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Production d’électricité

Le bambou, un souffle vert qui renaît entre défis et espoirs

11 août 2025, 16:00

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Le bambou, un souffle vert qui renaît entre défis et espoirs

■ Selon Sen Carooppunnen, le projet de «Beema Bamboo» est prêt à passer à une nouvelle étape après des projets pilotes concluants.

Produire de l’électricité à partir de ressources locales tout en favorisant une économie circulaire : c’est l’ambition du projet porté par Sen Carooppunnen, Chief Executive Officer (CEO) de Gruna Corporation. Ce projet vise à cultiver du bambou pour remplacer le charbon dans la production d’électricité propre, tout en valorisant les déchets solides pour fabriquer du top soil, évitant ainsi leur enfouissement au site de Mare-Chicose.

«Financée par Vassili Group, basé à Londres, via Gruna Corporation, cette initiative représente un investissement total estimé entre 390 et 425 millions d’euros (entre environ Rs 20,6 milliards et Rs 22,4 milliards selon le taux de change du jour)», avance Sen Carooppunnen. Annoncé en 2022, ce projet revient sur le tapis avec de nouveaux espoirs mais aussi des défis. La progression du projet, depuis 2022, a rencontré plusieurs obstacles. Selon le CEO, le manque de volonté politique constitue un frein majeur. À cela s’ajoute une confiance limitée dans le système financier, aggravée par la dégradation de la roupie mauricienne, ainsi qu’une insécurité perçue autour des investissements.

Malgré ces défis, des avancées ont été accomplies. «Nous avons obtenu la certification non invasive du Beema Bamboo par le National Plant Protection Office», explique Sen Carooppunnen. «Nos tests ont démontré que cette biomasse locale possède une valeur calorifique équivalente à celle du charbon, avec des récoltes de 50 à 55 tonnes par arpent. Les plants peuvent atteindre entre dix et 12 mètres de hauteur, chaque tige pesant entre 12 et 18 kilos. Cela rassure quant à la disponibilité locale de la matière première.» Cette année, le projet franchit une nouvelle étape. «Après des projets pilotes concluants, nous sommes prêts à développer une centrale de 70 mégawatts capable de fonctionner 8 000 heures par an. En matière d’approvisionnement et de financement, tout est désormais en place pour avancer», souligne-t-il.

Concernant l’intérêt et l’implication du gouvernement ainsi que du secteur privé dans le projet, Sen Carooppunnen indique que le gouvernement formé en novembre 2024 a reconnu l’importance de la biomasse en tant que meilleur absorbeur de dioxyde de carbone (CO2 ). Cette orientation permet de conjuguer deux leviers de valeur à la fois agricole et financière, notamment via le crédit carbone. En revanche, le secteur privé, observe-t-il, reste encore largement focalisé sur les énergies intermittentes telles que le solaire.

Des bénéfices concrets

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L’initiative de plantation de bambou devrait apporter plusieurs bénéfices concrets sur le plan environnemental, indique l’initiateur du projet. Tout d’abord, souligne-t-il, elle contribuera à améliorer l’Environmental Performance Indicator (EPI) de Maurice, qui a connu une forte baisse selon le dernier rapport de la Banque mondiale. Grâce à son fort taux d’absorption de CO2 , le bambou accélérera le processus de photosynthèse, favorisant ainsi une meilleure qualité de l’air. Par ailleurs, cette culture est respectueuse de la biodiversité locale, n’impactant pas négativement la flore et la faune mauriciennes. Au contraire, la réduction du dioxyde de carbone dans l’atmosphère favorisera une production accrue d’oxygène, contribuant à une atmosphère plus saine. Enfin, cette démarche devrait entraîner une diminution des polluants dans l’environnement.

Alternative durable au charbon

Comment ce projet s’inscrit-il dans l’objectif du gouvernement de porter à 60 % la part des énergies renouvelables d’ici 2030 ? Sen Carooppunnen soutient qu’en installant dix sous-stations, chacune avec une capacité de 20 mégawatts par an, l’île pourrait atteindre une production de 200 mégawatts à partir de biomasse d’ici trois ans, représentant environ près de 39 % de la consommation annuelle de Maurice en 2029. Le projet prévoit de démarrer avec une capacité initiale de 70 mégawatts par an, une étape jugée réaliste et essentielle pour atteindre ces objectifs.

Concernant son rôle dans le mix énergétique mauricien, le CEO souligne que le Beema Bamboo, grâce à sa capacité de production annuelle régulière et à son système de cogénération conforme aux normes européennes, constitue une alternative solide et durable au charbon. De plus, les résidus biodégradables issus du processus apportent un bénéfice économique pour les agriculteurs locaux. En s’inscrivant dans une logique d’économie circulaire, cette biomasse participe efficacement à la lutte contre le réchauffement climatique et représente une solution pérenne pour Maurice. Parallèlement, le projet pourrait intégrer des planteurs et des coopératives agricoles, renforçant ainsi l’économie locale.

Face à une demande en électricité qui dépasse actuellement la capacité installée, entraînant coupures et solutions temporaires, le projet de bambou présente une réponse prometteuse nous fait-il comprendre. «Produisant de l’énergie pendant 8 000 heures par an, comme le charbon, cette biomasse permettra de réduire, puis d’éliminer l’usage du charbon. De plus, sa production locale, proche des points de raccordement, permettra de stabiliser le réseau en réduisant les pertes liées à la transmission.»

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Aux dires de Sen Carooppunnen, le coût de production de l’électricité à partir du bambou est à la fois inférieur et plus durable comparé aux autres sources d’énergies renouvelables. La culture industrielle de bambou, dit-il, présente des avantages significatifs pour la biodiversité et l’utilisation des sols. «Le bambou employé n’est ni une graminée ni une plante invasive, ce qui limite sa propagation incontrôlée. De plus, cette variété ne possède pas d’épines et nécessite très peu d’engrais, réduisant ainsi l’impact sur les sols. Les résidus issus de la culture sont entièrement biodégradables et participent à une gestion écologique des déchets.» De plus, «avec un bon programme de boisement sous la direction du ministère de l’Agriculture et de la faune et de la protection nationale des végétaux, Maurice en bénéficiera beaucoup, financièrement, écologiquement ainsi que son image de marque, le Greening Mauritius».

Pour accélérer la mise en œuvre de ce projet ambitieux, Sen Carooppunnen insiste sur la nécessité pour le gouvernement de faciliter l’accès aux terres agricoles et de simplifier les procédures liées aux droits de raccordement au réseau électrique. Du côté du secteur privé, ajoute-t-il, il voit un potentiel réel, notamment pour la revente locale d’un surplus de biomasse, marché qu’il juge suffisamment prometteur. Regardant vers l’avenir, il se montre optimiste. «Dans huit à dix mois, Maurice pourra devenir un modèle en matière de biomasse pour l’Afrique et les îles sœurs. Une nouvelle ère s’ouvre pour l’île ; une nouvelle économie est en marche.»

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