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Moody’s : Un sursis conditionnel pour l’économie
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Moody’s : Un sursis conditionnel pour l’économie
La dernière évaluation de l’agence Moody’s, maintenant la note souveraine de Maurice à Baa3 avec perspective négative, n’est pas encore une dégradation. Mais elle sonne comme un avertissement clair : le pays reste sous surveillance étroite, suspendu à sa capacité réelle de réforme.
Le rapport souligne les atouts connus de Maurice : un environnement économique relativement stable, une diversification modérée et une gouvernance jugée globalement efficace. Pourtant, derrière les formules diplomatiques de Moody’s se cache un constat plus sévère. L’économie demeure structurellement vulnérable – avec un endettement public élevé, un déficit chronique et des faiblesses héritées de pratiques budgétaires douteuses sous le précédent gouvernement.
L’audit publié fin 2024 constitue une rupture de confiance. Les révisions à la hausse de la dette publique et la réévaluation à la baisse des chiffres de croissance attestent d’une politique économique trop souvent guidée par des artifices comptables et un déni prolongé de la réalité. Maurice a voulu croire qu’elle pouvait retarder l’échéance sans en payer le prix. Ce temps est révolu.
L’agence met en avant les réformes proposées dans le Budget 2025-2026, notamment l’alignement progressif de la pension universelle (BRP) sur l’âge légal de la retraite. Une mesure impopulaire, mais nécessaire : les dépenses liées à la BRP ont doublé depuis 2019 et pèsent lourdement sur les finances publiques. On devrait saluer ce choix courageux, tout en rappelant que l’équation politique reste fragile. L’élargissement de l’assiette fiscale, la suppression d’exonérations ciblées et la création d’une taxe minimale sur les hauts revenus pourraient alimenter la grogne.
On devrait aussi mettre en doute l’optimisme du gouvernement quant à la croissance projetée (3,7 % à 4 %), dans un contexte d’austérité naissante, de consommation atone et de fragilité externe persistante. Moody’s elle-même reconnaît les risques d’un ralentissement si les ajustements budgétaires venaient à brider la relance.
Moody’s accorde à Maurice une ultime fenêtre de crédibilité. Mais le temps des illusions est passé. Si les réformes échouent ou si la rigueur budgétaire s’efface au profit du populisme, la dégradation ne sera plus une menace : elle deviendra inévitable.
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