillage, mais aussi utiliser l’électricité efficacement. Nous ne pouvons pas nous attendre à appuyer sur un bouton et avoir du courant électrique à volonté, et qui plus est à bon marché et sans impact sur l’économie, notamment à cause de notre dépendance aux importations. Que de devises étrangères gaspillées à chaque gaspillage ! Sans même parler des effets de la production électrique à partir d’énergies fossiles sur la santé, l’environnement et le climat. Soyons sobres, responsables et consciencieux comme consommateurs d’électricité… et la moitié de la bataille contre le soi-disant fantôme du «blackout» sera gagnée.

Concrètement, il faut éteindre les lampes non essentielles, particulièrement aux heures de pointe. En cas de délestage, nous serons mieux armés, car nous aurons adopté les bons gestes. S’il faut utiliser la climatisation, faisons entretenir les appareils avant l’été. Si l’on doit en acheter, choisissons un modèle peu énergivore en nous référant aux labels d’efficience énergétique. Surtout, réglons la température à 24 °C ou plus. Il est drôle d’en parler en ces jours d’hiver, mais le froid que nous connaissons actuellement – pas partout – ne devrait-il pas nous apprendre à éviter les abus, comme chercher une température intérieure de 17 °C en été avec la climatisation ?

Si l’hiver actuel nous empêche de sortir, ne doit-on pas penser à se rattraper en été en favorisant les activités en plein air ? N’estce pas les bâtiments en béton entourés de rues bitumées qui font monter la température, ainsi que l’humidité ambiante ? Ne faut-il donc pas construire autrement désormais et s’habituer à une meilleure ventilation naturelle, en été évidemment ? Planter des arbres pour abaisser la température de nos infrastructures, et ainsi réduire le besoin de climatisation, qui dépend souvent des énergies fossiles, est aussi essentiel.

?2. Le pré-refroidissement («Pre-cooling»)

Ce concept est plutôt nouveau chez nous, mais il peut nous aider en été à refroidir un bâtiment ou un espace avant la période de forte demande électrique du soir. Par exemple, si nous empêchons la chaleur de s’accumuler dans une pièce durant l’après-midi grâce à des rideaux ou même un usage modéré de la climatisation, la charge à refroidir pendant les heures de pointe sera moindre. Il faut aussi préférer les ventilateurs, les air coolers mais aussi les dehumidifiers à la climatisation conventionnelle, extrêmement énergivore. Réfléchissons même aux vêtements que nous portons, car il n’y a aucun sens à s’habiller en trois-pièces qui nous chauffe en été, pour ensuite devoir mettre la clim à fond !

Avec le changement climatique, beaucoup de villes et pays ont développé des plans canicules. Inévitablement, pour sauver des vies, la climatisation devra être irréprochable dans des endroits comme les hôpitaux, les maisons de retraite ou les lieux où les personnes vulnérables font la queue. Alors pourquoi ne pas concevoir le design de ces infrastructures en misant sur le pre-cooling, si ce n’est pas toujours possible de dépendre d’un conditionnement naturel ou bioclimatique ? Il faut se prémunir contre des vagues de chaleur soudaines.

?3. Solaire + batteries

Si les gens en ont les moyens, il est recommandé d’installer des panneaux photovoltaïques alimentant des batteries qui pourront servir aux heures de pointe. Les prix de ces technologies ont fortement baissé récemment et elles peuvent aussi maintenir une autonomie en cas de panne du réseau, en été comme en hiver. En cas de load shedding, ces foyers seront épargnés. De plus, une fourniture continue est possible si ces systèmes sont résilients et bien installés, même en cas de cyclone. Aujourd’hui, c’est un atout indispensable, car les systèmes de télécommunication, y compris internet, en dépendent. Pour amortir les coûts, il faut planifier intelligemment la connexion des appareils et autres équipements essentiels, voire davantage, à une source solaire avec batterie afin de pouvoir faire face à toute éventualité. Il est aussi important de rappeler que les véhicules électriques doivent être alimentés uniquement avec du solaire, et certainement pas aux heures de pointe à partir du réseau.

Peu répandus ici, voire quasi inconnus, les systèmes de climatisation dits «solar cooling», à ne pas confondre avec des panneaux photovoltaïques alimentant des climatiseurs classiques, offrent une excellente opportunité de maximiser l’énergie propre du soleil pour refroidir nos bâtiments. Même s’ils ne sont pas pratiques pour les petites installations, dans certains immeubles, blocs d’appartements, logements sociaux ou usines, ce type d’innovation réduit la pression sur le réseau électrique aux heures de pointe.

?Conclusion

Tout cela souligne l’urgence et l’importance d’un engagement citoyen des consommateurs pour affronter un possible délestage cet été, soit dans quelques semaines, car avec le dérèglement climatique, le temps est plus imprévisible que jamais. Les autorités feront ce qu’elles peuvent, ou non, mais il revient à chacun d’entre nous de se prémunir contre une coupure. Bien engagés, les consommateurs, devenus peut-être «consommacteurs» (ou prosumers en anglais) s’ils produisent aussi de l’électricité, peuvent non seulement aider le pays, mais également faire un bénéfice financier durable et devenir plus, voire totalement, autonomes.

Et si tout le monde est sensibilisé et agit promptement dans le sens d’une vraie culture de sobriété énergétique, il se peut que le délestage ne soit pas indispensable. C’est un peu le paradoxe de la prévention : le succès d’une gestion de la demande rendant négligeable le risque initial. Cela ne doit pas donner l’impression que l’effort de prévention est facultatif. La peur du «black-out» peut-elle devenir une prophétie auto-réalisatrice inversée, empêchant non seulement sa réalisation, mais surtout celle du délestage tant anticipé, qui est un scénario plus probable qu’un black-out total ?

Car, pour être honnête, dans notre pays, il n’y a eu de vrais black-out que pendant de grands cyclones et de très rares incidents techniques engendrant des cascade failures, comme une fois en 2010. Parfois, malheur est bon : l’État d’Australie du Sud, par exemple, a fait un bond dans la part des énergies renouvelables, passant de 4 % à plus de 70 % aujourd’hui, suite aux leçons tirées d’un authentique black-out électrique lié à une forte tempête en 2016. Aujourd’hui, une maison sur deux y produit sa propre électricité à partir du solaire. Et si c’était cela qu’il fallait pour nous réveiller… un vrai black-out ?

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