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Rencontre
Michael Toocaram : «Si l’institut français de Maurice fait confiance aux rastas, qu’en est-il de l’état ?»
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Rencontre
Michael Toocaram : «Si l’institut français de Maurice fait confiance aux rastas, qu’en est-il de l’état ?»
Michael Toocaram, président de l’Association socio-culturelle rastafari (ASCR)
De midi à 21 heures, demain, l’Institut français de Maurice (IFM) accueille une journée dédiée aux pratiques musicales et culturelles rastafari. L’objectif : contribuer à la reconnaissance de l’identité de ce groupe méconnu et stigmatisé.
? Quelle est cette carte d’identité que vous voulez faire connaître ?
Le mouvement rastafari, qui prône l’autosuffisance, l’affirmation de soi en tant qu’Africain dans n’importe quel pays où l’on se trouve. Nos valeurs, c’est la paix et la sagesse.
? La police n’a pas toujours eu des relations pacifiques avec les rastas.
Sa Majesté Haïlé Sélassié (NdlR, empereur d’Éthiopie 1892- 1975) a toujours fait preuve de diplomatie. Avec la modernité, les technologies, nous voulons changer de paradigme. Notre mouvement comporte un volet sur les droits humains. Nous invitons les Mauriciens à l’IFM pour découvrir nos compétences artistiques, intellectuelles, philosophiques. Ena dimounn pa kone. Pour certains, rasta c’est gandia, rasta, c’est des stéréotypes. Demain, nous invitons le public à venir écouter ce que nous avons à dire.
? La journée «Nou lidantité» se tient alors que Sam Lauthan, chairman de la National Agency for Drug Control, vient de se positionner «foncièrement contre la légalisation du gandia». Votre réaction ?
L’herbe, pour nous, est sacrée.
? Il y a le sacré et ce que dit la loi actuelle.
Sa, se seki Babylon pe dir. Le langage de Babylone, c’est non à la légalisation. En revanche, le rastaman a une façon d’en consommer dans les rituels, dans le Tabernacle, dans sa vie personnelle, sans que cela ne soit publicitaire ou propagandiste. Nou gard li dan enn lord. L’herbe est utilisée pour nous mettre sur une fréquence où nous sommes en mesure de mieux nous comprendre. Nous demandons des droits égaux, la justice pour tous. Soit on parle uniquement pour les rastas, soit on parle pour tout le monde. Nous ne pouvons pas endosser la responsabilité de parler pour les autres. Nous avons tiré des leçons du passé. Nous défendons la culture rastafari. La Constitution de Maurice garantit la liberté de pratiquer sa religion. L’herbe sacrée fait partie de nos rituels. Ce n’est pas une drogue pour nous. L’État – peu importe le gouvernement – doit comprendre que le rastaman a son point de vue et qu’il est prêt à le défendre. Dans le passé, nous l’avons fait par la force, dans un contexte où il y avait beaucoup de répression, de descentes policières, de fouilles. Cela s’est estompé, mais c’est encore présent. Maintenant, il faut bouger plus intelligemment. Samedi sera justement une occasion pour démontrer nos capacités intellectuelles. Si nous sommes dans un lieu comme l’IFM, cela veut dire que l’ASCR s’est montrée à la hauteur. Si une institution comme l’IFM nous fait confiance, qu’en est-il de l’État ?
? La journée d’activités à l’IFM est-elle un palier que franchit l’ASCR, après avoir été accueillie en mars de cette année au centre Nelson Mandela pour la culture africaine, qui est une institution de l’État ?
Dans la symbolique, cette journée se déroule alors que l’Union africaine a placé l’année 2025 sous le thème «Justice et réparation pour les personnes d’ascendance africaine». La réparation, ce n’est pas en termes d’argent. C’est la volonté de donner la place. Le centre Nelson Mandela nous a déjà donné l’opportunité de nous exprimer (NdlR, le 1er mars dans le cadre du Black History Month, avec la conférence de l’historienne Giulia Bonacci sur Rastafari et la figure du marron). Être à l’IFM cette fois, c’est appréciable.
? Une fois la journée d’activités de samedi terminée, la manifestation aura-t-elle une suite ?
Nous sommes en contact avec d’autres îles de l’océan Indien, bientôt de l’Océanie, des Caraïbes. Nous ne sommes pas seuls. Même si l’association est encore jeune, ce qu’elle a accompli au cours des 26 dernières années montre que l’ASCR est là pour durer. Peut-être que cette manifestation deviendra itinérante. Nous aimerions que l’État aussi ait un rôle dans ce que l’ASCR a démarré avec l’IFM.
? Quel rôle ?
Faire que nous soyons visibles. Que le ministère des Arts et de la culture nous prenne davantage en considération.
? Vous avez déjà demandé un soutien et ne l’avez pas obtenu ?
Au contraire. En début d’année, la junior minister Véronique Leu-Govind nous a reçus. Elle s’est dite ouverte aux propositions.
? Vous avez soumis une liste au ministère ?
C’est à venir.
? D’autres se seraient empressés de fournir une liste de commissions…
En tant qu’enfants de Sa Majesté Haïlé Sélassié, nous ne sommes pas allés mendier. Nous nous sommes débrouillés contre vents et marées durant toutes ces années. L’association est toujours vivante et a un nouveau souffle. Des projets, il y en a, mais il faut d’abord en discuter. Décider de ce qui est faisable et surtout durable.
? Où en est le projet de tourisme culturel autour du Tabernacle situé au Triangle de Chamarel, maintenant qu’il n’y a plus de litige autour de son emplacement ?
Case Noyale Ltd, devenue Agrïa, avec Michel Pilot avant et aujourd’hui Thierry Sauzier, est ouverte à la discussion pour trouver un terrain d’entente en accord avec les convictions de l’association. Nous avons toujours maintenu le terrain en bonne condition. Le rastaman est un écologiste avant l’heure. Nous avons le projet de monter un nouveau Tabernacle selon l’ordre nyabinghi. Un Tabernacle circulaire avec 12 poteaux symbolisant les 12 tribus. Une structure pouvant contenir une cinquantaine de personnes, avec au milieu un potomitan, pour les offrandes.
? Ce sera prêt d’ici la fin de votre mandat en 2030 ?
Ce n’est pas une imposition. Pour nous, cette vision est déjà réelle, mais il y a eu divers contretemps.
? Ce projet demande aussi des fonds, non ?
Les fonds viendront justement d’activités comme la journée du samedi 5 juillet à l’IFM. L’association a un compte en banque. Les papiers sont en règle. Les fonds viendront de dons, du marché des artisans et des artistes, du coin restauration. Nous espérons organiser des concerts et d’autres activités à l’avenir. Ce sera discuté avec les membres.
? Et le volet tourisme culturel ?
Le Triangle de Chamarel est notre lieu de dévotion. Nous devons faire en sorte que l’on respecte cela. Pour ce qui est du tourisme culturel, il faudra faire attention à ne pas diluer l’essence des lieux. Quand nous pensons tourisme, nous pensons aux étrangers. En revanche, il y a beaucoup de Mauriciens qui ne sont jamais allés au Triangle. Ça aussi, c’est une forme de tourisme. Tous les Mauriciens sont les bienvenus au Triangle de Chamarel, pour nous donner un coup de main, dans le respect du lieu.
Parcours
Président de l’ASCR depuis mars 2025, Michael Toocaram est à son premier mandat de cinq ans. Membre de l’association depuis une dizaine d’années, il en était le secrétaire depuis 2018. Pourquoi a-t-il décidé de suivre le mouvement rasta ? «C’est un appel que j’ai eu depuis l’enfance.» Originaire d’Union Park, à 37 ans, il est employé comme analyste dans un centre d’appels. C’est dans ce milieu professionnel qu’il rencontre Steven Françoise, «celui qui l’a guidé vers l’association».
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