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80 bougies pour la société Oy King Sar Chan

Banquet culturel et encore plus d’ouverture sur le monde

9 août 2025, 18:00

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Banquet culturel et encore plus d’ouverture sur le monde

Yves Chan Kam Lon.

Août est un mois festif pour la société Oy King Sar Chan car il marque son 80ᵉ anniversaire. Malgré son grand âge, cette société s’est constamment renouvelée. À ses débuts, elle fonctionnait comme une mutuelle, accueillant les immigrants du clan Chan et les soutenant jusqu’à ce qu’ils soient autonomes. À partir de 2004, sous l’impulsion d’Yves Chan Kam Lon, ancien directeur de la Bibliothèque nationale, devenu secrétaire exécutif, elle a pris une orientation plus culturelle et s’est davantage ouverte sur le monde. Depuis 2024, il en est le président.

Le premier président de la société Oy King Sar Chan, Chan Youn Move, avait fui la Chine pour Maurice après le conflit armé opposant le Kuomintang au Parti communiste chinois, qui vit la victoire de ce dernier. De nombreux Chinois lui emboîtèrent le pas, se montrant ouvertement pro-Taiwan, où d’ailleurs plusieurs membres du Kuomintang trouvèrent refuge.

Peu après son arrivée à Maurice, Chan Youn Move a fondé la société Oy King Sar Chan, avec pour objectif d’accueillir les immigrants du clan Chan, leur offrant le gîte et le couvert jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de se débrouiller par euxmêmes. «Cette société a joué le rôle d’une Chambre de commerce chinoise», raconte Yves Chan Kam Lon, précisant que le premier président de la Chambre de commerce chinoise, fondée en 1908, était aussi un Chan : Chan Wan Yee.

? Immigration chinoise en quatre vagues

À cette époque, la société possédait alors un bâtiment à rue La Reine où elle pouvait loger jusqu’à une douzaine de familles ayant fui la Chine.Yves Chan Kam Lon, qui est féru d’histoire, rappelle qu’il y a eu quatre vagues d’immigration chinoise à Maurice. Les premiers sont arrivés comme esclaves, les seconds comme ouvriers du bâtiment. Il y a ensuite eu les laboureurs recrutés après la suspension de l’engagisme indien. Les derniers sont venus en tant qu’hommes et femmes libres.

Au fil du temps, l’île est devenue un point de transit pour les membres du clan Chan, certains s’y installant, d’autres poursuivant leur route jusqu’à La Réunion ou Madagascar. Les Chan restés à Maurice s’éparpillèrent dans l’île. Ceux qui ne s’installaient pas à Port-Louis ouvraient leurs commerces dans les régions rurales. Ils se rendaient à PortLouis uniquement pour s’approvisionner, entreposant leurs marchandises dans le bâtiment que la société mettait à leur disposition et les distribuait dans leurs boutiques.

La société avait aussi un rôle social : tous les dimanches, les Chan se retrouvaient pour jouer au mah-jong ou aux cartes chinoises, échanger des nouvelles de Chine ou encore organiser des événements communautaires.

Installée aujourd’hui au 23, rue Léoville l’Homme à Port-Louis, la société Oy King Sar Chan a aussi servi de maison funéraire (Kit Lok) en cas de décès, tout comme elle a servi de relais pour la distribution des cartes de mariage. «Elle recevait alors les Foong Pao qu’elle remettait aux mariés et agissait comme intermédiaire. Parfois, l’époux.se, vivant à la campagne, quittait la société pour aller se marier à l’État civil.»

Oy King Sar Chan a été la première société chinoise à Maurice à posséder un téléviseur, accueillant même des membres d’autres clans pour regarder les programmes et autres films. La société affichait aussi son soutien au Kuomintang par des manifestations à l’occasion de l’anniversaire de la République de Taïwan.

Yves Chan Kam Lon s’est longtemps tenu à l’écart de la société, estimant que les réalités avaient changé pour les nouvelles générations. Il finit par s’y engager en 2004, à la demande de la mère de l’ancien Attorney General Emmanuel Leung Shing, inquiète du désintérêt croissant pour la société.

? Une seule Chine

À son arrivée à l’exécutif, il a prôné l’ouverture. «Nous n’étions plus pro-Taiwan et nous reconnaissions une seule Chine. Les anciens ont protesté, mais j’ai expliqué que nous étions rejetés par l’ambassade de Chine, sans aucune attache. Ils ont fini par accepter.» Ainsi, pour les 60e et 70e anniversaires, l’ambassadeur de la République populaire de Chine a été invité, soit les titulaires Meng Shui et Lili.

Yves Chan Kam Lon a également modifié les statuts de la société pour l’ouvrir aux femmes. «Jusqu’ici, la société était réservée aux hommes. J’ai modifié les statuts pour permettre l’adhésion des femmes. Plusieurs ont rejoint la société, même si aucune ne s’est encore portée volontaire pour siéger sur l’exécutif.»

Il a aussi fait inscrire dans les statuts de la société l’obligation d’organiser deux cérémonies annuelles en hommage aux ancêtres et de célébrer chaque Fête du Printemps. De plus, chaque Chan se distinguant dans les domaines sportif, éducatif ou social est honoré.

La société regroupe environ 3 000 membres Chan à Maurice mais ils sont 80 millions de Chan à travers le monde. «Et dans chaque pays où ils sont installés, il existe une société équivalente. Nous développons des liens avec elles.»

Le comité exécutif de la société Oy King Sar Chan est composé de neuf membres et se réunit mensuellement. Les réunions se multiplient lors de grandes occasions, comme pour l’organisation du banquet culturel, prévu demain soir, au Centre culturel chinois de Baiedu-Tombeau. Le président Chan Kam Lon et son équipe ont mis les petits plats dans les grands pour cet événement. L’invité d’honneur sera le président de la République, Dharam Gokhool, qui sera entouré par de nombreuses personnalités politiques.

? Magazine souvenir

Au programme, la société a prévu un spectacle du Wuji Lion and Dragon Group dont les danseurs exécuteront la danse du Lion et du Dragon, des danses par les élèves du Centre Ming Tek et de la Hua Xia Chinese School de Beau-Bassin, un tour de chant de Pecos et de M. Wong. Un des temps forts de cette soirée sera la remise de trophées à trois Sino-Mauriciens décorés par la République, à savoir le Dr Pierrot Chitson, engagé dans la lutte contre les maladies chroniques, Dorine Fong Weng-Poorun, secrétaire au bureau du Premier ministre et l’ancienne juge Ah Foon Chui Yew Cheong, actuellement à l’étranger. Dorine Fong Weng-Poorun réceptionnera le trophée pour cette dernière. «Nous voulons montrer que la société Oy King Sar Chan est tournée vers l’ouverture et qu’elle honore les Sino-Mauriciens brillants», déclare Yves Chan Kam Lon.

Autres moments phares de cette soirée, le lancement d’un magazine souvenir de 70 pages, la coupe du gâteau d’anniversaire et la remise de certificats d’appréciation aux familles des 15 anciens présidents de la société. Chaque moment fort sera immortalisé par une photo souvenir. Le dîner sera royal, composé de huit plats chinois traditionnels, incluant les nouilles de longévité. Le dessert sera préparé par France Délice.

Yves Chan Kam Lon souhaite inciter les jeunes à retrouver leurs racines aux Archives nationales. «Les documents existent, il faut les retrouver. Peu de jeunes Chan connaissent leur arbre généalogique. J’ai retrouvé le mien, enterré dans le jardin familial depuis la première génération, à Meizhou, anciennement Moyen. Il ne me reste qu’à le faire traduire.» Il ambitionne aussi d’internationaliser la société et de demander au gouvernement, notamment au ministre des Arts et de la Culture, de faire inscrire toutes les sociétés chinoises du pays au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

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