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Cependant que, sur nos doux rivages…

1 octobre 2023, 09:41

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Cependant que, sur nos doux rivages…

Petite incursion dans un aspect plutôt technique du contrat alloué par le CEB à Corex Solar pour un parc solaire, ou par la State Trading Corporation (STC) à Mercantile & Maritime Group (MMG) pour des produits pétroliers.

En guise d’explication d’avoir eu, le 11 septembre dernier, recours à MMG pour importer des produits pétroliers jusqu’à juillet 2024, alors qu’un appel d’offres, juste avant, n’était pas mené à terme, la STC émettait un communiqué ⁽*⁾. Celui-ci affirmait que le choix de MMG était justifié parce que (i) la prime demandée par le fournisseur était inférieure, que (ii) les termes de paiement et de crédit étaient plus favorables et finalement que (iii) le paiement allait être fait en… roupies mauriciennes !

En effet, ces conditions paraissent, de prime abord, vraiment excellentes et les économies faites, même si possiblement pas suffisantes pour avoir un impact à la pompe, seront certainement utiles.

Cependant, ce qu’il est important de noter c’est que MMG de Bahreïn ne peut, en aucun cas, se satisfaire d’être payé en roupies mauriciennes, puisque son fournisseur ultime ne saurait quoi en faire, la roupie nationale n’étant pas une devise commercée ! Ainsi, l’argument que la STC qui, payant en roupies, enlève une pression sur le marché des changes (on a cité 15 millions de dollars) ne peut être soutenu, lesdites roupies, entre les mains de MMG ayant probablement déjà reçu quelque garantie de la Banque centrale ou d’une banque commerciale quelconque, pour être converties en dollars ?

Il faut peut-être aussi souligner que la procédure engagée dans ce cas, c.-à-d. un appel d’offres sans gagnant, après quoi un non- soumissionnaire, comme MMG, cote plus bas, va certainement miner la crédibilité des appels d’offres de la STC et à terme, (espérons pas !) mener à de moins en moins de soumissionnaires de bonne foi ; tous pouvant éventuellement soupçonner avoir été les dindons d’une farce où le mieux- disant d’entre eux aurait été utilisé pour appeler encore mieux de MMG ?

Dans le cas du parc solaire, au-delà du «deal» foncier fictif, il n’y a pas d’équivalent à MMG et il faut simplement souligner qu’une firme mauricienne à la place de Corex Solar aurait, de toute manière, eu à payer son matériel en devises, autant qu’une firme étrangère, seul le profit éventuel ne s’expatriant pas.

À moins que nous n’ayons vraiment trouvé le moyen de convaincre les exportateurs vers Maurice d’être payés en roupies plutôt qu’en dollars ? Ce qui consacrerait du délire pur !

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Des employés du ministère de la Santé, travaillant à Atchia Building qui s’inquiètent de leurs conditions de travail insalubres ? Ils voient des rats dans leurs bureaux ? Est-ce le monde à l’envers ? Les cordonniers sont-ils vraiment toujours les plus mal chaussés ? Le ministère de la Santé qui devrait s’assurer que les citoyens vivent dans des conditions de salubrité maximale ont-ils, eux-mêmes, besoin de l’aide du public ?

Étonnant !

Il fut un temps où un médecin de la trempe du Dr Francois Ip s’inquiétait de l’hygiène public et s’activait fortement pour des mesures préventives contre les rats, les moustiques, les cancrelats et les mouches… Ce n’était, certes, pas une croisade particulièrement ragoûtante, mais elle était nécessaire et il fallait s’en inquiéter surtout en milieu semi-tropical. Ces services auraient dû se démultiplier au fur et à mesure de l’augmentation de la population, y compris celle des touristes, mais on semble avoir lâché les rênes sur ce problème, au point où l’on en parle de plus en plus, comme d’une maladie chronique. En parallèle, les «rat catchers» pouvant désormais aspirer à des fonctions ministérielles, une industrie privée s’active à la place du ministère, ce qui assure sans doute certaines normes dans les hôtels, les ‘grands bureaux’ et les résidences d’un certain niveau, mais malheureusement pas pour tous les autres.

Mon petit-fils a vu son premier rat chez ses grands-parents qui vivent, il est vrai, en pleine forêt. Son rat le plus récent, il l’a vu lors de sa première visite au marché central de Port-Louis, il y a quinze jours. Pendant ce temps-là, on donne des cours pour contrer les rats à New York ⁽**⁾, où l’on vient de nommer un «Rat Czar» en Kathy Corradi ⁽***⁾ et à Mumbai, la leptospirose, qui est transmise par les rats, tue depuis 2015, davantage que la dengue ou la malaria !

C’est du sérieux ! Pourtant le ministère de la Santé ne s’occupe plus que de contrôler les rats dans les hôpitaux et les dispensaires ; les conseils de district et les municipalités s’occupant du reste du pays. Vous imaginez comment ? Contacté au téléphone, un gentil préposé du ministère à qui l’on demande depuis quand le ministère ne centralise plus cette opération de Public Health répond : «Depuis bien longtemps, ça !»

Ceci explique peut-être cela ?

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Le bon sens a enfin prévalu ! Les Agaléens bloqués à Maurice depuis plusieurs mois et qui furent même refoulés du Mauritius Trochetia le 9 septembre dernier parce que des employés du gouvernement ainsi que des employés d’AFCONS, (le contracteur pour la piste d’atterrissage de 3 kilomètres de long et d’un nouveau quai pouvant desservir des navires de guerre), avaient été jugés prioritaires, ont finalement pu partir pour chez eux ; un nouveau voyage du Trochetia ayant été commandité.

Nul ne sait ce que sera leur avenir sur leur île, à Agaléga. On espère pour eux que les milliards dépensés jusqu’ici pour améliorer les infrastructures de l’archipel voudront dire des possibilités d’emploi dignes, des améliorations à l’écolage, aux services cliniques et aux approvisionnements. Le pire serait qu’on les isole et qu’on leur fasse tellement de méchancetés qu’ils pensent éventuellement à partir de leur propre chef… Comme au Haut-Karabakh. Assurant ainsi la colonisation effective par tiers.

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Le parc naturel de Roches-Noires est une foutue idée ! Ayant noté que ce site excitait les convoitises de développeurs immobiliers classiques qui, malgré certaines restrictions sur l’empreinte humaine faite de béton et de déchets divers, mettait à risque un site tout à fait unique, un collectif de compagnies mauriciennes s’est organisé pour préserver 350 hectares de nature et de biodiversité unique !

Le projet consiste à protéger un environnement encore pur et espère, en parallèle, engager le village d’à-côté dans cette démarche en l’imbriquant dans une équation où le tourisme vert le motivera directement au respect et à la préservation. Parmi les axes envisagés, des visites guidées, pédestres, en accrobranche ou en kayak, de la formation appropriée, peut-être de la petite pêche, une ou plusieurs maisons d’hôte ou de restaurants typiques. On parle même de faire revenir la ‘vache des mers’, autrement appelée le lamantin ou le dugong, un mammifère massif, mais paisible, qui broutait nos algues à cet endroit, il y a un siècle ou deux… Ce serait fabuleux !

Les esprits chagrins vous diront que ce collectif protège ses arrières puisque ses dirigeants résident souvent en bord de mer à Roches-Noires. Ceux qui voient clair diront tant mieux, puisque le ‘profit’ d’une telle initiative n’est pas de nature monétaire, mais plutôt le plaisir de préserver pour partager avec le plus grand nombre ! Ceux qui réfléchissent seront heureux d’un ajout presque inespéré à nos biens communs ‘verts’ qui disparaissent, ce qui ajoutera au moins quelques louches de bonheur et un avenir plus heureux aux habitants et aux visiteurs de notre îlot. Un peu plus d’oxygène et un peu moins de CO2 ? Je suis preneur !

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Et si on parlait de civisme pour terminer, cette nébuleuse qui, quand pratiquée, rend la vie communautaire plus agréable et plus vivable ?

À l’orée de la saison sèche, serons-nous, par exemple, suffisamment nombreux pour utiliser l’eau avec modération, voire avec le respect qui ne lui est pourtant pas démontré par nos tuyaux percés ?

En parallèle d’embouteillages plus nombreux, je note plus de petites politesses et d’empathie sur nos routes. C’est bien ! Mais si l’on y rajoutait un remerciement systématique (un geste de la main, 5 secondes du voyant ‘Alerte’) quand l’on serait bénéficiaire de ces gentillesses, ce serait tant incitatif que gracieux, vous ne trouvez pas ?

Le service public est généralement là pour servir, dit-on ? Et c’est généralement vrai ! Mais que penser d’un service qui vous fait visiter 4 postes de police, qui (c’est la toute dernière innovation), demande une copie ‘récente’ de votre certificat de naissance, qui accorde autant sinon plus d’importance à une petite causette entre amis qu’au règlement des besoins du citoyen, qui oublie de signer alors qu’il jure avoir bien complété ‘sa’ tâche et qui après plusieurs semaines n’arrive toujours pas à livrer le document requis ? Qu’il est anticivique ? Anti-productif ? Kafkaesque ? Ou ionescoesque ?

⁽*⁾ https://www.stcmu.com/assets/pdf/Communique_White_Oil_11Sep23.pdf

⁽**⁾ https://www.nyc.gov/site/doh/services/rats-control-training.page

⁽***⁾ https://www.nyc.gov/office-of-the-mayor/news/249-23/mayor-adams-anoints-kathleen-corradi-nyc-s-first-ever-rat-czar- - /0