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Maman de trois enfants ancienne toxico: l’espoir pour Laetitia

30 juin 2019, 12:05

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Maman de trois enfants ancienne toxico: l’espoir pour Laetitia

Laetitia, 19 ans, a goûté à ce qu’il y a de pire dans la vie et en accéléré: abandon scolaire, usage de drogue injectable, grossesses précoces, tout comme elle a escroqué et participé à une agression. Maintenant qu’elle a tourné cette page tumultueuse de son existence, elle refuse d’être jugée et stigmatisée sur la base de son passé.

Le cas de cette jeune fille déjà mère de trois enfants est typique de ces adolescentes en crise, qui se rebellent contre l’ordre établi et qui foncent tête baissée dans les pièges qui parsèment leur route. Surtout si elles sont mal entourées, voire mal conseillées. Depuis qu’elle est en âge de comprendre, Laetitia, 19 ans, cadette d’une famille de sept enfants voit sa mère fumer. À 11 ans, elle veut en faire de même. «Monn aste enn sigaret ek seye. Monn toufé ar li», raconte-t-elle. Une première expérience qui ne l’arrête pas pour autant car elle retente l’expérience et ça va mieux. Ce qui l’incite à continuer et de la cigarette, elle passe bien vite au gandia.

Elle abandonne l’école en Form III. À 16 ans, elle emprunte Rs 100 à sa mère pour acheter du «simik», le kreol pour chimique, soit de la drogue synthétique. Après l’avoir fumé, «monn koumans tranble ek monn perdi rézo». Entendez par là qu’elle s’est évanouie et qu’à son réveil, elle était désorientée. Sa mère la gronde car elle a réalisé que sa fille avait fumé de la drogue synthétique. Elle n’y touche plus car «mo pa ti ena yen ar li.»

Elle se met à s’intéresser aux hommes et sort avec quelqu’un de 11 ans son aîné. Et tombe enceinte de lui. À 16 ans, elle accouche de son premier enfant. Ils vivent ensemble mais au bout de trois mois, elle en a assez. Elle le quitte, laissant son enfant derrière.

Peu après, un autre homme lui fait tourner la tête et elle emménage avec lui. Il est un usager de drogue injectable. Elle veut absolument essayer, lui refuse catégoriquement car il sait trop à quel point cette substance est en train de le finir. La nature rebelle de Laetitia fait que dès qu’il a le dos tourné, elle essaie de s’injecter de la drogue mais rate sa veine. Son bras enfle alors et la fait souffrir. Mais ce n’est pas un bras enflé qui va la stopper.

Elle recommence, toujours à l’insu de son partenaire, en compagnie d’un cousin drogué lui aussi et avec qui elle «met enn koste». Cette fois, elle ne se rate pas. Sur le moment, elle est fière d’avoir réussi. Pourquoi cette insistance à se prouver qu’elle peut le faire ? «Mo ti pe get mo konpanion inzekté ek mo ti anvi fer parey parski ler li fini inzekté, li en form. Li sante, li gé, li an sourir. Li fer tou louvraz lerla».

 Elle devient vite accro. Comment trouver Rs 3 000 par jour lorsqu’on ne travaille pas ? «Mo ti pe kokin dimounn lors simin», réplique-t-elle. Face à notre trouble, elle s’empresse de préciser qu’elle n’escroque que les usagers de drogue injectable. «Mwa size dan lakrwazé ek ler dimounn ki pa konn landrwa vinn rode kot vand ladrog, mo pran zot kas ek mo donn zot lapoud Panadol ki mo finn kraze. Ar zot cash mo aste seki bon pou mwa.»

Elle est à nouveau enceinte. Lorsque son compagnon découvre les marques de seringues sur son bras, il la tabasse avant de se rendre chez sa mère pour expliquer que s’il l’a battue, c’est parce qu’il n’avait pas rêvé de cette vie de déchéance pour elle. Elle accouche d’un deuxième enfant, aujourd’hui âgé d’un an. Elle a failli être arrêtée en compagnie d’un ami avec qui elle s’injectait de la drogue sur le toit des loges de la cité Mangalkhan, à Floréal. «Les drogués avaient l’habitude de venir s’injecter de la drogue sur place et jetaient leurs seringues sur le toit. Des policiers nous ont surpris là et ont essayé de nous faire porter le chapeau pour toutes les seringues trouvées à terre. Nous avons démenti et prétendu que nous étions là pour coucher ensemble mais ils n’ont pas voulu nous croire et voulaient nous embarquer. Nous avons profité d’un moment d’inattention de leur part pour nous enfuir. Nous les avons semés. Pourquoi voulaient-ils nous accuser à tort ?»

Laetitia poursuit sa descente aux enfers. Son compagnon faisant des va-et-vient en prison, elle fréquente un groupe de drogués. Un soir, après qu’elle ait pris de la drogue et des comprimés de Pregabalin, ses amis et elles buvaient dans un jardin public lorsqu’ils sont accostés par un de homme qui veut profiter de leurs consommations. Comme il insiste, ils le passent à tabac. «Mo ti pike ek pran konprime. Mo pa ti pe konpran narien. Seki mo kone seki nou ti à sink dimounn ek ki nounn bat li. A enn moman, nou finn trouv li tonbe par divan.» Ils s’enfuient.

 Lorsque son compagnon est libéré, ils se retrouvent et elle tombe à nouveau enceinte. Si ses deux premiers enfants sont des garçons, elle réalise qu’elle est peut-être enceinte d’une fille. Cette seule évocation est le déclic qui lui fallait pour l’inciter à changer de vie. «Ler monn panse ki mo kapav gagn enn tifi, mo pa ti le ki enn zour, li dibout dan lakrwazé ek pran ladrog kouma mwa.»

Laetitia veut alors intégrer le programme de méthadone et se rend au centre Bouloux, à Cassis. Elle ne veut plus toucher à la drogue et commence à ressentir les symptômes de manque qui sont très douloureux. La personne qui prend son sang réalise qu’elle est enceinte et lui donne l’assurance que les formalités pour qu’elle puisse bénéficier de méthadone seront rapides. Sauf que pendant six mois, toutes les semaines, on la fait revenir au centre sans lui donner la prescription qui pourra la faire intégrer le programme en question. Pendant ces longs mois, elle va affronter les démons du manque. «On aurait dit que les fonctionnaires voulaient me punir d’être enceinte et droguée et jouaient au ping-pong avec moi.»

Elle se tourne alors vers l’organisation Aides, Infos, Liberté, Espoir, Solidarité (AILES) dirigée par Brigitte Michel. Cette dernière et son équipe de pairs-éducateurs encadrent Laeticia et l’aident tant bien que mal à tenir le coup. C’est après son accouchement que les fonctionnaires du centre Bouloux lui remettent le précieux sésame lui donnant accès à la méthadone. Cela fait deux mois qu’elle en prend au quotidien. «Lontan, sa ler-la, mo ti pou fini dan nisa. Aster-la mo normal

Ses anciennes fréquentations essaient de temps à autre de lui faire recommencer à se droguer. Laetitia tient bon. Lorsque son compagnon et père de ses deux derniers enfants meurt subitement, elle se retrouve seule. La sachant seule avec deux enfants sur les bras, le père de son premier enfant l’approche et lui propose de reprendre la vie commune avec lui. «Linn dir mwa kinn ariv ler mo met enn serié, ki mo premié zanfan bizin so papa ek so mama». Elle réfléchit et finit par accepter. «Papa mo premié zanfan inn aksepte mwa kouma mo été. Li vinn avek mwa ler mo al pran mo Metadon. Monn panse ki li gran tan ki mo met enn serié osi. Ki sa dimounn ki ti pou aksepte ki mo enn drogé, aksepté ki mo lor Metadon, aksepte mo bann zanfan ? Boukou mersi mo dir li. Enn lot zom pa ti pou fer sa».

Aujourd’hui, Laetitia est consciente qu’elle a pris un très mauvais départ dans la vie mais elle veut changer. Elle a changé physiquement mais aussi dans sa tête. «Mo ti gro ek zordi mo vinn meg kouma enn baget. Mo nepli le gagn problem ar lapolis à koz mo zanfan. Mé fodé pa lapolis fer dominer ar mwa parski mo ti pe inzekté avan. Mo kone monn fer enn fo pa mé bizin soutenir mwa, pa pinir mwa…»

AILES plaide pour l’introduction des «home doses» de méthadone

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<p style="text-align: justify;">La campagne <em>&laquo;Support don&rsquo;t punish&raquo;</em> date de neuf ans. Mais jamais l&rsquo;accent n&rsquo;avait été mis sur les femmes usagères de drogue injectable. Or, comme l&rsquo;explique Cindy Trevedy,Team Leader et pair-éducatrice chez AILES, la problématique des femmes qui s&rsquo;injectent de la drogue et celle des hommes usagers de drogue est différente. <em>&laquo;Les femmes se droguent en cachette. Elles ne ramènent pas leur seringue usagée aux dépôts et ne prennent pas avantage des services offerts dans le cadre du programme de réduction de risque du VIH. Elles subissent la violence de leur partenaire, de la police. Les autorités essaient de leur enlever leur enfant. Tout cela explique que les nouvelles infections au VIH soient féminines et en hausse&raquo;,</em> dit-elle. C&rsquo;est pour cette raison que cette année, AILES a rejoint le Women Harm Reduction International Network, réseau international qui travaille pour la réduction des risques associés à la prise de drogues par les femmes, pour développer un environnement adapté à la mise en œuvre des politiques de réduction de risques pour elles. Cindy Trevedy a d&rsquo;ailleurs assisté à une conférence internationale de cette instance au Portugal. Elle souligne que le ministère de la Santé ne s&rsquo;aligne qu&rsquo;en partie sur les recommandations de l&rsquo;Organisation mondiale de la santé car le ministère ne fait qu&rsquo;offrir deux seringues propres hommes usagers de drogue au lieu de tout l&rsquo;attirail &ndash; garrot, vitamine C, coton aseptisé, petit récipient à usage unique pour éviter les infections à l&rsquo;hépatite C et au VIH. Ensuite, le ministère devrait mettre à la disposition des usagers de drogues l&rsquo;intégralité des équipements recommandés par l&rsquo;OMS car les usagers/usagères de drogues n&rsquo;ont à leur disposition qu&rsquo;&rsquo;une seringue et un alcool swab. Ce qui est très discriminant selon les recommandations internationales. Au vu de la problématique des femmes, Cindy Trevedy se demande pourquoi le ministère de la Santé ne s&rsquo;aligne pas totalement sur les recommandations de l&rsquo;OMS et ne distribue pas des <em>home doses</em> de méthadone pour les femmes droguées au lieu qu&rsquo;elles aillent faire queue dans la cour des postes de police et soient stigmatisées. Elle fait aussi ressortir une contradiction légale. D&rsquo;un côté, dans le HIV and AIDS Act, il est dit que le ministère de la Santé doit distribuer aux usagers de drogue tout le matériel pour la réduction de risque au VIH. De l&rsquo;autre côté, la section 34 du Dangerous Drugs Act autorise la police à interpeller toute personne transportant sur elle du matériel lui permettant de s&rsquo;injecter de la drogue dont des seringues. &laquo;<em>Ce paradoxe légal permet à la police de harceler les usagers de drogue qui sont sous méthadone, d&rsquo;autant plus que la distribution de méthadone se fait dans la cour des postes de police. Il faut abroger cette section 34 du Dangerous Drugs Act</em> &raquo;, souligne Cindy Trevedy.<em> &laquo;Si d&rsquo;ici 2030, on veut arrêter la progression du VIH et la contamination à l&rsquo;hépatite C qui est une bombe à retardement, il faut faire une étude sur les femmes qui s&rsquo;injectent de la drogue et mettre en place un service &laquo;women-friendly&raquo; pour celles qui utilisent les services de réduction de risque.&raquo;</em></p>

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