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Mita Ballysing: «Le pays a fort à faire pour atteindre l’immunité collective, soit 700 000 vaccinés»

19 mars 2021, 09:30

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Mita Ballysing: «Le pays a fort à faire pour atteindre l’immunité collective,  soit 700 000 vaccinés»

La généraliste Mita Ballysing, s’appuyant sur les instances scientifiques, rassure sur le vaccin AstraZeneca qui fait couler beaucoup d’encre sur la scène internationale. Elle explique aussi comment de la profession qu’elle exerce, elle n’a eu d’autre choix que de se faire vacciner, malgré des clauses contestables du formulaire de consentement.

Pourquoi doit-on continuer à se faire vacciner au Covishield AstraZeneca malgré la suspension dans une quinzaine de pays d’Europe et d’Afrique ?

Face aux interrogations et appréhensions sur la Toile et dans la presse locale par rapport à l’AstraZeneca, en tant que scientifique et médecin, je préfère me baser sur les instances scientifiques comme l’International Society on Thrombosis and Haemostasis qui recommande de continuer la vaccination. Elle se base sur le fait qu’il n’y a pas eu de recrudescence du nombre de thromboembolie par jour dans une population vaccinée par rapport à la même population non vaccinée. L’Union européenne va incessamment prendre une décision pour reprendre la vaccination avec l’AstraZeneca. Je constate aussi que l’Australie n’a pas arrêté sa campagne avec le même vaccin.

Comment rassurer ceux qui hésitent toujours ?

Dans le monde scientifique, on a tendance à évaluer la proportion bénéfices-risques. Avec le Covid-19, il s’agit de risques de mortalité mais aussi de séquelles graves. On peut prévenir au sein des populations où le virus se propage rapidement la probabilité d’avoir des mutations du virus et des variants. Des variants qui peuvent devenir graves ou pas. On connaît aussi les risques associés au confinement à long terme. On ne l’a pas encore connu à Maurice mais dans d’autres pays, on voit que cela entraîne des troubles psychologiques et somatiques. Puis, le Royaume-Uni a vacciné près de 20 millions de personnes avec l’AstraZeneca. On voit que la transmission du Covid-19 a beaucoup baissé ainsi que le taux de mortalité chez les personnes âgées. Le but de vacciner la population entière à travers le monde simultanément, c’est aussi pour rendre le virus plus fragile, moins virulent et éventuellement dans l’espoir qu’il deviendra comme un virus grippal saisonnier. 

Combien de temps après la seconde dose, le vacciné peut-il s’attendre à être immunisé ?

Selon les scientifiques, pendant les deux premières semaines suivant la première dose, le système immunitaire est fragilisé parce que l’humain répond aux petites quantités du virus introduites dans le corps. Après la seconde dose, l’immunité est assez importante pour nous empêcher d’avoir la forme sévère de la maladie. Il y a deux types de vaccin. Celui qui nous empêche d’avoir la maladie et celui comme l’AstraZeneca et d’autres sur le marché à travers le monde, qui nous empêche d’avoir sa forme sévère.

 

 

Combien de temps dure l’immunité ?

Il y a trois choses à considérer pour tout vaccin : la fiabilité, l’efficacité et la perspective. La fiabilité se juge par des instances régulatrices après les pré-essais et essais cliniques. Pour l’efficacité, on peut se baser sur le Royaume-Uni qui a mis un frein à la transmission et où le taux de mortalité a diminué grâce à la vaccination. Ce qu’on ne sait pas encore, c’est la perspective, comme la durée de l’immunité après la seconde dose. Certaines instances scientifiques s’accordent à dire qu’elle dure une année mais il y a encore du travail pour savoir si l’immunité durera plus d’une année ou s’il faudra ou pas faire des rappels.

 Il faudra vacciner encore combien de personnes pour atteindre l’immunité collective à Maurice ?

À mercredi, on était à 74 000 personnes déjà vaccinées. On doit atteindre plus de 700 000 vaccinés pour atteindre la herd immunity (immunité collective), soit 60 % de la population en principe qui va pouvoir protéger le petit pourcentage de personnes qui, en raison de contre-indications, ne pourront pas se faire vacciner. Valeur du jour, on n’est pas sorti de l’au- berge. Nous avons fort à faire pour atteindre la herd immunity.

 Pourquoi est-il est important que les deux doses administrées soient du même vaccin ?

Jusqu’à l’heure, le même vaccin est préconisé pour les deux doses. Il y a une grande demande du même vaccin dans le monde tout comme la non-accessibilité de certains vaccins. Même un pays producteur comme l’Allemagne n’en a pas suffisamment pour sa population car il a beaucoup vendu aux États-Unis. Le Canada a passé une grande commande de Covishield de l’Inde parce qu’il est en retard sur sa campagne de vaccination. Donc, des scientifiques étudient cette possibilité de faire la seconde dose avec un nouveau vaccin mais jusqu’à preuve du contraire, la seconde dose se fait en principe avec le même vaccin. À Maurice, il y a une logistique importante pour accompagner la campagne de vaccination de sorte que les vaccinés aient leur seconde dose de la même firme pharmaceutique.

En tant que professionnelle médicale qui s’est fait vacciner, les articles 3 (a), 5 et 6 du formulaire de consentement qui doit être signé avant la vaccination ne vous ont pas dérangée ?

En tant que médecin du privé, j’ai dû faire un choix car non seulement je suis plus exposée professionnellement aux charges virales mais aussi je dois pouvoir protéger mes patients et mes collègues. Par déformation professionnelle, tout comme je fais toujours la proportion bénéfices-risques dans mes prescriptions, ça a aussi été le cas pour le vaccin. Je me suis fait vacciner il y a deux semaines car je n’avais pas vraiment le choix. Je suis médecin avant tout. J’ai eu les effets secondaires qu’on a d’habitude avec des vaccins, y compris infantiles, comme suffisamment de fièvre, des courbatures mais je suis contente de l’avoir fait.