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Économie
Moody’s maintient sa perspective négative : Un relèvement de la note peu probable à ce stade
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Économie
Moody’s maintient sa perspective négative : Un relèvement de la note peu probable à ce stade
■ La perspective négative attachée à la note Baa3 reflète une incertitude croissante quant à la capacité du gouvernement à mener une consolidation budgétaire significative.
L’agence de notation Moody’s maintient, dans une credit opinion actualisée et publiée mardi 5 août, la note souveraine de Maurice à «Baa3 avec perspective négative». Ce niveau correspond au dernier échelon de la catégorie investment grade et le maintien d’une perspective négative traduit la persistance de risques significatifs, notamment liés à la trajectoire budgétaire, la soutenabilité de la dette et la capacité politique du gouvernement à opérer un redressement crédible.
Moody’s salue la résilience de l’économie mauricienne, sa croissance stable, son cadre institutionnel robuste et une certaine diversification sectorielle. La note repose sur quatre piliers : la force économique, la solidité des institutions et de la gouvernance, la position budgétaire et la vulnérabilité aux chocs.
Maurice est ainsi noté Baa2 en matière de force économique, reflétant une économie relativement dynamique pour sa taille. La transformation structurelle entamée depuis les années 1980 – du sucre vers l’industrie textile puis les services – a permis de créer un environnement favorable à l’investissement.
Le pays bénéficie aussi d’infrastructures de qualité, d’une flexibilité du marché du travail et d’une ouverture commerciale stratégique qui l’a positionné comme une plateforme d’investissement en Afrique. Cependant, cette ouverture représente aussi une vulnérabilité. L’économie mauricienne reste fortement exposée aux chocs externes, notamment via sa dépendance aux importations de produits alimentaires et énergétiques. Moody’s relève également les risques croissants liés aux effets du changement climatique, tels qu’inondations, érosion côtière et impact des dérèglements climatiques sur l’agriculture.
Réserves en devises qui amortissent
Autre point positif mis en avant par Moody’s : les réserves internationales restent conséquentes, offrant une marge de manœuvre importante en cas de tensions sur la balance des paiements. Malgré des déficits persistants du compte courant, ces réserves contribuent à atténuer la vulnérabilité externe.
Le Renewable Energy Roadmap 2030, qui ambitionne de porter la part des énergies renouvelables dans le mix électrique à 60 % d’ici cinq ans (contre 18 % actuellement), est salué comme un signal positif. Mais Moody’s insiste sur la nécessité d’une exécution rigoureuse des projets et d’un soutien financier et technique continu pour que cette transition soit crédible et durable.
Un poids de la dette qui inquiète
L’élément central de la fragilité actuelle réside dans la trajectoire des finances publiques. Le ratio dette/ Produit intérieur brut (PIB) reste élevé, à 79,1 % en 2025 selon les prévisions de l’agence, contre 56,1 % en 2019. La dette en pourcentage des recettes publiques (un indicateur clé pour évaluer la soutenabilité budgétaire) atteindrait 311 % en 2025. Ces niveaux sont bien supérieurs à la médiane des pays notés Baa3. «We expect the debt burden to peak around 80% at the end of fiscal 2026 as a consequence of the government’s front loaded fiscal adjustments efforts, and therefore we expect the debt burden gradually to fall as a primary deficits shrink and ultimately disappear», écrit à cet effet Moody’s.
Les déficits budgétaires restent profonds. Après un pic historique de -18,8 % du PIB en 2021, la situation s’est améliorée mais reste fragile: le solde global est estimé à -9,8 % du PIB pour l’année fiscale 2025 et le déficit primaire à -6,7 %. Ces déséquilibres chroniques reflètent, selon Moody’s, l’impact résiduel des mesures exceptionnelles prises pendant la pandémie ainsi qu’un usage répété d’approches budgétaires non orthodoxes. Moody’s cite l’audit entrepris par le nouveau gouvernement faisant état de «misstated certain data, such as GDP figures and the budget deficit, to present an overly optimistic view of the economy».
La perspective négative attachée à la note Baa3 reflète une incertitude croissante quant à la capacité du gouvernement à mener une consolidation budgétaire significative. Moody’s note que le redressement des comptes publics implique des mesures sensibles sur le plan politique, telles que la rationalisation des transferts sociaux, la réduction des dépenses publiques et une réforme de la fiscalité – notamment par la suppression de certaines exemptions.
Un relèvement de la perspective vers «stable» pourrait être envisagé si le gouvernement met en œuvre un plan crédible de consolidation budgétaire, combinant hausses de recettes et contrôle des dépenses, sans compromettre la croissance. La maîtrise des passifs éventuels liés aux entreprises publiques serait également un facteur positif.
À l’inverse, une dégradation de la note interviendrait si les retards dans les ajustements budgétaires persistent, entraînant une stabilisation de la dette à des niveaux élevés ou une hausse des coûts d’emprunt. Une détérioration de la capacité de financement ou la matérialisation de risques latents, comme les engagements non reconnus liés à des entreprises publiques, pourrait aussi précipiter une révision à la baisse.
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