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Ancienne squatteuse: la nouvelle vie d’Anaïs

31 mai 2020, 12:30

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Ancienne squatteuse: la nouvelle vie d’Anaïs

Souvenez-vous, en octobre 2017, on vous la présentait. Cette aînée de trois enfants d’un couple de Rodriguais – venus à Maurice dans l’espoir d’améliorer leur situation et qui s’étaient enlisés dans une pauvreté leur collant à la peau. Au final, tous s’étaient retrouvés à squatter une maison en bois et tôle sur ce flanc de montagne pelé.

Anne Marie Agathe et son époux trimaient pour s’en sortir. La première travaillait comme femme de ménage chez plusieurs particuliers et son mari était maçon. Anaïs, qui avait à l’époque 19 ans, fréquentait le collège Medco Bhujhorry à PortLouis. Elle avait mis du temps à s’habituer à cet établissement car des élèves plus âgées lui menaient la vie dure. Si bien qu’elle s’était découragée et avait saisi l’occasion d’aller vivre chez ses grands-parents à Rodrigues. Mais au bout d’un an, sa fratrie lui manquait trop et elle était revenue à Maurice où la situation familiale demeurait inchangée.

Anaïs était studieuse mais sa santé lui jouait des tours car elle était fortement anémiée. État qui l’affaiblissait tellement qu’elle ratait souvent des jours d’école. Ce qui fait qu’elle a dû refaire sa Form V. Elle a réussi ses examens à la deuxième tentative et est passé en Form VI. Anaïs se disait en quête de parrains pour l’aider à faire aboutir son rêve de mener à bien sa scolarité et réussir sa vie.

Eh bien, en sus de Caritas île Maurice, qui l’a accompagnée dès le début, ainsi que ses proches, elle s’est trouvé un généreux parrain, qui a décidé de payer ses cours dans une école privée. C’est ainsi qu’elle a changé d’établissement scolaire, pour son plus grand bonheur. Une bonne nouvelle qui a été suivie d’une autre : ses parents, qui alimentaient régulièrement leur compte Plan Épargne Logement, ont obtenu, en décembre de la même année, une maison de la National Housing Development Company à Mon-Goût. Ils y vivent aujourd’hui en toute sécurité.

Anne Marie Agathe a même changé d’emploi. Elle a été recrutée comme technicienne de surface à l’hôpital SSRN. Et Anaïs dans tout cela ? Nous l’avons retrouvée en fin de semaine et nous avons communiqué sur WhatsApp. Elle poursuit ses études et est actuelle- ment en Grade 13, l’équivalent de la deuxième année de Form VI. «J’aime mon école. J’y ai été bien accueillie, que ce soit par les enseignants, par la direction ou les élèves. C’est un monde de différence.»

Comme matières principales à l’étude, elle a opté pour Travel and tourism, la sociologie, le français et le General Paper comme matière subsidiaire. Elle était d’ailleurs censée prendre part aux examens du Higher School Certificate en novembre, mais c’était sans compter la pandémie du Covid-19, qui est venue tout chambouler à l’échelle mondiale.

«Ma mère (…) mon héroïne»

Ce qu’Anaïs a apprécié avec son école, c’est qu’une semaine avant le confinement, ses enseignants ont mis leurs cours en ligne. «Pour être franche, au début, j’ai mis du temps à m’y faire car ce n’est pas comme avoir un enseignant en face de soi et interagir avec lui.» Elle s’y est pliée de bonne grâce malgré tout jusqu’à ce qu’elle apprenne que les examens ont été reportés à 2021. Ce qui l’a un peu découragée. Elle est angoissée à l’idée d’échouer. «Je ne le cache pas. Je stresse par rapport à cet examen final mais je sais aussi que je ferai mon maximum.»

La leçon qu’elle tire de cette pandémie, c’est que la vie est la chose la plus fragile au monde. «En une seconde, tout peut basculer.» Mais, dit-elle, le nouveau coronavirus n’a pas eu que du négatif. «Ce fléau mondial a permis aux personnes à réapprendre à tisser des liens avec leur famille.»

Elle craignait aussi de perdre son parrain en raison de ce report d’examen mais a été soulagée d’apprendre qu’il reconduirait son aide. «C’est fantastique car cela aide grandement ma mère, qui depuis fin 2017 doit assumer seule toutes les dépenses financières de la maison. Je l’admire. C’est mon héroïne.»

Comment a-t-elle occupé son temps durant le confine- ment ? En sus de suivre ses cours, Anaïs, qui aime chanter, a publié des reprises ou covers, notamment Love on the brain de Rihanna, sur Instagram, regardé des séries comme Supernatural ou The Originals et a lu des livres. Ses auteurs préférés sont Stéphanie Meyers, celle qui a écrit notamment la saga Twilight, mais surtout Becca Fitzpatrick. «Je trouve que son meilleur livre est Crescendo, mais j’ai aussi beaucoup aimé Hush, Hush. Ce sont des best-sellers.» Jusqu’ici, précise-t-elle, le meilleur livre qu’elle ait lu durant cette période est Once Upon A Life de Mlle Directioner.

Comme auteurs mauriciens, la jeune fille apprécie Marcelle Lagesse et Jacques Maunick. «J’aime beaucoup cet auteur. J’ai même obtenu un autographe de lui car j’ai assisté au lancement de son livre sur les expressions en créole au Hennessy Park Hotel.» Elle dit aussi lire des fanfictions, des romans d’aventure et des livres aux récits surnaturels. Ce qu’elle n’aime pas, en revanche, ce sont les livres où les auteurs font mourir leurs personnages principaux.

Durant le confinement, Anaïs a aussi écouté les albums de ses chanteurs préférés comme Aidan Martin ou encore Queen Latifah. «J’adore le groupe Aerosmith aussi.» Ce qui l’agace, c’est de ne pouvoir voir ses amis, ni de pouvoir sortir comme les jeunes de son âge.

Au niveau de sa santé, malgré qu’elle essaie de se doper avec une alimentation riche en fer, elle continue à avoir des saignements réguliers, qui peuvent durer deux mois sans discontinuer. «Ce sont des problèmes hormonaux et je dois faire avec. C’est ce qui me rends anémiée mais j’essaie de privilégier une alimentation toujours riche en fer.» Elle a vu plusieurs médecins à cet effet et tous blâment le stress.

La jeune fille ne sait pas encore précisément ce qu’elle fera comme métier lorsqu’elle aura terminé sa Form VI. «J’hésite entre faire du travail social ou travailler dans l’industrie du divertissement. Mais une chose est sûre : je dois trouver du travail pour pouvoir soulager ma petite mère en contribuant aux dépenses de la maison.»

Anaïs tient à remercier son parrain principal, de même que tous ceux qui l’ont, d’une façon ou d’une autre, aidée. «Je remercie également Caritas pour son accompagnement et tous les parrains qui aident les enfants qui sont dans la même situation que moi. Vous ne vous rendez pas compte à quel point ça change la vie…»

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