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Fêtes dans nos prisons

Spiritualité et solidarité derrière les barreaux

28 décembre 2023, 18:41

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Spiritualité et solidarité derrière les barreaux

En guise de cadeau de Noël, les détenus ont droit à une visite familiale supplémentaire.

Un mois d’activités récréatives, spirituelles et religieuses. La période de Noël est attendue avec impatience par ceux qui sont incarcérés. Comme chaque année, les célébrations et activités ont commencé depuis mi-novembre et se poursuivent jusqu’à mi-janvier. Ceci, afin d’égayer l’atmosphère morose alors que le monde extérieur se réjouit et ne pas laisser les détenus dans l’isolement et le désespoir alors qu’ils sont loin de leur famille, nous explique Avekandand Heeramun, Chief Prisons Welfare Officer.

Le coup d’envoi des activités cette année a été donné par des tournois depuis mi-novembre, avec des prix décernés aux gagnants et finalistes chez les détenus adultes et juvéniles – hommes et femmes. Parmi les jeux, on compte dominos, carrom et scrabble, entre autres, qui permettent aux détenus de passer du temps de manière constructive et de socialiser, plutôt que de s’isoler et de penser à ce qui se passe à l’extérieur du milieu carcéral.

Cadeaux festifs

Comme c’est une période de partage et de cadeaux, les détenus des différentes prisons se voient offrir des privilèges. Le jour de Noël ainsi que les 1er et 2 janvier, un menu spécial est préparé. La journée commence par un thé spécial pour le petitdéjeuner et du fromage «La Vache Qui Rit» servi avec du pain. Les repas de midi et du soir contiennent des épices supplémentaires et une plus grande quantité de chair. Ces jours-là, chaque détenu reçoit également un gâteau et un jus de fruit. «Ces aliments sont très différents de la nourriture de base habituelle et sont donc considérés comme un réel luxe», confie un ancien détenu à qui nous avons parlé.

En guise de cadeau, les détenus ont droit à une visite familiale supplémentaire. «Selon la règle habituelle, un détenu a droit à une visite familiale chaque quinzaine, soit deux visites par mois. Les visites ne sont pas autorisées les jours fériés et les mercredis. Pour Noël, afin de leur accorder un plus grand réconfort, les détenus ont droit à une visite supplémentaire, qui peut être n’importe quel jour entre le 15 décembre et le 15 janvier, sauf les jours fériés. Exceptionnellement pour la période festive, la visite supplémentaire peut avoir lieu un mercredi. Cela nous permet de mieux planifier et gérer les activités, sans qu’il y ait une surcharge de demandes de visites ou une perturbation de la sécurité des lieux», explique Avekandand Heeramun. Outre les visites, tous les détenus ont droit à un appel téléphonique supplémentaire à leurs proches. Pour les prisonniers étrangers, cet appel est effectué via Skype, ce qui représente une «visite familiale» virtuelle.

Malgré tout, la joie de Noël peut s’estomper lorsqu’on pense à sa famille. Pour surmonter cette épreuve, beaucoup se tournent vers la prière et la spiritualité, témoignant du réconfort que procure la proximité de Dieu dans les moments difficiles. Pendant cette période, dans toutes les chapelles catholiques des prisons, la messe a lieu le samedi ou le dimanche. Pour les détenus d’autres confessions, des visites de chefs religieux et spirituels se tiennent régulièrement dans les lieux de culte des prisons. Cette année, la messe du 24 décembre a été célébrée à la prison de Beau-Bassin par Mgr Jean-Michaël Durhône. La messe à la prison de Petit-Verger aura lieu le 31 décembre.

Par ailleurs, pendant cette période, les officiers ont droit à leur congé hebdomadaire, mais pas aux congés annuels. Ils sont donc nombreux à travailler dans les prisons pour assurer le bon déroulement des activités. Pour eux, une messe sera célébrée aujourd’hui, 28 décembre, dans le gymnase de la prison. Occasion également pour les officiers à la retraite d’y assister et de rencontrer leurs ex-collègues.

Fraternité dans la détresse

La fraternité et la solidarité s’expriment également pendant cette période à travers un concert dans chaque prison, où les détenus démontrent leurs talents à travers des chants, danses, leurs propres compositions musicales en groupe ou encore le karaoké qui est un moyen de les aider à réaliser leurs performances musicales. Le 16 décembre, la prison de Richelieu a vu un concert de chants de Noël. Entre les émissions de radio et de télévision, «le jour de Noël est également marqué par des moments de rencontre et de partage entre tous les détenus, indépendamment de l’âge, des délits présumés ou de la religion. Nous partageons nos expériences de vie et nos émotions. Cela nous aide à connaître les différentes histoires de tous ceux qui sont détenus autour de nous et à renforcer la solidarité», confie un autre ancien détenu.

Or, la magie de Noël ne laisse pas de côté les tout-petits dans le milieu carcéral. Le 15 décembre, une célébration a été organisée au centre d’accueil des enfants des détenues. Actuellement, ce centre en compte quatre. Ce jour-là, les mamans détenues ont pu passer beaucoup de temps avec leurs enfants.


Un «family day» pour les anciens détenus

Afin de renforcer les liens familiaux et de permettre aux anciens détenus de mieux réintégrer la société, l’association Kinouete, qui aide à la réhabilitation des anciens détenus et accompagne leurs familles pour une réintégration réussie, a organisé cette année, comme tous les ans, un «family day», le 23 décembre, avec spectacles de danse, château gonflable, déjeuner et cadeaux. Cette journée a été l’occasion pour plusieurs ex-détenus qui ont passé leur premier Noël hors de la prison de se sentir inclus dans la société et de retrouver un sens de la normalité.