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«Wakashio», cinq ans après
La mémoire d’une marée noire toujours vive à Mahébourg
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«Wakashio», cinq ans après
La mémoire d’une marée noire toujours vive à Mahébourg
Une nouvelle plaque commémorative a été placée mercredi sur le Mahébourg Waterfront afin de ne pas oublier ce désastre écologique et économique.
Cinq ans plus tard, les images sont encore ancrées dans les mémoires. Celles de ces mères, ces pères et ces enfants, les mains noircies de fioul, unis dans un même élan : fabriquer des bouées artisanales à partir de filets, d’herbe sèche, d’aiguilles et de chardons pour tenter de contenir le déversement d’hydrocarbures dans le lagon du sud-est. Le 6 août 2020, le vraquier Wakashio s’éventrait sur les récifs de Pointe-d’Esny, libérant des tonnes de fioul. Ce jour-là, la solidarité citoyenne a changé la trajectoire d’une catastrophe écologique.
Le mercredi 7 août, au Mahébourg Waterfront, c’est cette mémoire que le conseil de district de Grand-Port et Rezistans ek Alternativ ont voulu honorer. Symboliquement, des bouées semblables à celles confectionnées à l’époque ont été jetées à la mer lors d’une cérémonie empreinte d’émotion. Un moment pour raviver les souvenirs, mais aussi pour rappeler les combats toujours en cours. Parmi les temps forts : la réinstallation d’une plaque commémorative, enlevée par l’ancien gouvernement, a été dévoilée par le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron. «C’est ici, à Mahébourg, que l’espoir a jailli au cœur du désespoir. Des gens ont pris leurs bateaux, leurs seaux, leurs mains pour sauver ce qui pouvait l’être», a-t-il rappelé, visiblement ému. Il a également salué les efforts de tous ceux qui ont campé sur place, jour et nuit, du 6 août au 12 septembre 2020.
Pour Dany Marie, membre de Rezistans ek Alternativ, ces bouées représentent bien plus qu’un outil de sauvetage. «Chacune d’elles raconte une histoire de courage. Merci à tous ceux qui ont cousu, ramassé, assemblé.» David Sauvage, autre figure du mouvement, a, lui, plaidé pour l’intégration du droit à la nature dans la Constitution. «L’activité économique a compris comment la nature fonctionne. Aujourd’hui, cette prise de conscience est historique.» Mais la colère gronde encore. Tony Appollon a évoqué les nombreuses zones d’ombre autour de l'accident. «Pourquoi le Wakashio s’est-il retrouvé sur nos récifs ? Il y a un procès en cours, mais faut-il taire nos questions par peur de l’embarras ?» Ritish Ramful, ministre et député de cette circonscription, a quant à lui fustigé la négligence de l’ancien régime. «Voir notre pays aussi vulnérable a été un choc. Cette marée noire aurait pu anéantir toute l’économie. Grâce à la mobilisation citoyenne et à l’aide internationale – France, Angleterre, Inde, Japon –, nous avons évité le pire.» Il a aussi rappelé qu’un comité interministériel travaille sur le rapport Wakashio et que le Bureau du Directeur des poursuites publiques attend toujours une copie du document complet pour initier des poursuites criminelles. «Depuis mars 2023, silence total. C’est révélateur. Nous ne lâcherons rien. Les responsables doivent payer.» Et pendant ce temps, certains attendent encore réparation. «Des citoyens ont tout donné et n’ont jamais été indemnisés», a dénoncé Ashok Subron. Il a appelé à ce que «le mauricianisme entre dans la Constitution», à ce que les élus rendent des comptes et à ce que la valeur humaine de cet élan solidaire soit officiellement reconnue.
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