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Il fait son coming out: Olivier en a eu assez de mener une double vie

17 juin 2022, 13:00

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Il fait son coming out: Olivier en a eu assez de mener une double vie

Le Pride Month est important pour les personnes LGBTQIA++ car il commémore le soulèvement de Stonewall à Manhattan aux Etats-Unis en 1969, point culminant pour le mouvement de libération des homosexuels dans ce pays. Si ce mouvement a notamment libéré la parole, encourageant les personnes LGBTQIA++ à révéler au grand jour leur orientation sexuelle et identité du genre et autres caractéristiques, faire son Coming out reste encore une étape difficile pour beaucoup. C’était le cas jusqu’à tout récemment pour Olivier Pierre, un Mauricien de 25 ans, qui étudie en France. Las de mener une double vie, il a trouvé le courage de révéler son homosexualité, pourtant pleinement assumée par lui, à ses parents, en mars dernier.

Olivier Pierre vient d’une famille modeste. Son père est un électricien à la retraite, qui continue à faire de petits boulots çà et là pour gonfler sa pension alors que sa mère est femme au foyer. Il a deux sœurs, Angélique et Déborah et bien que leurs caractères diffèrent, dit-il, ils sont extrêmement proches.

C’est à l’école Notre-Dame de Lourdes qu’il a bouclé sa scolarité primaire. Depuis toujours, ce jeune Mauricien se sent différent des autres. «J’ai commencé à le ressentir vers l’âge de sept-huit ans. Je réalisais que je n’avais aucune attirance physique pour les filles. Et pourtant, je me souviens qu’au début du primaire, je passais la plupart de mon temps libre avec les filles de ma classe avec qui je me sentais à l’aise.»  Quand il réalise qu’il est attiré physiquement par les hommes, qu’il est ce qu’on appelle un homosexuel, il a du mal à l’accepter au début. «C’était difficile de se faire à cette idée même si je n’ai jamais eu honte de me sentir différent.»

Il découvre aussi très tôt l’hypocrisie de la société mauricienne. «Je me souviens que je devais avoir neuf ou dix ans et qu’en allant à l’épicerie du coin, je me suis fait suivre par un gars à vélo qui disait vouloir me faire ‘un ti gaté’. A cet âge-là, on ne sait pas ce que cela signifie. Je l’ai suivi puis je me suis rendu compte que ce n’était pas normal. J’ai pris peur et je suis rentré chez moi.»

A 13 ans, il a sa première relation sexuelle avec un homme de 26 ans. «J’ai toujours préféré les hommes plus âgés, les daddy.» Il sort avec des filles mais «au moment des rapports, je me sentais gêné et je n’avais pas le même feeling qu’en étant avec un homme».

Il complète son cycle secondaire au collège St Mary’s mais ces années de collège sont difficiles pour lui car il doit prétendre être qui il n’est pas. «Je me sentais différent et comme je craignais d’être jugé, je me suis refermé sur moi. Mais on ne peut chasser le naturel.»

Il mène donc une double vie. «D’une part devant les amis et quelques membres de la famille, je n’avais pas de honte à parler de mon homosexualité. Mais avec mon père, ma mère et d’autres proches, c’était un peu plus compliqué car ils sont de la vieille école et je trouvais cela gênant de devoir tout expliquer.» Et quand on lui demande s’il a une petite amie, il se montre évasif dans ses réponses.

Olivier Pierre prend aussi conscience de l’hypocrisie de la société mauricienne. Il fait même les frais de certains, qui se disent hétérosexuels. «J’ai beaucoup subi à Maurice. Vous n’imaginez pas le nombre de fois où en autobus bondé, alors que je me rendais à l’école, j’ai senti des mains baladeuses sur mes jambes. Au collège, les pseudos hétérosexuels se permettaient de m’effleurer. Si vous saviez le nombre de fois où, sur les réseaux sociaux, j’ai reçu des messages de mecs qui voulaient m’emprunter de l’argent en échange de photos dénudés d’eux !»

Pour ne pas arranger les choses, Olivier Pierre et son meilleur ami, Ludovic Lebon, gay comme lui, sont victimes d’une agression sexuelle par «neuf bourriques». C’était le 6 août 2015. Ils étaient un groupe d’amis à camper sur la plage non loin du Club Med d’Albion. A court de cigarettes, lui et Ludovic Lebon sont partis en acheter du côté de la plage publique. La nuit était tombée. «En arrivant, on a bien senti des regards posés sur nous. Dans cette obscurité, très calme entre les filaos, on pouvait entendre des pas se dirigeant vers nous.» Olivier raconte qu’il a paniqué alors que son ami lui a dit de se calmer. Ils ont essayé de gagner la route principale, tout en tentant de cacher leurs téléphones, leur argent et d’autres objets de valeur. «Nous étions sur la route et ils se sont mis à nous courir après. Ils étaient plus nombreux et plus rapides. Ludovic a fait tomber son téléphone et il s’est arrêté pour le ramasser. Ils l’ont attrapé. J’ai fait demi-tour pour revenir vers eux et les raisonner

C’était peine perdue car ces hommes étaient ivres. «On ne les connaissait pas. C’était un groupe de mecs bourrés et déglingués. Les deux amis ont été encerclés. «Ils nous ont dit que si nous les obéissions, tout se passerait bien mais qu’ils allaient nous faire notre fête. Et le groupe s’est séparé en deux. Je me suis retrouvé avec un groupe et mon ami avec l’autre….J’ai longtemps eu des flashbacks où j’entendais leurs voix dans ma tête...»

Pour Olivier Pierre, c’était une agression de plus qui l’a rendu encore plus méfiant et sur la défensive. «Je me suis senti sale, mal aimé. Je n’avais qu’une envie c’était de mourir et ne plus avoir à revivre ces images qui m’ont beaucoup hanté ces six dernières années !» Après cette agression, lui et son meilleur ami se sont distancés. «Nous nous parlions toujours mais on ne pouvait le faire en face à face. Ludovic et moi avons longtemps été traumatisés par ce qui nous était arrivé. Ce n’est qu’en quittant Maurice définitivement, il y a quatre ans, que nous nous sommes retrouvés via webcam et que nous avons commencé à en parler ouvertement. Ludovic a longtemps eu du mal à faire confiance aux hommes, tout comme moi aussi d’ailleurs, après cette mauvaise expérience. Il avait l’impression que les hommes prenaient avantage de lui, même si ce n’était pas le cas

Olivier Pierre décide de faire des études supérieures car une expérience professionnelle acquise sur le tas ne remplace pas, à ses yeux, un diplôme. Au départ, il se dit qu’il ira en Australie où vit son oncle paternel. Il se ravise ensuite et se fait admettre à Curtin Mauritius où il étudie et obtient un certificat et un diplôme en gestion d’entreprise. Et il y a quatre ans, il part pour la France et étudie pour obtenir un Bachelor of Arts en Ressources humaines qu’il fait suivre d’un Master. Il revient chaque année à Maurice, notamment en 2019 pour recevoir son diplôme de Curtin Mauritius.

En France, il a connu le grand amour. «Cela a été le coup de foudre réciproque entre lui et moi. Il y a eu d’abord l’attirance physique, puis des sentiments plus forts et le fait d’être sur la même longueur d’ondes nous a fait faire de beaux projets d’avenir», notamment le rêve d’avoir un enfant. Ils ont eu recours à la gestation par autrui aux Etats-Unis. «Lui voulait d’un fils et moi d’une fille et nous voulions construire une famille, avoir une belle maison ensemble et pouvoir profiter de la vie !» Olivier Pierre ne peut malheureusement pas assister à la naissance du bébé, un petit garçon, à Tampa en Floride car il était venu voir son grand-père malade à Maurice. Celui-ci est d’ailleurs décédé durant le confinement de 2020. Leur bébé a aujourd’hui deux ans.  «Nous faisons de notre mieux pour rendre le petit heureux. A nos yeux, il est très chanceux d’avoir deux mamans, une mère donneuse et une mère porteuse et deux papas ! Légalement il porte seulement le nom du père mais pour nous, ce n’est qu’une formalité administrative.» Olivier Pierre et son partenaire n’ont jamais voulu se marier «pour ne pas être dans le cliché des personnes qui se marient pour obtenir leurs papiers.»

Et même si aujourd’hui, lui et son partenaire ne sont plus ensemble, ils ont gardé de très bons rapports. «Il a été et sera toujours quelqu’un pour lequel j’aurais une profonde admiration. C’est en quelque sorte mon repère. Il a toujours été le seul au courant de ma situation et m’a toujours soutenu malgré tout.» 

Fatigué d’avoir à toujours projeter une image autre de lui lorsqu’il est à Maurice, il profite de vacances en mars dernier pour parler ouvertement de son homosexualité à ses parents d’abord et à la famille élargie ensuite. Et même à raconter son agression sexuelle et expliquer comment cela l’a perturbé mentalement. «Pour mon père, apprendre mon homosexualité a été un peu dur. Il m’a d’abord dit que j’aurais dû me faire soigner, que la médecine a fait des progrès de nos jours, comme si que l’homosexualité était une maladie.  Par la suite, il a changé d’avis et m’a dit que peu importe qui j’étais, je resterais son fils et qu’il m’aime malgré tout. Depuis, on arrive à se parler plus ouvertement et cela ne me fait plus peur de parler de ma vie d’homo.» Sa mère a été plus cool. «Elle m’a simplement demandé si c’était de sa faute. J’ai répliqué : bien sûr que non. Ce n’est la faute à personne. Il faut bien se mettre en tête qu’on fait des enfants mais on ne fait pas leur cœur. Mes sœurs m’ont simplement soutenu comme d’habitude. Et pour moi, dès cet instant, le plus dur a été franchi. C’était important pour moi de parler à toute la famille. J’ai été surpris de leurs réactions et je les ai remerciés pour leur soutien et autant d’amour

La semaine dernière, il a fait son Coming Out sur sa page Facebook pour sa famille élargie, exprimant son ressenti. «Officieusement beaucoup le savaient déjà ! Ils attendaient simplement que cela vienne de ma bouche ! Je suis content de l’avoir fait car maintenant, je me sens désormais bien dans ma peau. Je me sens plus libre. Je me sens moi-même !»

Son message aux Mauriciens est le suivant : «Dans la vie, on a tous le choix à un moment donné : Dire ou subir !» Et aux jeunes homosexuels qui ne s’assument pas, il conseille de ne pas avoir peur de qui ils sont. «C’est peut-être cette petite différence qui changera le monde. Ne pensez pas trop à ce qui pourrait arriver, foncez simplement et vous verrez, vous serez vous-même surpris du résultat. Car au final, celui qui a toujours du mal à accepter l’homosexualité en 2022 en dit long sur son incapacité à se remettre en question, à quitter sa zone de confort et à voir la réalité en face. Nous avons tous du chemin à faire. Mais la balade en vaut la peine !»

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