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Vivre dignement : droit ou privilège ?
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Vivre dignement : droit ou privilège ?
Atteindre Rs 13 500 pendant son mandat, dit l’un. Pas Rs 13 500, mais une augmentation dès décembre, dit l’autre. Pour la personne âgée, toute augmentation de sa pension est une bonne proposition, du moins pour celle-là, pauvre, qui ne cumule aucune autre rente, aucune autre pension, allocation, ou salaire, et qui n’a que Rs 6 210 par mois pour payer loyer, eau et électricité, rembourser le coût du matelas-éponge pris à crédit, s’acheter de quoi manger, boire et se couvrir, des médicaments, son p’tit grog, et sa cotisation mensuelle pour être enterrée dignement à sa mort.
Le gouvernement sortant ayant lui-même décidé du salaire minimum a fini par comprendre qu’une personne âgée aussi ne peut vivre avec moins de ce que touche le plus mal loti des travailleurs. Aussi, maintenant qu’il a proclamé qu’une personne âgée ne peut vivre avec moins de Rs 13 500, il va de soi que le travailleur qui a femme et enfant à sa charge pourra moins le faire avec Rs 9 000 par mois !
Une bonne proposition, puisque c’est bien de réaliser qu’une année d’augmentation de la pension de vieillesse n’équivaut en fin de compte qu’à trois jours de per diem des personnalités en voyage. Et qu’ils sont plusieurs au sommet qui, chaque mois, touchent l’équivalent de cinq ans de l’augmentation promise. Et lorsque l’on sait déjà qu’un prisonnier coûte à l’État, par mois, plus de trois fois la pension d’une personne âgée…
Mais, pourquoi l’augmentation ne sera pas de sitôt, et que le pensionnaire pauvre doit continuer à vivoter, et attendre les élections ? Pourquoi cette incertitude qui prend en otage ceux et celles qui avaient cru pouvoir vivre dignement dans l’immédiat ? La politique serait-elle en train de transformer ce qui aurait dû être leur droit en un privilège ? Veut-elle faire accroire à un geste charitable, venant d’une âme généreuse, alors que c’est de la générosité avec l’argent que les pensionnaires avaient remis à l’État pendant leurs années de labeur ?
Aussi, l’argent c’est bien, mais ne règle pas tous les problèmes des personnes âgées. Elles, qui voudraient bien qu’on leur garantisse la sécurité physique, qu’elles ne soient pas délestées de leurs biens ou enfermées dans la solitude qu’entraîne une société cruelle : elles qui demandent à être traitées dignement dans nos hôpitaux et les «biro-pansion», qu’on ne les oublie pas sur les arrêts d’autobus, qu’on ne leur ferme pas la porte des institutions, telles la MHC ou la NHDC, à cause de leur âge, et qu’on ne leur oblige pas d’être filmées, souriant aux «bann-misiés-la» lors des distributions gratuites de briani. Propagande oblige !
Nous entamons une saison où dans la classe politique vont bourgeonner de bonnes pensées sur la misère du peuple. On aura droit à la fine fleur de l’irrationnel, aux fruits de l’inconscience des politiciens s’embarquant sur la spirale des promesses, le temps d’une campagne électorale, de l’escalade, de la surenchère, des menaces. S’il n’a pas de mandat, adieu, le vivre dignement.
La faillite de la conscience de notre classe politique ou celle de la conscience politique d’un peuple ?
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