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Robert Furlong: «Le Mauricien, friand des concours littéraires, écrit sur ce qui fâche»
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Robert Furlong: «Le Mauricien, friand des concours littéraires, écrit sur ce qui fâche»
Robert Furlong, président du Centre culturel d’expression française (CCEF), tout en reconnaissant la discrétion de cette association curepipienne, évoque sa contribution à la promotion du français et au partage des savoirs. Le CCEF prépare une nouvelle édition de son concours de chroniques.
Président un jour, président toujours ? (Robert Furlong a été président de la Fondation Malcolm de Chazal de 2011 à 2014).
Malcolm de Chazal, c’est un bon souvenir. J’ai fait le maximum… maintenant apparemment la fondation, c’est dormant. En septembre cette année, c’est tout de même les 120 ans de la naissance de Malcolm de Chazal. Laissons à la fondation sa responsabilité. Cela aurait été l’occasion de faire un timbre par exemple…
C’est ce que vous auriez fait ?
J’ai souvent réclamé un timbre Malcolm de Chazal. On me disait toujours qu’il fallait un anniversaire à chiffre rond. Je ne suis plus le responsable. Je ne veux pas critiquer ceux qui sont là.
Venons-en au CCEF…
Créé en 1959, il existe depuis 63 ans.
Un centre qui reste discret dans son cocon curepipien.
On n’en parle pas beaucoup, c’est vrai.
La faute à qui ?
Peut-être parce qu’il y a d’autres organismes culturels qui sont à la une de l’actualité, qui sont proches d’ambassades ou de certains cercles. Le CCEF est une association 100 % mauricienne qui ne reçoit d’argent de personne.
Le centre n’a jamais demandé et ne compte pas demander ?
Jamais. Les statuts prévoient que le CCEF ne vive pas de subventions. Le centre a été créé en 1959 à la suite d’une réflexion de l’Union culturelle française, dont s’occupait Thomy Esclapon (NdlR, mécène, il fonde General Printing and Stationery et crée un prix de l’édition), l’Alliance française et l’Union des Français à l’étranger. Ces trois institutions ont trouvé qu’il était important d’avoir, à Maurice, un centre culturel qui fasse la promotion du français, du patrimoine francophone mauricien. Et qu’il mène des activités dans la musique, la peinture, le théâtre, etc. Nous assurons des cours pour préparer les élèves aux examens de l’Alliance française, quasiment depuis la création du centre. La demande est grande.
En 1959-60, on parlait beaucoup plus du CCEF parce qu’il y avait une à deux activités publiques par semaine. Le consul de France à l’époque donnait des conférences sur l’Algérie, il était pied noir. L’avantage du CCEF, c’est qu’il a un local dans le centre de Curepipe.
En 63 ans, vous n’avez pas changé d’adresse ?
C’est toujours la même. Il y a une salle de spectacle pouvant contenir une centaine de personnes. Tous les après-midi, c’est une ruche, avec énormément d’adolescents qui viennent suivre les cours de français. Il y a une équipe – pas d’employés à temps plein – de professeurs de français formés aux exigences de l’Alliance française.
Comment devient-on président du CCEF ?
Je faisais déjà partie du comité.
Depuis longtemps ?
Environ trois ans. Maryse d’Espaignet, l’ancienne présidente qui a beaucoup fait, a souhaité s’arrêter. J’étais candidat, mais comme il y a eu consensus, j’ai été coopté comme président.
Dans une association, un président assure une continuité tout en essayant de développer de nouveaux créneaux. Maryse d’Espaignet a introduit les après-midi littéraires consacrés aux auteurs mauriciens. On en a fait beaucoup. Elle a aussi lancé le concours de chroniques. Ce sont des acquis. Une cinquième édition du concours de chroniques se prépare.
Pourquoi un concours de chroniques ?
On n’allait pas concurrencer le prix Jean-Fanchette. La chronique est un genre qui a été très important à Maurice à travers les âges. On s’est dit qu’il fallait relancer cette forme d’écriture. Le Mauricien est très friand des concours littéraires.
C’est notre esprit de compétition ?
Je ne sais pas si c’est l’esprit de compétition ou si c’est parce que le Mauricien a envie de parler de lui, de sa spécificité. Il est un maillon de cette grande chaîne culturelle mauricienne, il a envie de dire qui il est. Comment il se projette, en tant que Mauricien.
J’ai été membre de plusieurs jurys. Il y a toujours une personnalisation dans ce que les gens écrivent. Il y a une envie de dialoguer par le biais d’un conte, d’une nouvelle. Peut-être que ce sont des choses dont les Mauriciens ne parlent pas entre eux. Cela peut être des choses qui fâchent, des questions délicates, difficiles à décrire par la parole quelle que soit la langue que l’on utilise. Un concours donne l’occasion d’exprimer cette vérité-là.
Les concours littéraires sont des exutoires ?
Cela a toujours été le cas. Quand on regarde l’Essor, les revues de Marie Leblanc, par exemple, c’étaient des espaces d’expression. L’écriture permet d’aller plus loin, à travers des personnages.
Quelle est la marque que vous souhaitez laisser comme président ?
Ce sera collégial. Nous avons eu l’idée d’un concours de dictée. La qualité de l’écriture en français baisse. Il n’y a qu’à lire ce que les Mauriciens produisent pour se rendre compte de la nécessité de rehausser le niveau.
Et sur le plan littéraire ?
Les après-midi vont continuer, mais avec des conférences plus généralistes. Par exemple, pour parler de la bande dessinée. Les bédéistes existent, ils ont besoin de lieux de rencontres et de former une nouvelle génération. Il y a déjà eu des initiatives, mais aujourd’hui, c’est un secteur délaissé. C’est aussi intéressant pour le CCEF d’être une plateforme pour faire connaître ce que d’autres font. Notamment dans la protection du patrimoine.
Vous changez de formule mais est-ce que vous changez aussi votre façon de communiquer autour du CCEF ?
Nous n’avons pas de site Web, mais une page Facebook. Ce n’est pas suffisant, mais c’est déjà un outil. L’important pour nous est de partager, d’initier la découverte d’idées, de pans culturels, que chacun reparte avec une dose d’enrichissement personnel. Nous n’avons pas vocation à être des animateurs de projets.
Vous ne craignez pas que la discrétion du CCEF ne l’enferme dans l’entre-soi ?
Toutes nos activités sont ouvertes au public.
Mais c’est toujours un peu le même public qui vient, non ?
Il arrive que le public ne se renouvelle pas à 100 % régulièrement. Mais ce n’est pas figé. On aborde là une problématique plus large : est-ce que la vie quotidienne offre le temps suffisant pour se consacrer à une association ? Le quotidien du Mauricien est extrêmement chargé. D’abord, à cause du transport. Il y a tellement d’embouteillages.
Les autorités vous diront que le métro en construction permettra un gain de temps.
Je l’espère. Curepipe sera bientôt relié. Mais je pose la question : est-ce que l’emploi du temps du Mauricien laisse assez de place pour une activité associative, culturelle, physique ? L’époque bénie des années 1970 où, à 16 heures, tout le monde était rentré, prenait une tasse de thé et repartait pour une activité, c’est fini.
Est-ce qu’on a inculqué aux Mauriciens qu’une l’activité culturelle est prioritaire ?
Peut-être pas. Mais peut-être que les gens n’ont pas le temps. Au CCEF, à 18 heures, parfois des amis nous téléphonent en disant qu’ils sont dans les embouteillages et qu’ils arrivent.
Vous commencerez vos activités plus tard ?
Ce n’est pas possible. À partir de 18 h 30, les gens aspirent à rentrer parce que la journée a été fatigante. Ils veulent passer un petit moment en famille si possible. La place de la culture, pour les associations, c’est de donner envie aux gens d’aller voir des expositions, d’écouter des conférenciers etc. Ce n’est pas facile.
Autre problématique culturelle : le vieillissement des publics.
C’est une question qui nous préoccupe. Nous n’allons pas la régler d’un coup de baguette magique. Nous avons un concurrent extraordinaire avec tout ce qui est virtuel. C’est un phénomène de société. En développant des activités comme le théâtre, la BD, etc., on peut attirer un, deux, trois jeunes. On ne peut pas espérer avoir des jeunes adhérents en masse. Mais au moins on aura semé la bonne parole.
Le 31 janvier, vous avez déposé une gerbe sur la tombe de Marcel Cabon, pour les 50 ans de sa disparition. Comment mettre Marcel Cabon en lien avec les jeunes ?
Marcel Cabon est l’un des premiers auteurs à qui nous avons consacré une animation littéraire. Avec les restrictions sanitaires, on ne peut pas relancer cela maintenant. En revanche, sur la page Facebook, il y a un blocnotes qui parle de Marcel Cabon. Une exposition sur Marcel Cabon existe, c’est moi qui l’ai faite en 2014 pour le salon du livre Confluences…
Avec Yvan Martial, secrétaire du CCEF, vous étiez deux sur la tombe de Marcel Cabon. Vous êtes demandé : les autres font quoi ? L’État fait quoi ?
Oui. Mais, en ce moment, on ne peut pas faire de grands rassemblements, restrictions sanitaires obligent.
Entre ne pas faire de grands rassemblements et ne rien faire du tout, il y a de la marge ?
Cela nous fait beaucoup de peine, bien sûr. Nous faisons tout ce que nous pouvons en faveur de cette mémoire. Nous avons un stock d’enregistrements des conférences passées, sur Loys Masson, René Noyau, Raymond Chasle, Léoville L’Homme, etc. Nous espérons en faire des petites capsules qui seront diffusées sur notre page Facebook. Nous ne pouvons pas remplacer ce que l’université ou le ministère des Arts et du patrimoine culturel devrait faire.
Parcours. Robert Furlong en quelques dates
De 1979 à 2003 : fonctionnaire international, directeur de projets en coopération internationale pour l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Basé à Paris (79-90) et Bordeaux (90–2002). Responsable de programmes multilatéraux pour l’amélioration de l’éducation en général dans les pays francophones d’Afrique, de l’océan Indien, des Caraïbes, du Moyen Orient et d’Amérique du Nord (Canada). De 2003 à aujourd’hui : membre du CNRS-Item (Paris). Robert Furlong est traducteur ; chercheur ; auteur d’ouvrages et d’articles sur la littérature mauricienne ; conteur ; comédien ; conférencier.
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